Mater les gros chats de la finance

Par Philippe Mabille, rédacteur en chef et éditorialiste à La Tribune.
(Crédits : Albert Caen)

Aux Etats-Unis, le débat fait rage au Congrès sur les moyens de faire maigrir les "fat cats" de la finance, comme les a nommés Barack Obama. Le futur modèle américain de régulation financière est ambitieux puisqu'il veut non seulement renforcer les pouvoirs des consommateurs-épargnants, mais aussi augmenter le coût en fonds propres des opérations sur les marchés dérivés de gré à gré, tout en améliorant la surveillance prudentielle de tous les acteurs de la finance. On peut compter sur les Américains pour tirer toutes les leçons de leurs erreurs, mais ils ne le feront que dans un seul objectif?: préserver la prééminence de la finance américaine dans le monde.

On l'a bien vu avec l'affaire des bonus 2009 des "traders", que seuls le Royaume-Uni et la France ont décidé de surtaxer, les Etats-Unis restant sourds à une telle idée. Compte tenu des man?uvres d'évitement déjà envisagées à Londres, les banques françaises risquent d'ailleurs d'être les seules à payer réellement cet impôt sur la spéculation. C'est paradoxal, parce que les banques françaises n'ont pas, à quelques exceptions près, commis les mêmes excès que leurs homologues américaines, anglaises, allemandes ou suisses.

Pour autant, la France n'a pas de leçons à donner au reste du monde sur la prétendue supériorité de son modèle de régulation?: après tout, la crise immobilière des années 1990 a emporté les plus beaux noms de la finance hexagonale?: Suez, Paribas, AGF, GAN, UAP et surtout Crédit Lyonnais. Ce n'est pas si loin qu'on doit l'oublier. Pour mater les "gros chats" de la finance, la question n'est donc pas tellement de savoir si un modèle est meilleur qu'un autre, mais de faire en sorte que les mêmes règles s'appliquent à tous.

S'il y a quelque chose à réguler au niveau mondial, c'est bien la concurrence réglementaire. Or, qu'il s'agisse des normes comptables ou des fonds propres, c'est loin d'être le cas. L'essor des plateformes électroniques de transactions financières fait planer une nouvelle menace?: un tiers des transactions mondiales passe désormais sur ces Bourses parallèles, où les ordres transitent par de puissants systèmes informatiques en quelques millisecondes. Ces marchés non transparents doivent revenir dans le giron des marchés organisés et contrôlés. Sinon, comme le dit Jean-Pierre Jouyet, le président de l'Autorité des marchés financiers, ce n'est pas la peine de nous demander où sera la prochaine bulle.

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