Génération Z, sois jeune et bouge-toi !
Sophie Iborra

Photo d'illustration
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On la dit désorientée, désenchantée et même déprimée, avec la crise économique, climatique, politique et sociale, une grande partie de la jeunesse déclare se sentir exclue du débat public. Ils sont pourtant, nombreux à vouloir s'engager. D'après une enquête d'Opinion Way pour Markesens parue en décembre dernier, sans surprise, c'est le combat pour l'environnement qui arrive en tête des préoccupations des 18-30 ans avec 7 jeunes sur 10 qui se sentent légitimes pour agir afin de sauver la planète. Ils sont aussi 57% à se dire engagés dans la lutte pour réduire les inégalités sociales.
Qui a dit que les jeunes avaient perdu la foi ? Malgré leur désintérêt croissant pour les partis politiques, les syndicats et autres organisations historiques, les 18-30 ans n'ont pas renoncé à faire entendre leur voix. Ils signent régulièrement des pétitions, relaient massivement des post d'influenceurs engagés sur les réseaux sociaux, dénoncent et boycottent en fonction de leurs convictions et choisissent soigneusement leur entreprise en exigeant qu'elle soit alignée avec leurs valeurs.
Selon une enquête de l'IFOP pour la Fondation de France de 2022, 68% des jeunes interrogés déclarent être prêts à renoncer à travailler pour une entreprise qui ne les respecterait pas. De quoi faire réfléchir les employeurs qui cherchent désespérément à attirer ces nouveaux talents. Exigeante et sans concession, cette génération est bien là pour rappeler aux pouvoirs publics, entreprises et citoyens qu'elle ne compte pas regarder passer le train des nouveaux enjeux de notre temps.
Le bémol, c'est qu'il semble qu'en matière d'engagement, chez les jeunes, l'action individuelle prenne le pas sur l'action collective. Seuls 25% d'entre eux se disent prêts à faire du bénévolat dans une association, ce qui pose une varie question dans une société déjà fracturée où il est de plus en plus difficile de trouver des espaces communs.
Prenons l'exemple de l'écologie, d'après l'enquête Opinion Way de 2023, la grande majorité d'entre eux privilégient les actions quotidiennes et individuelles en choisissant, par exemple, de changer drastiquement leurs habitudes en matière de consommation ou de déplacement. Le « j'agis à mon échelle, et notamment en changeant la façon dont j'utilise ma carte bleue » a remplacé les grandes mobilisations et les banderoles dans la rue. Paradoxalement, 43% des sondés affirment se reconnaître dans les mouvements militants existants et 83% pensent qu'une action collective pour l'environnement aura plus d'impact qu'une action individuelle.
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Nous le savons, nous adorons ranger les choses et les gens dans des cases. En matière d'engagement, comme ailleurs, la jeunesse est pourtant diverse. Il se trouve que les 18-30 ans urbains et diplômés n'ont pas la même approche que celles et ceux qui vivent dans le rural et ou sont issus des milieux et quartiers populaires.
On observe, par exemple, que les jeunes issus des QPV, (Quartiers Prioritaires de la Ville), même s'ils se disent très sensibles à la cause environnementale, (77% contre 69% de celles et ceux qui n'habitent pas ces quartiers), sont aussi une majorité (56%) à penser que l'engagement est réservé à celles et ceux qui viennent d'une famille aisée. De la même façon, le niveau d'engagement baisse lorsque ces jeunes sont au chômage, sans études et ou sans formation.
Autre facteur qui pourrait expliquer la désaffection des jeunes pour l'engagement collectif, serait la charge mentale, notamment, celle, encore une fois, des plus précaires. Études, jobs d'appoint, isolement et nouvelles responsabilités, le temps et les priorités semblent peser dans la balance au moment de s'engager.
Pourtant, quand un jeune s'engage c'est probablement, d'abord, l'occasion pour lui de se réconcilier avec la politique au sens noble du terme en lui permettant de porter sa voix et celle, souvent inaudible, de celles et ceux qui veulent croire que tout n'est pas encore foutu ou qui préfèrent résister à la tentation du « tous pourris ». Associations, fondations, cercles de réflexions ou groupes d'actions deviennent, non seulement des lieux d'expression capables de rompre l'isolement, mais aussi le moyen pour les plus fragiles de créer ou d'élargir leur réseau et leurs opportunités professionnelles.
L'engagement c'est aussi donner du sens et des perspectives à un futur, qui pour beaucoup, semble incertain. Enfin c'est aussi l'un des moyens d'inclure et de valoriser une génération en fragilité psychologique depuis la Covid, une génération en quête de confiance et de reconnaissance.
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Engagement individuel et ponctuel VS engagement collectif et durable, le défi du monde associatif, est sans doute de repenser ses modèles pour les adapter aux nouvelles appétences des jeunes, en leur proposant par exemple, de nouvelles formes d'actions plus globales et peut-être moins cloisonnées ou encore en adaptant leur mode de communication vers un public de plus en plus sélectif.
Sophie Iborra