Solvay-Rhodia : éclaircie dans une Europe en panne

Par Jacques Barraux, journaliste.
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La presse économique a été la seule en France à traiter le sujet. Il s'agissait pourtant d'une annonce sur un thème clé de la prochaine élection présidentielle en France, l'emploi industriel et le développement technologique. Une annonce pour une fois positive : l'OPA amicale du chimiste belge Solvay sur le groupe français Rhodia. Positif, le rachat d'une entreprise française par un groupe étranger ? Oui pour quatre raisons.

Solvay n'est pas un groupe "étranger". C'est une entreprise voisine de nos frontières qui a des unités de production en France depuis... 140 ans et dont l'un des sept établissements, celui de Dole-Tavaux, emploie 1.500 salariés. Sous trois républiques, le groupe s'est souvent mieux comporté que ses concurrents français en termes de continuité d'investissement, de gestion des ressources humaines et de respect des politiques publiques. A l'inverse, Rhodia a failli mourir des mauvais coups portés par son actionnaire historique Rhône-Poulenc, pressé de se débarrasser d'une activité qualifiée de non stratégique. Le redressement spectaculaire de l'entreprise ces dernières années a déconcerté ceux qui voyaient dans Rhodia une entreprise du passé. Solvay en tire le bénéfice aujourd'hui mais annonce la relève future de son patron exécutif Christian Jourquin, par le jeune PDG de Rhodia, Jean-Pierre Clamadieu.

La fusion Solvay-Rhodia est une opération purement industrielle. Elle intervient dans un métier - la chimie - essentiel pour l'avenir des grandes technologies du siècle. En France, le secteur souffre d'une image déplorable auprès d'une opinion française abusée par les approximations des prosélytes de l'anticroissance. Or la chimie, disent les scientifiques, est "la mère de toutes les industries", à commencer par celles qui économisent les ressources naturelles ou qui améliorent la santé, l'habitat, les transports, l'alimentation, l'habillement ou l'environnement. Le nouveau groupe Solvay-Rhodia ne se hisse qu'au douzième rang mondial mais il tire sa force de son leadership dans une pléiade de produits de spécialité. Et Rhodia, actif dans les économies émergentes - il est au Brésil depuis 90 ans - complète la couverture mondiale de Solvay.

L'actionnariat du nouveau groupe reste familial. L'expérience le prouve, c'est le meilleur gage de stabilité des entreprises calées sur des stratégies à long terme. Alfred Solvay a inventé le procédé de fabrication du carbonate de soude en 1861 et créé son entreprise en 1863. Ses héritiers contrôlent 30% du capital. Comme chez les Peugeot ou les Michelin, les descendants Solvay prônent des valeurs patrimoniales aux antipodes de la mobilité actionnariale des fonds d'investissement. Ils entretiennent la culture d'ingénieur d'un groupe « génétiquement » producteur de brevets et qui perpétue le rituel centenaire d'un "Physics Council" lancé en 1911 avec des invités qui s'appelaient alors Albert Einstein, Max Planck et Marie Curie.

La fusion donne naissance à un groupe européen à vocation mondiale. C'est bien là l'essentiel. Le mariage est annoncé dans une Europe en panne, soumise à de violentes forces centrifuges - politiques, financières et idéologiques. Dix ans après la naissance d'EADS, peu de fusions paneuropéennes ont vu le jour sur le modèle Hoechst-Rhône-Poulenc, GDF-Suez ou ST Microelectronics. Les opérateurs de fusions-acquisitions ne voient pas d'espace entre le marché national des PME et le marché mondial des grandes sociétés. La plate-forme industrielle européenne - là où existe une vraie culture technique commune - reste pourtant le meilleur moyen de consolider ses forces face aux nouveaux colosses de la science et de la technologie.

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