Les défis à relever pour le mariage Oracle-Sun

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Par Frédéric Simottel, rédacteur en chef de "01 Informatique".

Quatre semaines après l'annonce du rachat, la question reste d'actualité. Pourquoi Oracle, star montante du logiciel, est-il allé s'encanailler avec Sun, une ancienne gloire sur le déclin ? Le premier élément de réponse se nomme Java. Le langage informatique inventé par Sun fait partie des technologies en vogue, présent dans l'univers Internet, dans les applications d'entreprises et dans les téléphones mobiles. L'opinion publique s'est engouffrée dans la brèche et en est restée à ce niveau sommaire d'analyse invoquant l'appétit d'un éditeur pour des technologies logicielles qu'il saura maîtriser. Pourtant, tout bien compté, le logiciel ne représente que 5% de l'activité de Sun. Un peu cher le rachat !

La véritable question à 5,6 milliards de dollars porte donc sur les 95% qui restent ? 95% de l'activité de Sun centrée sur le matériel. Un domaine qu'Oracle ne maîtrise pas du tout.

Aveuglés par les perspectives du logiciel, des experts ou apparentés ont tout de même persisté sur l'attrait du langage Java. Quelques-uns sont allés plus loin, ont cité Solaris, le système d'exploitation vedette de Sun, comme une plate-forme de choix pour faire fonctionner les bases de données Oracle.

D'autres ont creusé davantage et découvert quelques autres pépites dans le portefeuille de Sun telles qu'une base de données et même une suite bureautique, propre à concurrencer l'ennemi juré Microsoft Office. Super ! Oracle n'a plus qu'à signer, la corbeille de la mariée semble bien garnie. Problème. Nous sommes encore dans la limite des 5% du catalogue Sun. Restent toujours ces fameux 95%.

Que va faire Oracle de cette manne matérielle composée de serveurs, de stations de travail et de systèmes de stockage ?

Cette interrogation hante depuis un mois les clients de Sun, des administrations et des entreprises qui ont investi massivement dans des armoires entières de serveurs Sparc, qui ont déployé des milliers de stations de travail et stocké en masse leurs données sur les systèmes de stockage Sun (dont certains issus du rachat de Sotragetek il y a quelques années). Ils connaissent la réputation d'Oracle, un éditeur de logiciels à forte marge. Ils ont du mal à se sentir rassurés par le discours apaisant et confiant de Larry Ellison, le PDG d'Oracle : "Oracle va continuer à investir et à faire progresser l'offre de matériels de Sun. Nous allons protéger les investissements des clients de Sun et assurer la pérennité des produits."

Cela reste difficile à avaler. Oracle est un nouveau venu sans expérience sur le marché du matériel informatique, un secteur actuellement pénible, peu attrayant pour les industriels. La croissance y est faible, voire quasi nulle.

La compétition sur les prix est rude, la concurrence farouche. Le matériel est en outre perçu de plus en plus comme une commodité (les éditeurs comme Oracle ont d'ailleurs tout fait pour imposer ce credo). Peu de chances donc qu'Oracle insiste sur ce marché à faible croissance, où il risque en plus de se retrouver confronté à son meilleur partenaire, HP.

Que va donc faire Larry Ellison ? Il pourrait s'inspirer d'IBM en proposant à ses clients une sorte de Meccano dont il fournira toutes les pièces (applications, bases de données, disques, etc.). Il pourrait aussi mettre au point une sorte de plate-forme intégrée associant matériel, applications et bases de données, à l'instar du modèle iPhone d'Apple. Il misera alors sur la facilité d'administration de ces boîtiers, sur leur personnalisation minimale.

Nous verrons apparaître des Siebel ou PeopleSoft-in-a-box, des produits de gamme moyenne capables de séduire les PME, qui cibleront un marché matériel potentiellement en croissance avec des marges proches de celles du logiciel.

Cette offre aura l'avantage de ne pas cannibaliser le marché haut de gamme d'Oracle, ni celui d'HP. Pour du plus haut de gamme, justement, Oracle pourrait développer des SGBD-direct-in-the box. Autant de stratégies qui justifieraient des investissements à venir sur le matériel. Je ne sais pas si ce sont des pistes que suivra Oracle. Mais ce dont je suis sûr c'est que cela rassurerait grandement les clients actuels de Sun.

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