LA CHRONIQUE DE DOUGLAS KENNEDY – Les contradictions du vote populaire
Par Douglas Kennedy, écrivain
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Retrouvez chaque semaine la chronique de Douglas Kennedy.
LTD/Fabien Clairefond
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Une des discussions politiques les plus troublantes de mon existence fut celle que j'ai eue après l'élection de 2020 avec un de mes voisins dans le Maine ; un type issu d'un milieu populaire, marié depuis des années, père de deux jeunes adultes brillants, qui a travaillé toute sa vie comme soudeur. Tandis qu'on buvait une bière ensemble, il s'est mis à pester contre le socialisme et les dangers qu'il représentait pour la société américaine. Je lui ai demandé :
« Tu es vraiment contre l'Obamacare, alors qu'environ 80 % des faillites personnelles sont dues au fait que les mutuelles de santé privées ne couvrent pas une grande partie des frais médicaux et d'hospitalisation ?
- Je n'ai pas à me plaindre de ma mutuelle, m'at-il répondu.
- Mais c'est parce que tu as un boulot plutôt bien payé. Pour beaucoup de gens des milieux modestes...
- Ils n'ont qu'à trouver du boulot.
- Mais, même pour quelqu'un qui gagne le smic...
- J'ai réussi à me sortir de l'enfer des bas salaires, pourquoi ils n'y arriveraient pas ?
- Tes deux enfants n'ont pas dû emprunter énormément pour aller à l'université ?
- Les facs gratuites sont nulles, m'a-t-il rétorqué.
- Beaucoup des très grandes universités européennes sont gratuites.
- Mais, en Europe, les impôts sont dingues et l'État se mêle de tout. »
Avant que je puisse argumenter, il a levé la main, comme un agent de la circulation, et m'a dit :
« Clairement, tu t'es converti au socialisme.
- Je suis social-démocrate, pas socialiste, ai-je précisé.
- C'est pareil ! »
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Et quand j'ai essayé de lui expliquer le fossé idéologique entre le socialisme et la social-démocratie, il a clos la conversation en déclarant : « Trump va revenir, histoire de remettre les gens comme toi à leur place. » Cet échange résume un grand paradoxe de la politique américaine moderne : les classes populaires ont souvent soutenu les candidats républicains, et ce depuis la victoire de Ronald Reagan en 1980... même si ce parti n'a pas leurs intérêts à cœur.
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