La boussole des retraites

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(Crédits : Albert CAEN)
Par Philippe Mabille, rédacteur en chef à La Tribune.

Le tout nouveau ministre du Travail et des Retraites, Eric Woerth, avait fondé en 2002 le "Club de la boussole", une association de parlementaires chiraquiens désireux de défendre la réalisation des promesses de leur mentor... Une boussole, les parlementaires UMP réunis aujourd'hui par François Fillon en ont bien besoin après la dégelée des régionales. Le "trouillomètre" à zéro, nos députés UMP ont perdu confiance dans la "vista" du chef de l'Etat.

Après leur avoir sacrifié la taxe carbone, Nicolas Sarkozy, qui les reçoit à son tour mercredi, va devoir les remobiliser autour de la réforme des retraites, le nouveau cap de la boussole postrégionales. Une négociation tripartite difficile va s'engager d'avril à septembre avec les syndicats et le patronat, pour laquelle le gouvernement aura besoin du ferme soutien de sa majorité. Vu la poussée de la gauche, c'est même un dialogue à quatre qui va avoir lieu, avec un Parti socialiste désireux de peser sur les choix.

Un "pacte national" républicain aboutissant à un consensus droite-gauche sur les retraites, comme l'a proposé le socialiste Manuel Valls, serait un signal politique inédit. Utopie dira-t-on, tant la question divise le pays depuis le livre blanc de Michel Rocard. Martine Aubry avait donné avant les régionales quelques signes en ce sens, en évoquant un âge de 62 ans pour le départ effectif. Mais le PS a depuis effectué une prudente retraite et ne semble pas enclin à faire à Nicolas Sarkozy le cadeau d'une réforme sur laquelle il compte pour se refaire une santé et éviter... la retraite en 2012.

Au-delà des motivations politiques, il en est une autre, économique, qu'il ne faudrait pas oublier au passage. Donner aux Français une sécurité et une visibilité sur leurs retraites est aussi un élément clé pour les sortir du comportement dépressif et malthusien dans lequel ils semblent s'enliser. Bien réformer les retraites, c'est aussi les rassurer et les inciter à dégonfler leur épargne de précaution et à libérer le moteur de la consommation qui commence à battre de l'aile. C'est donc un ingrédient clé de la sortie de crise et du retour de la croissance.

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Commentaires
a écrit le 30/03/2010 à 14:27 :
Votre édito sur la réforme des retraites alimente un débat "politique" qui m'invite à quelques commentaires.
En France, nous disposons d'un régime par répartition où les cotisations, versées par les actifs au titre de l?assurance vieillesse, sont immédiatement utilisées pour payer les pensions des retraités. Ce système repose donc sur une forte solidarité entre générations. Son équilibre financier dépend du rapport entre le nombre de cotisants et celui des retraités.
Sous l?effet du choc démographique, le nombre de retraités augmenterait de plus de 60% entre 2005 et 2050. Le nombre des actifs cotisants aux différents régimes progresserait d?à peine 10% ; la part des cotisations serait quasi stable sur toute la période de projection. Le système présenterait un besoin de financement de l?ordre de 0,7% de Pib en 2020 et 1,7% de Pib en 2050.
L'équation est relativement simple : le coût des retraites amplifié par l'allongement de la durée de vie ne peut être financé par un nombre de cotisans quasiment stabilisé. A celà vient s'ajouter la crise économique et l'augmentation du chomage qui minore les ressources des Caisses de Retraite.
Alors, faut-il remettre en question l'age de la retraite ?
Peut-être, car aujourd'hui, à la soixantaine on est moins vieux (physiquement et moralement parlant) qu'avant et que l'espérance de vie ne cesse de croitre. Ces propos sont à nuancer de la pénibilité de certains métiers.
Cet age de la retraite n'est-il pas remis en cause, de facto, par des entrées dans le monde du travail de plus en plus tardives ?
Certainement, notamment pour les populations de cadres ayant fait des études longues.
Enfin, aujourd'hui, les salariés sont en théorie libres de choisir leur date de départ en retraite et cela, jusqu'à l'age de soixante et dix ans.
Mais, tout cela nous ramène au taux d'emploi des seniors, car dans ce doux Pays qu'est la France depuis les années 70, on a pris l'habitude de mettre les plus de 50 ans en pré-retraite et de ce fait, un salarié de plus de 45 ans n'a plus beaucoup d'avenir dans le monde de l'entreprise.
Alors, une nouvelle loi est venue en renfort de l'emploi des salariés agés (quel horrible mot !).
Mais qu'en est-il de son application ?
Beaucoup d'entreprises ont opté pour des plans, évitant ainsi des négociations fastidieuses avec des syndicalistes peu formés et peu motivés qui n'ont pas toujours mesuré que cette population est leur fond de commerce.
Alors, avant de s'attaquer à la réforme des retraite, il faudra peut-être faire évoluer les mentalités du patronat, qui devrait utiliser les ressources et les compétences que représente les seniors, et des organisations syndicales qui, au lieu de s'arc-bouter sur des avantages, devraient redonner du sens à leur engagement au service des salariés.
Serge LANTEAUME - Consultant en Stratégies Sociales
a écrit le 29/03/2010 à 12:47 :
Non, car vider les bas de laine ne va relancer que les importations, et enrichir chinois, allemands, espagnols et marocains, pas l'emploi en France (les chômeurs ne paient pas les retraites ni les cotisations) qui ne peut être relancé que par une baisse des coûts de production (salaires) comme les allemands l'ont fait. Augmenter la durée de cotisation gommera une part des 35H (les allemands sont à 40H), mais ils sont aussi à 67 ans... Qui dit mieux? On a rien sans rien! Et les lendemains ne chantent pas tout seuls...

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