Transition énergétique : n'oublions pas le réseau, SVP

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Point de vue de Dominique Maillard, Président du directoire de Réseau de Transport d'Électricité

En ce début du XXIe siècle, une réalité s'impose : l'électricité ne fait plus autant rêver. La fée électricité, hier symbole de progrès et de modernité, a perdu une partie de sa magie et les réseaux évoquent plus souvent chez certains de nos concitoyens nuisances et désagréments, sorte d'amas technologique posé au milieu du paysage. Pourtant, le renforcement du réseau électrique est plus que jamais nécessaire au bien-être et à l'activité économique d'une société moderne ; il suffit d'ailleurs pour s'en convaincre de voir les conséquences dommageables liées à toute interruption de fourniture. Les réseaux de transport d'électricité sont même devenus, au fil du temps, des liens majeurs entre les régions et les pays, permettant ainsi à 27 États européens de mieux partager, de mieux échanger et aussi de garantir une meilleure solidarité collective pour l'alimentation électrique de leurs ressortissants.

Si la qualité de la fourniture électrique s'est considérablement améliorée au cours des dernières décennies, nos concitoyens ne doivent pas en induire que la permanence de cette situation est définitivement acquise sans nouveaux investissements. En effet, d'une part les exigences de qualité évoluent et se renforcent (développement de l'électronique chez les ménages et du contrôle-commande chez les industriels), tandis que d'autre part la géographie de la production d'électricité change.

Un exemple en ce sens : le développement des énergies renouvelables ? qui devraient représenter 20 % de la consommation énergétique européenne en 2020 ? ne pourra être accompli que grâce à l'existence d'un réseau de transport d'électricité adapté. Contrairement à l'idée ? répandue ? selon laquelle la production d'électricité d'origine renouvelable, essentiellement décentralisée, ne nécessiterait que très peu d'infrastructures, le développement des réseaux est particulièrement nécessaire à l'essor des énergies renouvelables.

Certes, la production d'énergies renouvelables est fortement territorialisée, souvent liée aux conditions géographiques et climatiques des différentes régions. Elle n'est pas pour autant systématiquement «locale», au sens où toute l'électricité produite en un point y serait entièrement consommée, en assurant, qui plus est, une qualité de service égale à celle que nous connaissons aujourd'hui. C'est bien le renouvellement et l'adaptation du réseau de transport qui détermineront, à l'échelle d'un pays ou d'un continent comme l'Europe, le succès ou l'échec des énergies renouvelables dont l'électricité est le vecteur principal.

De même, par l'exercice de notre mission principale consistant à garantir l'équilibre entre la demande et l'offre d'électricité, nous nous trouvons dans une situation de « vigie », ayant accès à des informations étendues sur les caractéristiques de la consommation et de la production d'électricité sur l'ensemble du territoire français. Cette position stratégique peut être mise au service des objectifs majeurs de lutte contre le changement climatique. Le réseau de transport n'est pas une infrastructure passive, acheminant automatiquement l'électricité de tous les fournisseurs vers tous les clients. Nous nous devons de mettre toute notre expertise, de manière transparente, à disposition du client pour l'aider, l'accompagner dans une meilleure compréhension du fonctionnement du système électrique et dans un changement de comportement visant une meilleure maîtrise de sa consommation. En deux ans, RTE a ainsi lancé deux sites Internet, en Paca et en Bretagne, pour inciter les ménages à différer et à modérer leur consommation d'électricité en période de pointe. La mise en ?uvre de tels comportements permet de limiter la sollicitation des réseaux et de prévenir de manière effective les émissions de gaz à effet de serre produites par les centrales thermiques classiques aux heures de pointe.

Ainsi, loin de s'opposer, les missions de service public exercées par RTE rejoignent les trois objectifs généraux du développement durable : le développement économique, le développement humain, la préservation de l'environnement. Plus adapté, plus réactif, le réseau électrique français doit évoluer en ce sens, en cohérence avec le monde qui l'entoure.

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