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OpinionsVu de Bruxelles

Le «NON» de Tusk à Cameron

Photo de Florence Autret

Florence Autret

Publié le 21 mars 2015 à 09:59 - Mis à jour le 30 mars 2015 à 13:58

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Il y a dix ans, les Français refusaient d'approuver un traité constitutionnel qui n'était plus tout à fait un simple traité européen et pas encore une vraie constitution à l'américaine. Ils votaient «non» à l'idée d'une Europe un peu plus fédérale et surtout beaucoup plus illisible, tout comme les Néerlandais, épargnant aux Britanniques la peine de répondre à la question (au Royaume-Uni, le référendum fut suspendu à la suite des votes français et néerlandais).

Depuis l'Europe semble avancer sur deux voies divergentes : d'un côté, celle de l'union toujours plus étroite, accélérée par la crise de l'euro qui a totalement changé la nature de l'union monétaire - comme Cameron est le seul à le dire très ouvertement (transferts entre pays, révolution de la politique monétaire, contrôle des budgets nationaux par Bruxelles) -, et de l'autre, la lente dérive de certains vers la périphérie, l'inexorable relâchement du lien fédéral.

Intégration et désintégration

Le drame naissant au sujet de la participation du Royaume-Uni à l'Union européenne est emblématique de cette marche paradoxale vers l'intégration et la désintégration. Il y a quelques jours un président, polonais, du Conseil européen faisait passer un message sans équivoque aux électeurs britanniques : renégocier la position du Royaume-Uni dans l'Union européenne est « proche de la mission impossible». En donnant un entretien au Guardian et à quatre autres journaux européens, Donald Tusk ne s'adressait pas aux quelques dizaines de dirigeants politiques du Continent mais à l'Européen moyen, au Britannique qui peut-être jamais dans sa vie ne passera le channel, au lecteur du Figaro qui ne parle pas un mot d'allemand ni d'anglais, au Bavarois qui ne connaît de l'Europe que la cuisine française et les plages de Majorque.

Il aurait tout aussi bien pu dire au citoyen du Royaume-Uni : «Votre Premier ministre vous ment, il agit par calcul politique pour savonner la planche de son concurrent eurosceptique de Ukip, Nigel Farrage, et préparer son alliance avec lui»,il ne s'y serait pas pris autrement.

Un espace public européen

Au Français et à l'Allemand, son message était : il n'y a pas d'autre chemin que l'union toujours plus étroite. Les propos de Tusk font suite à ceux d'Angela Merkel avertissant Cameron qu'elle n'accepterait jamais de quotas d'immigrants européens au Royaume-Uni. Ils confirment l'apparition, progressive, d'un espace public européen.

Chaque électeur ne peut plus douter qu'à chaque fois qu'il met son bulletin dans l'urne, il le fait à la fois comme citoyen français, britannique ou allemand, et comme citoyen européen.

Cela ne remplace pas une constitution, mais crée un fait politique totalement nouveau.

Paradoxalement, au même moment, la question de l'adhésion au projet européen est en train de devenir celle autour de laquelle s'organise le débat national, aux dépens du traditionnel clivage droite-gauche. Donald Tusk appartient à la droite européenne, tout comme Cameron (même si les tories ont quitté le Parti populaire européen), ce qui ne l'empêche pas de se trouver, de facto, sur une ligne plus proche du socialiste Ed Miliband.

En Grèce, Alexis Tsipras ne s'est pas choisi un allié de gouvernement de gauche mais de droite et propre à renforcer - pensait-il - sa position de négociation à Bruxelles. En Espagne où Podemos se définit comme «alter européen». En France, le Front national capitalise sur un projet de renégociation du traité.

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Les vieilles démocraties européennes sont en train de prendre leur revanche sur ce qui a été perdu dans la confusion qui a suivi la ratification manquée du traité constitutionnel et l'adoption dans la totale indifférence du public de son ersatz, le traité de Lisbonne : l'idée qu'il pouvait y avoir un débat public sur le projet européen et que l'idée et surtout les moyens de l'intégration méritaient d'être explicitement consentis.

Faute de pouvoir voter sur les transformations radicales qu'a connues l'Union depuis le début de la crise en 2010, elles sont en train de transformer les élections nationales... en référendum européen. C'est un jeu dangereux.

Florence Autret

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