La monnaie sur des routes enneigées

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Par Valérie Segond, éditorialiste à La Tribune.

Les manuels d'économie vont devoir être révisés. On croyait que le retour de la croissance amènerait les banques centrales à pomper vigoureusement les liquidités dont elles ont inondé le marché. On pariait que la flambée récente des prix du pétrole et de certaines matières premières les rendrait particulièrement vigilantes, prêtes à dégainer l'arme des taux. Eh bien, non !

La croissance a beau être revenue au troisième trimestre aux Etats-Unis comme dans la zone euro et le pétrole avoir dépassé les 80 dollars le baril, rien n'y fait : convaincus que seul l'argent public a regonflé l'activité, nos grands argentiers doutent encore de la capacité des entreprises comme des ménages à prendre le relais. Ni la Réserve fédérale, ni la Banque centrale européenne, et encore moins la Banque d'Angleterre, qui a préféré proroger ses programmes de rachats d'actifs, ne sont prêtes à relever leur taux. La Fed a même promis de maintenir les siens "exceptionnellement bas" pendant une période prolongée.

Bref, l'exception devant durer, on n'est pas prêt de sortir de l'époque de l'argent pas cher : encore un an au moins ! Les Bourses ont poussé un tel ouf de soulagement hier que l'on se demande si l'on n'est pas condamné à la planche à billets planétaire. Il y a pourtant du nouveau, si l'on ose dire dans cet univers impressionniste fait de déclarations sibyllines et de sourires énigmatiques : d'abord, la Fed a précisé à quelles conditions elle sortira de son "Zirp", sa politique de taux zéro.

Ensuite, la BCE a laissé entrevoir que ses prêts illimités, à un an, aux banques ne seront sans doute pas reconduits, ce qui lui permettra de reprendre la main sur la liquidité. Si l'on se garde bien de rétrograder brusquement pour éviter tout dérapage sur une route de montagne enneigée, on commence tout juste à préparer le terrain de la sortie de crise.

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Commentaires
a écrit le 12/11/2009 à 10:59 :
Pourquoi faudrait-il sempiternellement compter sur uns sytème monétaire pour faire tourner la machine mondiale de production ? On le sait, l'endettement occidental engendrant la faiblesse de la croissance et la destruction du tissus social est dû à l'argent, aux banques, à la spéculation. Pourquoi continuer dans cette voie qui n'assurera pas l'avenir de tous ?
a écrit le 07/11/2009 à 1:54 :
Le marché est peut-être inondé mais chaque particulier ou entreprise peut constater que l'eau n'en demeure pas moin chère. Au moins pour les particuliers il n'est que de constater les taux prédateurs (puisque légalement ils ne sont pas usuraires) pratiqués pour le moindre découvert: presque 21%. Et pour le calcul de ce taux d'usure on appréciera le changement de la méthode de calcul: autrefois il ne devait pas excéder 2 à 3 fois le taux des emprunts d'Etat, ce qui semble une référence légitime. A présent il ne doit pas être supérieur de 30% au taux moyen pratiqué par les banques. C'est assez ahurissant. Cela veut dire que le taux moyen du découvert est de 16%. Comment se fait-il alors que chacun paye 20.94%? Imaginez qu'il y ait une entente de fait entre banques pour pratiquer un taux moyen de découvert à 25%, ceci n'aurait rien d'illégal!? Compte tenu du niveau de taux interbancaire et du niveau de taux où est rémunéré l'épargne courte ou longue ceci est proprement scandaleux. Même chose pour le crédit à la consommation de courte durée. Je m'étonne que les organisations de consommateurs ne relèvent pas l'aberration. Les taux immobiliers tournent autour de 4.5%., ça peut aller. Pour les prêts personnels voyez les simulateurs des banques en ligne: en moyenne 6% et bien plus pour de petites sommes sur de courtes périodes. Quand on sait que le taux interbacaire est à moins de 1.5% et que les oat dix ans sont à moins de 4% on appréciera la marge que se font les banques sur le dos de leur clientèle de particuliers. Conclusion le crédit n'est pas cher pour les banques mais il est normal voire élevé pour les agents économiques non bancaires. Donc l'idée dominante comme quoi l'argent coule à flots dans l'économie colportée par les journalistes est fausse. Mais au niveau bancaire elle est juste, ce qui permet aux salles de marché de faire des opérations juteuses en finançant la dette de l'Etat par exemple ou en faisant des opérations de cary trade. Il n'y a qu'à voir le bénéfice de la BNP en BFI qui est supérieur à celui d'avant, je dis bien d'avant la crise.En tant que journaliste économique vous lénifiez l'opinion en donnant une fausse représentation de la réalité financière. Et ne me racontez pas que la cherté de l'argent résulte du coût du risque qui s'est accru. C'est un argument bidon qui arrange bien le secteur bancaire puisqu'il a refusé jusqu'à présent de mener une politique de prévention à l'égard du surendettement. Cela permet d'augmenter les taux et de faire des provisions tout aussi bidon pour planquer du bénéfice. Ce qui importe c'est le taux d'impayés. Un dernier mot sur la politique accomodante des banques centrales: il faut bien comprendre qu'en fait elles n'ajoutent pas d'argent dans le système. Elle ne font que remplacer l'épargne qui a été détruite dans les subprimes et autres produits structurés. Vous imaginez l'état d'une entreprise qui a mis sa trésorerie dans une SICAV de trésorerie qu'elle croyait sans danger? Si les banques centrales n'avaient pas accepté en pension des titres de fait non négociables, ça aurait été une catastrophe.

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