La course contre le temps de l'eurozone

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(Crédits : © Yves Herman / Reuters)
Lundi, la « to do list» du gouvernement Tsipras a fait quelques allers-retours entre capitales européennes.Et « à 23h15, elle était dans ma boîte mail», a dit mardi le président de l'Eurogroupe Jeroen Dijsselbloem devant le Parlement européen. Juste à temps.

 À présent, le gouvernement Tsipras a quatre mois pour «affiner» ses réformes et administrer la preuve qu'il ne veut pas faire retomber son pays dans l'ornière d'une économie clientéliste teintée de socialisme où l'ont mise ses prédécesseurs. Alléluia !

Est-ce qu'il survivra à l'examen parlementaire de ces engagements que la fermeté des 18 autres gouvernements de la zone euro et de la BCE l'a obligé à prendre ? Il est trop tôt pour le dire. Mais vu sa situation économique et la poussée des mouvements anti-européens au Nord comme au Sud, la zone euro est lancée dans une course contre la montre et ce nouvel arrangement avec Athènes montre une fois de plus les limites du modèle de gouvernance de la zone euro.

Depuis le début de la crise souveraine, en 2010, les Européens «progressent» de contretemps en contretemps, ne cessant de creuser des exceptions dans les règles qu'ils assurent tout faire pour respecter.

En 2010, ils ont perdu de précieuses semaines à tordre le cou à la règle du «no bail-out», puis ont attendu deux ans avant de restructurer la dette grecque, et cinq avant de commencer à monétiser la dette publique.

Le troisième programme grec, qui sera préparé cet été, s'articulera toujours sur l'objectif de retour à la soutenabilité... pourtant plus compromis que jamais. En juin dernier, les économistes Zvolt Darvas et Pia Hüttl ont montré que si le taux de croissance était inférieur de 1 % aux prévisions (ce qui est probable), l'excédent primaire également 1 % en deçà de l'ajustement demandé par la troïka (ce qui est en train d'être négocié), et s'il fallait financer une nouvelle recapitalisation bancaire (ce qu'on ne peut exclure), alors la dette grecque recommencerait à augmenter après 2021. Tant qu'elle sera dans la zone euro, la Grèce placera le reste de l'Europe devant l'alternative entre une mutualisation des dettes ou un éclatement de la zone.

Le reste du monde observe, sidéré, la zone euro se débattre avec des règles byzantines - « trop complexes», a dit la directrice du FMI Christine Lagarde. Début février, l'OCDE s'inquiétait du ralentissement des réformes... tout en appelant à relâcher la pression budgétaire. Obliger la France et l'Italie à s'en tenir à la trajectoire fixée par la Commission « déprimerait probablement plus encore l'activité et risquerait même de plonger la zone euro dans une nouvelle récession», expliquait l'organisation en novembre.

Le débat sur la transformation de l'union monétaire en union politique, au centre des travaux menés depuis 2012 par les «quatre présidents» (Commission, BCE, Conseil européen et Eurogroupe), est repoussé de conseil en sommet européen. Et l'espace politique des partis centristes censés le promouvoir est rogné par de nouveaux mouvements qui se définissent par leur opposition à «Bruxelles» : Podemos en Espagne, Alternative für Deutschland et die Linke en Allemagne, UKIP au Royaume-Uni, le Parti des Finlandais, Cinq étoiles en Italie, le Front national en France, le Parti pour la liberté aux Pays-Bas.

L'annonce cette semaine d'un nouveau délai accordé au gouvernement français pour repasser sous les 3 % de déficit (en 2018 au lieu de 2015) sonne, en soi, comme l'aveu de la peur de la menace frontiste qui pèse sur l'élection présidentielle de 2017.

Des trois scénarios qui se dessinent - l'enlisement dans la récession entraînant le rejet de l'intégration européenne par les peuples ; le choc d'une décision politique de sortie de l'Union européenne ou de la zone euro par un des États membres à la suite d'élections, dont les conséquences restent difficiles à apprécier ; celui, enfin, d'une sortie par le haut avec la formation d'une véritable union politique - le troisième n'est pas le plus probable.

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