L'État et la position du « missionnaire »

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(Crédits : DR)
Quels que soient les résultats des élections présidentielles de 2017 (voire de 2022), un besoin primaire de la France est la réduction du poids de l'État, aujourd'hui à 57 % du PIB.

Face à son principal partenaire, l'Allemagne, la France est une voiture de six passagers, dont l'un d'eux a été remplacé par un gros poids mort. La voiture roule moins vite, réagit plus lentement. La France doit regagner en vitesse et en réactivité dès le prochain quinquennat.Le sujet peut être abordé sous deux angles.Le premier est d'alléger le poids de l'État. Le mot n'est pas compris : tout devient malicieusement plus complexe.

Le deuxième angle est de s'interroger d'une manière curieuse : si la France était créée aujourd'hui, quelles missions donnerions-nous à l'État, pour quels résultats ? L'État doit-il fabriquer de l'énergie ou doit-il garantir que tous les Français en reçoivent ? L'État doit-il contribuer à la recherche nationale - le CEA, premier déposant national de brevets en 2015 et classé premier organisme public mondial de recherche, selon Reuters. L'État doit-il assurer l'école publique, laïque et obligatoire ou doit-il s'assurer que tout enfant sortant du système scolaire saura lire, écrire et compter, et peut travailler (chaque année 140 000 jeunes sortent du système scolaire sans aucune qualification).

Les deux premiers exemples tiennent de la mission,...  le troisième de la fonction

La mission est temporaire, la fonction tient de l'obligation. Les missions évoluent, tiennent de l'évaluation, du contrôle ; les fonctions s'approchent du régalien, tiennent de l'exécution.

Dans ces hypothèses, les missions de l'État relèveront du registre de l'évaluation et du contrôle sur objectifs de résultats, d'abord d'agences, qui passeront ensuite au privé. Le budget de l'État est déjà exprimé en missions. Passons à l'acte en créant les « missionnaires », en passant nombre de fonctionnaires actuels en agence, puis au privé. La pyramide actuelle des âges des fonctionnaires est encore favorable grâce aux départs à la retraite : ultime opportunité du prochain quinquennat.

Reste que la rapidité d'évolution du numérique et l'ingéniosité de nombreuses entreprises vont précipiter l'accélération des transformations de l'État.

Ou son contournement. Les collectivités locales mal en point seront les premières à contourner pour faire mieux et moins cher. Une France de fonctionnaires et de « missionnaires », cela peut prêter à sourire. Cela contribue à répondre à la question : et si l'on créait la France aujourd'hui, quel système lui donner pour qu'elle soit conforme à la République, à la modernité ?

Je repars en plongée.

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L'ouvrage le plus récent de Philippe Cahen :
Les Secrets de la prospective par les signaux faibles, Éditions Kawa, 2013

À découvrir aussi sa contribution à l'ouvrage collectif Rupture, vous avez dit disrupture ? Le futur est déjà derrière nous, Éditions Kawa, 2015.

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Commentaires
a écrit le 29/03/2016 à 23:16 :
L'école doit elle être publique (fonction) ou privée mais avec un socle de savoirs minima contrôlés par l'Etat ? Ca se discute !
Dans certains pays ce n'est qu'une mission. Pourquoi financer des tas de profs par l'impôt (es ce une mission régalienne comme la police ?) pour les résultats déplorables qu'on connaît (enquêtes Pisa), ou laisser cet argent aux familles pour qu'elles financent les études de leur gamin ? C'est à voir.

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