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Le "big bang" du capital humain

Photo de Philippe Mabille

Philippe Mabille

Publié le 07 mars 2018 à 17:00 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 01:14

Coup d'envoi du "big bang" de la formation professionnelle

Coup d'envoi du "big bang" de la formation professionnelle

CHARLES PLATIAU

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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La ministre du Travail, Muriel Pénicaud, a présenté lundi son « big bang » de la formation professionnelle. Et le moins que l'on puisse dire est que, en effet, le projet dévoilé par le gouvernement constitue une promesse de remise à plat d'un système paritaire qui a suffisamment fait la preuve de sa faillite.

La formation professionnelle, qui mobilise 32 milliards d'euros de ressources par an, principalement prélevées sur les entreprises (1,23% de la masse salariale jusqu'à dix salariés, 1,68% au-delà), est à la fois injuste et inefficace : en 2016, 36% des Français ont bénéficié d'une formation, dont 66% de cadres, 34% d'ouvriers et seulement 10% de chômeurs.

À l'heure de l'intelligence artificielle et des nouvelles technologies, 50% des métiers vont soit disparaître (la caissière de supermarché, le chauffeur routier...) soit être profondément reconfigurés, y compris chez les « cols blancs » (avocats, comptables...). Le défi stratégique qui attend la France, ses entreprises et sa population active est donc celle des compétences. On le voit déjà, les employeurs ont de plus en plus de mal à recruter les salariés bien formés dont ils ont besoin pour leur développement. C'est donc d'une révolution du capital humain dont la France a urgemment besoin.

Force est de constater que les partenaires sociaux se sont montrés une fois de plus incapables de formuler autre chose qu'une énième proposition de « réformette ». Certes, ils ont créé de nouveaux droits individuels, avec un crédit de 35 heures par an, ou 55 heures pour les « non-qualifiés », respectivement plafonnés à 400 et 550 heures. Mais pour rendre ces droits effectifs, ils ont buté sur le nerf de la guerre : l'organisation même du système. Ils ont refusé de simplifier la tuyauterie complexe, opaque, des OPCA, les « organismes paritaires collecteurs agréés », dont ils sont les cogestionnaires.

Dans ces conditions, l'État a bien raison de reprendre la main et d'imposer en quelque sorte la « nationalisation » de la formation professionnelle en France. Exit donc, ou presque, les OPCA, et bonjour « France Compétences », la future agence publique inspirée des exemples suisse et nordique, qui aura désormais la responsabilité, dans une gouvernance associant l'État, les Régions et les partenaires sociaux, de « l'évaluation et de la régulation » de la formation professionnelle et de l'apprentissage. Des « opérateurs de compétences », un concept encore flou, seront chargés dans chaque région du financement, au plus près du terrain et des CFA et surtout des PME et des TPE, afin de mieux anticiper les besoins par métiers.

Pour les individus, l'État reprend pour l'essentiel le terme de l'accord, mais introduit une modification de taille, la « monétarisation » des droits : en 2019, 500 euros par an, plafonnés à 5.000 euros (800 et 8.000 euros pour les non-qualifiés). Cela porte le coût de l'heure de formation à 14,28 euros, soit légèrement au-dessus de la moyenne actuelle dans les branches. Avantage pour le salarié : une meilleure lisibilité et la possibilité pour chaque individu de gérer en direct son compte personnel de formation en euros, directement depuis une « appli » sur smartphone. Ce sera aussi simple que de réserver un restaurant ou d'acheter des chaussures sur Internet. Cet « Airbnb » ou « Amazon » public de la formation professionnelle sera géré par la Caisse des Dépôts et consignations, qui va devenir la « banque de la formation professionnelle ».

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Avec cette transformation du temps en argent, les syndicats s'inquiètent à juste titre d'une inflation des coûts de la formation. Ce sera le rôle de l'agence France Compétences que de réguler le marché et d'imposer un meilleur rapport qualité-prix pour les formations, rapport qui est loin d'être optimal. On peut donc espérer que cette réforme va enfin permettre le nettoyage du grand bazar qu'est devenue la formation professionnelle, même si l'exercice d'évaluation risque de prendre un certain temps.

Le temps de sa mise en oeuvre effective, c'est le principal reproche que l'on peut faire au coup de force du gouvernement. Simplifier, c'est souvent très compliqué. Il va falloir une main de fer pour imposer la mutation envisagée aux milliers d'organismes qui prospèrent sur la complexité actuelle. Surtout, il manque un travail d'anticipation sectorielle et territoriale des transformations économiques en cours. 50 % des métiers du futur n'existent pas encore, et ce n'est certainement pas l'État qui va les imaginer. Il reste donc un exercice de prospective à mener sur l'évolution des compétences impliquées par les révolutions numérique, énergétique et écologique.

Le deuxième gros hic dans le processus concerne l'accompagnement des individus, notamment les plus fragiles et les moins bien formés, et des TPE et PME, où se trouve l'essentiel des emplois. Comment améliorer l'orientation des adultes, alors que l'État se révèle déjà très défaillant dans celle des enfants (120.000 jeunes sortent sans formation de l'Éducation nationale, son principal scandale) ? La réforme ne sera réussie que si elle parvient à associer tous les acteurs. S'asseoir sur les partenaires sociaux quand ils ne parviennent plus à assumer leurs responsabilités, c'est parfois nécessaire. Mais il faut les garder à la table des discussions, ainsi que les Régions, si le gouvernement ne veut pas que sa réforme ne se perde dans les sables du « centralisme technocratique » qui est un peu la faiblesse structurelle de la présidence d'Emmanuel Macron.

Philippe Mabille

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