Valls et Copé, les mariés de l'an 2012

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Chaque semaine, Hélène Fontanaud propose son regard sur la politique française. Un point de vue décalé pour prendre la mesure des stratégies, des idées et des jeux de pouvoir avant l'élection présidentielle. Aujourd'hui : Manuel Valls et Jean-François Copé unis en 2012 mais rivaux en 2017.

Tous les deux ont cette allure des éternels jeunes hommes pressés de la politique française. Tous les deux ont le regard - bleu - fixé sur la ligne présidentielle de 2017. Mais avant cela, il y a 2012 et un coup politique à jouer, aussi bien pour Jean-François Copé que pour Manuel Valls.

Les deux "quadras" se connaissent bien et ont pris l'habitude d'échanger leurs idées et leurs propositions depuis plusieurs mois, franchissant allègrement la frontière entre la droite et la gauche.

Avant d'être secrétaire général de l'UMP, Jean-François Copé avait accueilli Manuel Valls dans un des colloques de son club Génération France. C'était en juin 2009 dans un grand hôtel parisien. "C'est vrai que ce n'est pas dans les habitudes de la vie politique française mais c'est comme ça qu'on changera la politique", avait lancé le socialiste, chaleureusement applaudi par l'auditoire, majoritairement UMP.

En pulvérisant la rentrée de janvier des socialistes, avec ses propos sur le "déverrouillage" des 35 heures, Manuel Valls, déjà candidat déclaré aux primaires, a ravi Jean-François Copé, qui s'était lancé à l'assaut des lois Aubry avant la trêve des confiseurs.

La polémique ravageuse dans les rangs socialistes a permis au patron de l'UMP de fustiger "les professionnels de la fermeture du débat", bien évidemment Benoît Hamon, le porte-parole du PS, qui avait appelé Manuel Valls à rejoindre "le droit chemin", mais aussi - et surtout - son rival Xavier Bertrand, le ministre du Travail, qui a dit "niet" à toute nouvelle remise en cause des 35 heures.

L'issue fatale de cette « alliance objective » entre Jean-François Copé, 46 ans, et Manuel Valls, 48 ans, est déjà écrite. Ces deux-là veulent être adversaires en 2017, rééditant le double passage de témoin de 2007 : à droite entre Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy, à gauche entre les « éléphants » du PS et Ségolène Royal.

Mais pourquoi pas plus tôt ? « J'espère bien que Copé pense à 2012. La politique, ce n'est jamais pour demain ! » a lancé récemment Dominique de Villepin, qui a de l'estime pour le nouveau patron de l'UMP. Et Manuel Valls est après tout candidat aux primaires pour la prochaine présidentielle. Les germes d'un affrontement entre les deux « quadras » sont en fait déjà semés. Notamment sur le terrain des idées.

Jean-François Copé, qu'on décrivait dans les années 1990 comme un « bébé Chirac », s'est révélé un disciple plus assidu du sarkozysme comme méthode de conquête du pouvoir. Installé depuis novembre à la tête de l'UMP, nouvel homme fort à droite, le député-maire de Meaux veut faire « table rase » du passé, changer le logo, les affiches, les équipes, l'organisation du travail d'une vieille maison... née en 2002. Sur le plan idéologique, Jean-François Copé se situe sur un axe libéral et sécuritaire, assumant les « fondamentaux » de la droite. La « jurisprudence burqa » - il a mené à l'Assemblée la bataille pour l'interdiction du voile intégral dans l'espace public - l'autorise à se poser en défricheur de thèmes pour la campagne présidentielle de 2012.

Manuel Valls est, pour sa part, isolé au sein du Parti socialiste. Il veut lui aussi en bouleverser les usages et les coutumes. Il avait même proposé il y a quelques années de lui donner un nouveau nom, sans que soit fait mention du socialisme. Ancien rocardien, ancien soutien de Ségolène Royal, il incarne pour ses camarades "l'aile droite" du PS tandis que François Hollande occupe une position plus centrale et que Martine Aubry, portée à la tête du PS par l'alliance Strauss-Kahn/Fabius/Emmanuelli/Hamon, se garde bien de trancher entre droite et gauche.

Quand Jean-François Copé joue sur son terrain idéologique en s'employant à rasséréner un électorat sarkozyste quelque peu désillusionné, Manuel Valls joue à fond la carte de la "triangulation", cette tactique à laquelle Ségolène Royal avait eu recours en 2007, notamment sur les questions de sécurité. Utilisée par Bill Clinton ou Tony Blair, la "triangulation" s'appuie sur un constat politique et sociologique reconnaissant la prééminence des idées de droite. L'idée est donc de s'approprier des thématiques de droite, quitte à en faire un usage différent.

Les pages se tournent. Les images de ces affrontements entre "quadras" contrastent cette semaine avec la célébration nostalgique de deux grands défunts de la politique française : François Mitterrand et Philippe Séguin. Le premier président socialiste de la Ve République et le ténor ombrageux de la droite républicaine n'ont pas encore de successeur.

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