FMI : la question cruciale de la succession de DSK

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Rares sont les directeurs généraux du FMI qui ont permis à l'institution de s'imposer. Il est nécessaire de rompre avec le jeu d'influences entre les États-Unis et l'Europe pour désigner le nouveau directeur général. Aujourd'hui, l'institution a besoin d'un économiste visionnaire.

La question de la succession de Dominique Strauss-Kahn (DSK) à la tête du FMI donne lieu à un débat sans précédent. En fait, son départ précipité a mis au jour quelques problèmes fondamentaux concernant la direction générale du FMI, voire même l'existence du Fonds. Il a tenté de transformer l'institution en un médecin, au lieu d'un policier, de la finance mondiale. Mais pour atténuer ou même prévenir des crises financières, des policiers sont parfois nécessaires. En ce moment, la présence de déséquilibres toujours manifestes nécessite des mesures de police assez rigoureuses.

Bien qu'une organisation soit toujours plus que la personne qui la dirige, un dirigeant faible ou politisé à la tête de l'institution peut causer des dégâts considérables. Et malheureusement, près de la moitié des précédents directeurs généraux ont été soit faibles, soit ouvertement politiques - ou les deux. Les deux premiers directeurs généraux du FMI, le Belge Camille Gutt et le Suédois Ivar Rooth, étaient des dirigeants sans grande envergure. À vrai dire, le Fonds a presque complètement disparu de la scène internationale durant leurs mandats.

Les deux directeurs généraux à précéder directement DSK, un Allemand et un Espagnol, étaient également insignifiants. Horst Köhler, nommé en 2000, a mal entamé le millénaire. Il avait précédemment été un secrétaire d'État influent au ministère allemand des Finances. Le chancelier de l'époque, Gerhard Schröder, avait exercé de fortes pressions pour qu'un Allemand soit nommé à la tête du FMI, mais Köhler a toujours été un candidat improbable de second choix. Il a démissionné du Fonds en 2004 pour être le candidat d'Angela Merkel au poste largement honorifique de président de la République fédérale d'Allemagne. Le successeur de Köhler, Rodrigo Rato, était le chef du parti de centre-droit espagnol qui, à la surprise générale, a perdu les élections générales de 2004 face à l'actuel chef du gouvernement José Luis Zapatero. Il obtint la direction du FMI à Washington en lot de consolation et ne s'y plut jamais vraiment. Le FMI a périclité lors de son mandat et il a démissionné en 2007 pour des « raisons personnelles ».

Dominique Strauss-Kahn a lui aussi entamé son mandat au FMI comme un politicien en exil, avant qu'il soit devenu clair qu'il serait le plus redoutable adversaire politique du président français Nicolas Sarkozy. Le président français et ses stratèges ont sans doute pensé qu'obtenir la nomination de DSK à la tête du FMI qui, avant la crise financière, semblait n'être qu'une institution de second plan, était une manoeuvre habile. Ils ont peut-être même envisagé que sa vie privée puisse provoquer des remous dans un pays plus prude et plus obsédé par le sexe que la France. Mais lorsque le FMI s'est imposé après 2008 comme une institution incontournable, réorientée par DSK avec une habileté politique et économique certaine, celui-ci est à nouveau apparu comme une menace pour la réélection de Nicolas Sarkozy.

Un autre élément de complexité politique tient à l'engagement profond du FMI dans la résolution de la crise de la dette souveraine de pays européens. Les non-Européens soupçonnent les Européens de bénéficier d'un traitement de faveur de la part d'un politicien redevenu économiste et sur le point de renouer avec la vie politique. Et certains Européens pensent que le Fonds favorise certaines parties au sein du débat hautement polarisé sur la manière dont les coûts de la crise financière doivent être partagés. Les récentes nominations à la tête du FMI sont toutes intervenues à la suite de négociations à haut niveau entre les gouvernements européens. Il est aujourd'hui nécessaire de rompre de manière décisive avec la logique politique discréditée qui motive de telles décisions. La convention selon laquelle le directeur général du FMI doit nécessairement être un Européen de l'Ouest n'est inscrite nulle part, en tout cas pas dans les statuts du Fonds. Déjà en 1973, la candidature d'un non-Européen, Roberto Alemann, l'éminent économiste argentin, avait bénéficié d'un soutien important.

Le choix du directeur général est également guidé par la recherche d'un profil qui pourrait travailler de la manière la plus productive à Washington. Mais aucun des trois directeurs généraux les plus puissants et les plus influents du Fonds n'a été politicien ou ministre. Le Suédois Per Jacobsson, qui a ramené le FMI sur le devant de la scène dans les années 1950, était un haut responsable de la Banque des règlements internationaux (BRI) à Bâle. En tant qu'économiste en chef de la BRI dans les années 1930, Jacobsson savait comment utiliser l'analyse économique pour exercer une influence. Jacques de Larosière et Michel Camdessus étaient des hauts fonctionnaires français qui ont su associer une expertise technique à une vision sur la manière dont doit fonctionner l'économie mondiale.

Le principal problème du monde actuel, éminemment stratégique, est l'ajustement à un nouvel ordre politique et économique, dans lequel le poids de l'économie mondiale se déplace vers l'Est et vers le Sud. Il est tentant de conclure que la nomination d'une personnalité influente d'un pays émergent pourrait résoudre ce problème. Mais cette approche ne ferait que répéter l'idéologie passée, lorsque le principal souci était de négocier l'influence respective des États-Unis et de l'Europe. Nommer une personnalité politique asiatique ne ferait que changer le nom des joueurs, et non réinventer le jeu. Le FMI a besoin d'un directeur général qui sache transcender la logique politique et définir les priorités économiques du nouvel ordre mondial. Le prochain directeur devrait plus être un Oriental qu'un Occidental, plus un économiste qu'un politicien et plus un visionnaire qu'un tacticien.Copyright Project Syndicate

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