Le rêve européen de Politico

Florence Autret

Florence Autret
Ce qu'il y a de plus savoureux à raconter en ce moment dans la capitale de l'Union, c'est encore la contemplation de sa possible fin. Jean-Claude Juncker n'est-il pas arrivé au Berlaymont en annonçant qu'il présidait « la Commission de la dernière chance » ?
Son carburant, les énormes intérêts économiques brassés par la législation européenne.
La coentreprise créée l'an dernier avec le magnat allemand Axel Springer, éditeur de la Bild, repose sur un modèle économique dual : un fil d'information gratuit (7 millions de lecteurs aux États-Unis) offrant un maximum de scoops, de potins... et servant de produit d'appel à des lettres d'information sectorielles (sur la santé, l'énergie et les nouvelles technologies) taillées sur mesure et vendues sur abonnement à des grands comptes. Les deux rédactions ne seront pas séparées, simplement la cuisine interne des commissions parlementaires ou les détails des négociations entre experts nationaux sur la protection des données ou les procédures d'autorisation des OGM iront nourrir le contenu « pro ».
Les multinationales américaines, déjà clientes à Washington, sont aussi celles qui affichent les dépenses de lobbying les plus colossales, à commencer par les géants de l'Internet comme Google, golden sponsor de l'événement de lancement. Reste que ces nouveaux venus vont devoir surmonter les mêmes obstacles que leurs concurrents. Bruxelles n'est pas Washington.
L'affaire des emails supprimés d'Hillary Clinton, qui fait les délices du Hill depuis des semaines, est tout simplement inimaginable dans une capitale où la confidentialisation des informations en est à ses balbutiements. Si un simple amendement dans une directive sur les capitaux bancaires peut certes faire perdre ou gagner des milliards à quelques banques, le budget de l'Union ne dépasse pas 1 % du PIB, quand il oscille entre 30 et 50% dans les États membres ou aux États-Unis.
Les dépenses de lobbying restent modestes comparées à Washington. Et aucun service de renseignement, ni état-major, n'est près d'être piloté depuis le bureau ovale du collège des commissaires, au Berlaymont.
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L'équipe de Politico sait qu'elle n'a pas à faire au centre d'un pouvoir régalien, mais à un champ d'influence entre quelques plus ou moins puissantes nations hésitant entre l'union et la désunion.
Son arrivée est un événement politique, parce que personne n'a jamais tenté de donner une identité politique à ce lieu insaisissable, autrement qu'en dilapidant les centaines de millions d'euros de la propagande de la Commission européenne.
Ce lancement en fanfare n'est pas fait pour le démentir.
Florence Autret
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