Intel, Bruxelles inside

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(Crédits : Albert Caen)
Par Philippe Mabille, rédacteur en chef et éditorialiste à La Tribune.

C'est un signal fort que la Commission de Bruxelles vient d'adresser à tous ceux qui se demandent encore à quoi sert concrètement l'Europe. En condamnant Intel, le numéro un mondial de la petite puce qui est à l'intérieur de la plupart de nos ordinateurs, à une amende de plus de 1 milliard d'euros pour "abus de position dominante", la commissaire à la Concurrence, Neelie Kroes, a pris une décision économique autant que politique.

D'un point de vue économique, Bruxelles s'affirme comme le supergendarme de la concurrence dans le monde, en infligeant, pour un litige concernant deux groupes américains (Intel et son principal concurrent, AMD, beaucoup moins connu...), la plus lourde condamnation jamais prononcée en Europe contre une seule entreprise. Une jurisprudence prend corps, selon laquelle plus la taille du marché est importante, plus sévère est la sanction. C'est particulièrement vrai dans le domaine des nouvelles technologies. On l'a vu avec Microsoft, condamné à deux reprises, en 2004 à 500 millions d'euros, puis en 2008 à 900 millions d'euros après appel. On le verra peut-être demain avec Google sur le marché publicitaire sur Internet. Mais le cas Intel a aussi une évidente dimension politique.

A quelques semaines de l'élection du nouveau parlement européen, il n'est pas anodin de voir la Commission réaffirmer de façon aussi visible que la politique de la concurrence est un des piliers de la construction européenne. Et surtout qu'elle est la contrepartie de l'ouverture des marchés, tant décriée aujourd'hui. Cette Europe qui protège, c'est l'Europe que l'on aime, celle qui défend les petits contre les gros, qui lutte contre les monopoles, casse les cartels et les ententes.

Avant d'aller à la pêche dimanche 7 juin, tous les eurosceptiques et autres abstentionnistes feraient bien de s'en souvenir. L'Europe n'est pas seulement cette empêcheuse de tourner en rond qui réglemente la taille des pommes de terre. Elle est d'abord et avant tout là pour garantir le bon fonctionnement des marchés dans un espace de près de 500 millions d'âmes. Cette fonction tire sa légitimité d'un traité signé il y a cinquante-deux ans à Rome entre les six pays fondateurs. A elle seule, elle devrait suffire à convaincre les plus irréductibles eurosceptiques qu'il est important d'aller voter pour que vive cette Europe meilleure amie du consommateur.

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a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
" Cette Europe, meilleure amie du consommateur ". En effet, c'est le cas en matière de concurrence, mais cette logique présente quelques lacunes, tout de même, en l'occurrence pour ce qui est de certains secteurs de nature monopolistique.

C'est le cas de l'énergie et des transports ferroviaires. Pourquoi vouloir faire entrer des concurrents sur le marché national, naturellement (et historiquement) ancré par un seul opérateur par exemple ? comme GDF, EDF ou la SNCF.

la force amie du consommateur dans ces domaines, c'est justement le fait d'être une entreprise publique (proposant donc des prix inférieurs aux coûts de production), et de pouvoir en faire bénéficier fortement les contribuables (car une entreprise publique leur appartient, c'est à l'état) par les économies d'échelle.

On sait que l'entrée de nouveaux concurrents sur le marché d'EDF ainsi que de la SNCF va faire grimper les prix de manière très forte. Et pourtant, Bruxelles persiste et signe, et l'exécutif français cède continuellement un peu de terrain.

A ce niveau, l'Europe a donc encore des choses à faire. Plutôt que de miser sur la concurrence des opérateurs nationaux entre eux, une gigantesque fusion de plusieurs entreprises publiques qui auraient bien voulu prendre part à la chose, aurait surement été plus bénéfique en termes d'économies d'échelles, et donc, de répercussions sur les prix.

Il est vrai pour le reste, l'Europe se débrouille pas trop trop mal. Mais elle tente d'adopter partout la même logique, ce qui n'est pas vraiment la bonne voie. Mais je ne désespère pas voir naître, peut être, un jour, un géant de l'énergie électrique européen, un peu comme Airbus/EADS.

(ce qui éviterait aussi de voir des opérateurs nationaux rachetés par des russes, indiens, chinois ou américains et j'en passe, un peu trop souvent...)

Mais bon, j'ai ma petite idée théorique sur le pourquoi d'une telle volonté de procéder ainsi.

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