Vers un management de la conversation
Sophie Péters
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Le management n'échappe pas aux situations de crise actuelles. Lui aussi est en crise. Dans toutes les entreprises, on cherche le nouveau Graal qui nous sortira de l'impasse. Une impasse née d'une contradiction. Celle qui veut que la performance d'une entreprise dépende de l'engagement de ses salariés quand la recherche de cette performance aboutit à détruire la confiance nécessaire à cet engagement. Le défi de ce qu'on a coutume d'appeler la gestion du changement est d'abord là. Ce n'est pas le "comment changer" qui doit être central c'est le "pourquoi changer" qui est primordial. C'est la finalité. Pour que celui-ci ne soit pas vécu comme un oukase avec un "on n'a pas le choix" en guise d'explication, il faut s'attacher aux enjeux, les partager et les instruire.
Car ne nous y trompons pas. Les salariés dans leur ensemble ne sont pas démotivés. Les enquêtes le prouvent. Ainsi, l'étude d'Entreprise&Personnel parue cette année montre que 78% des salariés jugent "leur motivation et leurs capacités sous-utilisées", et 76% se disent fiers d'appartenir à leur entreprise. Quant aux situations de crise, 61% les estiment motivantes pour progresser. Alors, qu'est-ce qui ne va pas au pays du management ? Toujours selon la même étude, seuls 21% des salariés interrogés estiment que "l'intérêt des entreprises va dans le même sens que celui des salariés". 80% d'entre eux et 63% des DRH regrettent que toutes les décisions se prennent d'en haut et 46% sont d'accord pour dire que ce ne sont pas les dirigeants qui décident mais les actionnaires. Enfin, près d'un salarié sur deux se sent mis continuellement sous pression pour des enjeux de productivité. Phrase terrible : 60% disent "que je travaille plus ou moins ne fait pas la différence".
Or le travail n'est pas réellement en cause. Tout le monde y est attaché. La preuve : il n'y a rien de pire que de le perdre. Ce qui est en cause, c'est la méprise fondamentale sur la raison d'être d'une entreprise. Celle-ci n'est pas le profit, simple indicateur de sa réussite. Sa raison d'être est le progrès. Le problème n'est donc pas de changer les comportements des salariés mais de s'attaquer aux logiques, de travailler à un projet authentique et de mettre en place un management qui place en tête de ses priorités l'exemplarité, le respect des personnes et la reconnaissance du travail accompli. Voilà ce qui est ressorti de la conférence organisée le 28 juin dernier par La Tribune sur le futur de l'organisation du travail.
Sophie Péters