Ne tirez pas sur les grands du CAC

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Par François Lenglet, directeur des rédactions de La Tribune.

La France compte bien davantage de champions mondiaux ou européens qu'elle ne devrait en dénombrer au vu de son poids dans l'économie de la planète. Partout ailleurs, chez les Inuits ou les Patagons, ce constat indiscutable susciterait une émotion simple où les psychologues les plus rudimentaires reconnaîtraient du contentement. Peut-être même de la fierté. Rien de tel en France, où l'on plonge sans retenue dans les délices larmoyantes de l'autodénigrement - parmi les différentes formes du narcissisme, nous avons bien sûr choisi la plus sophistiquée.

Trésor national, nos géants économiques sont brocardés, critiqués, vilipendés. Considérés comme des traîtres à la patrie. Parce que leur centre de gravité économique s'est déplacé avec celui de la planète, vers le monde émergent. C'est là qu'ils investissent, c'est là qu'ils créent des emplois, c'est là qu'ils font des acquisitions. C'est là que se trouve leur croissance, parce que c'est là que se trouve la croissance.

On peut se demander comment ces groupes ont pu se développer sur une terre aussi inhospitalière que la nôtre. Peut-être ont-ils acquis la carapace que développent les espèces mises en péril par leur milieu, en vertu d'une sorte de darwinisme économique ? Quand on a grandi et prospéré entre Nice et Calais, le monde et ses aventures semblent aussi paisibles qu'un jardin. Il a fallu des générations d'entrepreneurs, d'inventeurs et de managers pour développer ces entreprises parfois centenaires. Patiente construction, où l'Etat a joué son rôle - nous sommes en France, cher lecteur - en nationalisant à chaque poussée socialiste et en imposant parfois des choix stratégiques judicieux. Construction où l'élite s'est investie, tantôt fonctionnaire, tantôt capitaine d'industrie - nous sommes en France, vous dis-je. Le paradoxe est bien là : les Français redoutent la mondialisation, alors que nos champions si français en sont des acteurs victorieux.

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