Europe  : la parabole des deux chasseurs sans armes

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Par Gérard Longuet, président du groupe UMP du Sénat.

Pour l'Europe, l'heure de vérité a sonné : alors qu'elle reste, avec 24% du PIB mondial, une zone d'excellence, aura-t-elle le courage de réaliser rapidement les gains de productivité sans lesquels elle se condamne pour l'éternité à la stagnation ? Sauver la Grèce était indispensable et cela a été fait provisoirement : soutenir l'euro n'a de sens qu'au prix d'un programme européen de productivité au regard des attentes du marché mondial telles qu'elles s'expriment et pour les années à venir.

Cessons de croire que l'Europe peut nous isoler et nous protéger du grand large mondial. Cessons de croire que nous pouvons nous isoler de l'Europe. Cessons de croire que la France en Europe, puis l'Europe dans le monde, puissent imposer leurs habitudes contre les attentes et les efforts de nos partenaires du monde entier.

S'il y a doute sur l'Europe, c'est parce que l'Allemagne, et elle seule des grandes nations européennes, a fait un effort de productivité ces dix dernières années, mais reste isolée dans son effort. Elle illustre la célèbre parabole des deux chasseurs sans armes poursuivis par un lion en Afrique, si souvent rappelée par Alain Madelin : - le sceptique : à quoi te sert de chausser tes Nike, le lion ira plus vite ! - Le réaliste : au moins, je courrais plus vite que toi en rangers et le lion apaisé me laissera le temps de fuir. L'Allemagne en Europe est ainsi... Mais, ni son salut à long terme, ni a court terme celui de ses partenaires européens, chez qui elle accumule la moitié de ses excédents, ne sont assurés. Le doute déplaît aux marchés qui font alors pression sur l'euro.

Moins cher, l'euro nous aide à court terme. Contre le dollar et le yuan, c'est une reprise de compétitivité. Mais le vrai ressort est ailleurs : il nous faut investir plus et il nous faut travailler plus tout au long de notre vie ; plus que aujourd'hui assurément et pour tous ceux qui ont choisi l'euro et qui doivent l'accepter. Investir parce que les métiers que nous voulons à forte valeur ajoutée l'exigent. Travailler plus parce que la vie nous le permet et la concurrence mondiale, au moins pour les prochaines années, nous y oblige.

Les milliards mis en défense ne durent pas longtemps s'ils n'ouvrent pas la perspective d'excédents et la seule "responsabilité budgétaire" ne peut suffire non plus. Réduire les déficits grecs ? Oui sans doute. Mais croire que le sérieux budgétaire pour tous en Europe est une réponse, c'est enchaîner une bien dangereuse spirale stagnation-déflation. L'Angleterre n'a pas fait le choix de l'euro. Tous nos partenaires des Seize de la zone euro comptent. Mais deux d'entre eux pèsent près de 50% du PIB de l'Europe : l'Allemagne et la France. L'un est en avance sur le terrain de l'adaptation au monde. Notre pays, pour sa part, recèle de vraies capacités de rebond par sa démographie, ses filières, son espace et pourquoi ne pas le dire, ses poches de sous-productivité : inactifs plus nombreux qu'ailleurs, mauvaises formations, manque de cohésion d'une société que l'esprit de travail ne fédère plus. Ce sont des obstacles qui peuvent être surmontés pour peu que l'on donne le Nord - les valeurs de travail et de responsabilités de soi - et que l'on desserre les freins, la charge sans cesse alourdie des trop bons sentiments collectifs qui tuent l'énergie individuelle.

Pourquoi n'être que deux, Français et Allemand, à travailler ensemble immédiatement. Parce que plus, c'est vite compliqué, car cela veut dire tous. Parce que seul, nous n'aurons ni le regard suffisamment critique sur nous-mêmes, admirateurs passionnés de notre nombril d'exception, ni l'espérance de faire bouger à 16% de part du PIB l'Europe. A 40%, voire à 50% de la part de PIB sur la zone euro, l'alliance de nos deux sociétés décoiffe. Parce que élu de la Lorraine, je suis naturellement français et européen, je sais qu'à très court terme, c'est avec l'Allemagne qu'il faut relever le pari de la productivité européenne dans l'espace mondial, pari sans lequel l'euro explosera.

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