Retraites : par ici la sortie

 |   |  365  mots
Par Philippe Mabille, éditorialiste et rédacteur en chef à La Tribune.

Le passage en force de Nicolas Sarkozy sur les retraites - le vote final du texte doit intervenir d'ici la prochaine journée de manifestations, jeudi - va ouvrir une nouvelle séquence, à dominante sociale, pour la fin du quinquennat. Si l'international occupera une bonne partie de l'agenda du futur président du G20, c'est sur la scène nationale que se jouera la reconquête espérée par l'Élysée pour 2012.

Nicolas Sarkozy le sait bien : même si la fermeté peut le servir politiquement, rien ne serait pire pour la France que de sortir d'un long conflit social sur une défaite en rase campagne des syndicats. D'autant que ces derniers, qui ont réussi à maintenir, jusqu'ici, leur unité, ont tout fait pour contenir la colère multiforme qui monte de la rue. L'alliance improbable entre les jeunes et le monde du travail reflète bien plus qu'une simple contestation du report de l'âge de la retraite à 62 ans, qui paraît surréaliste vu de Londres (66 ans) ou de Berlin (67 ans).

La radicalisation du mouvement traduit aussi le déphasage entre un gouvernement convaincu d'agir pour le bien commun (sauver la retraite par répartition au moment où la crise financière fait exploser en vol le modèle concurrent, celui des fonds de pension, comme "La Tribune" vous l'explique (en pages 2, 3, et 4) et une opinion publique qui a besoin d'un exutoire pour abandonner le totem d'un acquis social désormais d'un autre siècle.

En proposant pour après 2012 la retraite à points à la suédoise, le gouvernement a fait au Sénat un appel du pied à la CFDT. Mais cette promesse tardive court le risque de laisser le syndicalisme réformiste sans victoire. Or, pour sortir de la crise, Nicolas Sarkozy devra offrir bien plus qu'un Jean-Louis Borloo aux Français : c'est à une véritable refondation du pacte social et fiscal républicain que les manifestants l'appellent.

Nul doute que ce sera l'enjeu de la prochaine élection présidentielle. Emploi des jeunes et des seniors, partage de la croissance. Après le sentiment d'insécurité, c'est au sentiment d'injustice que Nicolas Sarkozy va devoir répondre, s'il veut l'emporter.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :