Stimulons enfin la recherche "verte" !

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Par André Grimaud et Gilles Lafforgue, chercheurs à l'Ecole d'économie de Toulouse.

Les contribuables français vont dépenser 6 milliards d'euros pour aider les industriels de l'automobile à supporter la crise économique. Pourquoi ne pas conditionner cette aide à des efforts substantiels en matière de recherche et développement pour produire des véhicules moins dépendants des combustibles fossiles?? Taxer le carbone est une pratique intéressante pour faire évoluer les comportements, mais elle se heurte à des limites politiques. Un soutien public à la recherche verte est d'autant plus indispensable. Le gouvernement américain semble s'y engager fermement. Et l'Europe?? Et la France??

Le changement climatique, lié aux émissions de gaz à effet de serre (GES), est pourtant susceptible de perturber gravement l'économie mondiale. En 2006, dans un rapport dont les résultats ont été largement diffusés, l'économiste britannique Nicholas Stern estimait que, en l'absence d'intervention concertée de la part des Etats, la température moyenne pourrait s'élever de plus de 3°C d'ici la fin du siècle, ce qui coûterait chaque année aux habitants de la planète l'équivalent de 5% du produit mondial brut.

Or, malgré les mises en garde répétées des scientifiques, malgré le protocole de Kyoto, force est de constater que presque rien n'a été mis en place pour l'instant au niveau international, seul pertinent pour traiter une telle question. Plus de 80% de l'énergie primaire utilisée par l'homme restent d'origine fossile et donc émettrice de CO2. La Chine a plus que doublé sa production de charbon entre 2000 et 2006 ce qui, selon l'Agence internationale de l'énergie, équivaut à la construction de trois centrales à charbon par semaine durant cette période?!

Pourquoi les Etats-Unis et les grands pays émergents, comme la Chine ou l'Inde, refusent-ils de s'engager davantage?? En réalité, parce que les mesures préconisées pour limiter les émissions de carbone, qu'il s'agisse de "droits à polluer" tels ceux mis en place en Europe, ou de "taxe carbone", se révèlent très coûteuses pour les générations actuelles, pour un bénéfice qui ne sera perceptible seulement qu'à long terme. Avec 64% des émissions provenant des secteurs de l'énergie, de l'industrie, des transports et de l'agriculture, c'est tout un pan de l'économie mondiale qui serait affecté par une politique de taxation environnementale de grande ampleur.

Or, l'accumulation des GES dans l'atmosphère se traduit par une augmentation rapide des températures, mais leur assimilation naturelle se révèle beaucoup plus lente. L'inertie du milieu est très forte. On estime ainsi que les effets positifs sur l'environnement d'une taxe carbone, augmentant progressivement de 30 à 250 dollars la tonne, mettraient quarante ans à contrebalancer son coût pour la collectivité?!

Quoi qu'ils en disent, peu de gens sont réellement prêts à se serrer la ceinture, voyager moins, consommer moins ou différemment, se chauffer et s'éclairer a minima... pour le bien-être de leurs petits ou arrière-petits-enfants, dont les conditions de vie dépendront de multiples facteurs, et qui, en tout état de cause, seront plus riches qu'eux aujourd'hui... Pour concilier croissance économique et lutte effective contre le changement climatique, des substitutions technologiques rapides s'avèrent indispensables.

La mise au point de sources d'énergies non carbonées à prix accessible peut seule permettre de modifier les comportements et limiter vraiment l'ampleur du changement climatique, à un coût social acceptable à court terme. Or, les investissements en R&D énergétique demeurant inférieurs à leurs niveaux record des années 70, une aide en ce sens est nécessaire.

Aidons le citoyen à équiper sa maison de panneaux solaires performants, inventons des moyens efficaces de séquestrer le carbone, de nouvelles technologies nucléaires performantes, des moteurs économes en énergie fossile... au lieu de simplement pénaliser le consommateur, en l'obligeant à payer son litre d'essence plus cher de 40 centimes d'euro pendant des décennies.

Les deux politiques sont, non pas antagonistes, mais bel et bien complémentaires. Initié par les pays les plus riches, un tel plan de recherche aurait plusieurs avantages. En particulier, les nouvelles technologies ainsi mises au point pourraient être diffusées à bas prix dans les pays en développement, en général les premiers touchés par les effets du changement climatique. Une manière d'inclure ces pays dans un effort écologique qui n'a de sens qu'à l'échelle de la planète.

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Commentaires
a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
Méthode simple et pragmatique: prélever 2-3 centimes sur chaque litre de carburant, et les réinvestir dans des projets économisant du CO2 (notamment isolation de batiments, chaque projet ayant économisé entre 4 tonnes de CO2 pour une maison particuliere, jusqu'à 32 tonnes pour un bâtiment commercial). Cf http://www.gebaeudeprogramm.ch/main.php/xsl/2/QloD6K.html

a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
Les économies d'énergie et la technologie ne peuvent pas tout résoudre dans l'équation : Quantité de CO2= PxCxT. Avec P= population, C= consommation par tête d'habitant et C= facteur minorant de la technologie. Si P (la population) double, il faudra que la technologie divise le résultat par 2, rien que pour garder une quantité de CO2 constante. Ce n'est pas gagné, surtout si les pays émergents veulent augmenter leur consommation C par tête d'habitant au même niveau que l'occident. Là, il y aura un réel problème.

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