La dégradation des pays triple A : est-ce si grave ?

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Pascal Canfin est député européen Europe Ecologie-les Verts.

Standard & Poor's (S&P) a annoncé sa volonté de dégrader la note de plusieurs pays européens, dont la France. Au-delà des réactions de posture politique, je vois trois enseignements à en tirer.

Premièrement, les notes des agences de notation sont aujourd'hui beaucoup plus regardées par les responsables politiques que par les marchés financiers. Contrairement à ce qui est souvent affirmé, il n'y a pas de lien automatique entre la note d'un pays et le taux d'intérêt auquel il emprunte sur les marchés. La France emprunte à un taux historiquement bas, malgré les menaces sur son triple A. Les États-Unis ont des taux plus faibles aujourd'hui qu'à l'époque où les trois agences notaient le pays triple A. Les relations sont plus complexes car elles dépendent d'un faisceau de facteurs dont l'appréciation des agences n'est qu'un élément parmi d'autres. Sur ce point, les marchés sont beaucoup moins des fétichistes de la note que les politiques qui l'instrumentalisent à des fins de débat partisan de court terme ou en font un "trésor national ".

Deuxièmement, l'annonce de S&P portant sur l'ensemble des pays de la zone euro montre clairement l'interdépendance de nos économies. Il n'y a plus le Nord contre le Sud, le coeur contre la périphérie, voire l'Allemagne contre tous les autres. Nous sommes tous dans le même bateau et cette "menace " commune vient le rappeler, notamment à l'Allemagne : aucun pays ne pourra sortir seul de la crise. En ce sens, l'annonce de S&P peut avoir un effet bénéfique sur le débat européen car elle met bien en évidence notre intérêt commun.

Dernier enseignement : lisez le communiqué de S&P. Nulle part vous ne trouverez trace de l'obsession européenne des 3 % de déficit en 2013. Les agences, comme les banques d'ailleurs, ne demandent pas aux États de respecter à tout prix cet objectif. Elles mettent au contraire en tête de leurs craintes une récession généralisée, qui empêche les États de réduire réellement leurs déficits et mette finalement en danger les banques elles-mêmes, qui détiennent dans leurs comptes des milliers de milliards d'obligations d'États. Et leur deuxième demande, relayée récemment par Moody's, est de transformer la BCE en prêteur de dernier ressort pour aider les États à se financer. La droite se trompe donc totalement en pensant que le deal Sarkozy-Merkel va rassurer les marchés. Je suis le premier à dénoncer les pratiques des marchés, au parlement européen. Mais quand les banquiers disent que l'austérité n'est pas la solution, je ne vais pas changer d'avis parce qu'on tombe d'accord !

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