La compétitivité passe avant tout par la qualité

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Par Emmanuel Combe et Jean-Louis Mucchielli, professeurs à l'université Paris I.

L'attention portée aujourd'hui en France à la question de la dette publique - crise de la zone euro oblige - ne doit pas dispenser d'une réflexion sur les causes profondes de notre endettement, au premier rang desquelles figurent la faiblesse structurelle de notre croissance et la dégradation continue de notre déficit commercial depuis une décennie. Quelles stratégies permettraient de restaurer la compétitivité de l'économie française et de repartir à la conquête des marchés extérieurs ?

Sur cette question fondamentale, deux discours principaux se font entendre chez les économistes.

Un premier en appelle à la mise en place d'une TVA sociale, qui viendrait alléger le coût du travail en France et renchérir le prix des produits en provenance des pays à bas coûts. Les effets nets d'une telle politique sur la croissance apparaissent pourtant très incertains et reposent sur une vision discutable de la compétitivité, réduite à une question de différentiel de coût de production.

Un second discours milite pour la poursuite d'une politique d'investissement en R&D et dans l'enseignement supérieur, afin de développer notre compétitivité hors prix, dans la lignée de la "stratégie de Lisbonne". Pour nécessaire qu'il soit, ce second discours nous semble doublement insuffisant. D'abord, il repose sur une vision partielle de l'innovation, réduite à sa composante technologique. Ensuite, il passe à côté d'un défi politique essentiel : quel avenir propose-t-on aux travailleurs peu ou non qualifiés, et plus généralement à tous les jeunes qui ne seront demain ni ingénieurs ni chercheurs, pour qu'ils ne vivent pas la mondialisation sur le seul mode de l'exclusion ?

Il est temps d'élargir notre vision de la compétitivité et de miser sur une politique qui parle enfin à tous les Français et mobilise toutes les énergies : la compétitivité par la qualité. La qualité passe d'abord par une meilleure prise en compte du service qui accompagne le produit. Songeons au cas emblématique du tourisme : la richesse de notre patrimoine ne doit pas nous dispenser de miser sur les autres dimensions de la qualité, tout au long de la chaîne de valeur, et notamment sur la qualité de l'accueil. La démarche de qualité suppose ensuite de mieux valoriser les différentes formes de créativité et d'innovation dans tous les secteurs : design, marketing, nouveaux modèles économiques, innovations d'usage, excellence de la main. Le succès des voitures allemandes n'est-il pas dû tout autant à la force de leur marque, à la qualité de leur service après vente, à leur design qu'au nombre de brevets déposés ? L'histoire récente nous démontre qu'un secteur n'est jamais dépassé, dès lors que l'imagination s'en mêle. Pour s'en convaincre, il suffit de regarder la réussite éclatante d'Apple avec l'iPhone, de la firme italienne Luxottica dans les montures de lunettes ou du français SEB dans le petit électroménager. L'exemple de l'industrie française du luxe, deuxième industrie exportatrice après l'aéronautique, est également riche d'enseignements : la mondialisation y prend même un tour inattendu et paradoxal puisque, loin de nuire aux cols bleus, elle valorise leur savoir-faire et leur créativité, qui s'exportent dans le monde entier. Pour accompagner la montée en gamme de l'ensemble de notre économie, nous proposons de lancer une marque pays "France made", véritable label de qualité qui permettra de mieux valoriser nos savoir-faire à l'étranger.

Mais pour miser sur la qualité totale des produits, il est nécessaire d'accroître le niveau de qualification de chaque Français : pas de qualité totale sans qualification accrue ! En particulier, nous devons gagner la bataille de l'illettrisme, qui touche chaque année près de 5 % des jeunes de 17 ans sortis prématurément du système scolaire ; nous devons encourager la valorisation des acquis de l'expérience (VAE) et accélérer la réorientation de la formation continue à destination des moins qualifiés ; nous devons renforcer l'attractivité et la reconnaissance des métiers de l'excellence de la main. Dans la bataille de la compétitivité par la qualité, la France a besoin de tous ses enfants, de tous ses talents.

Qualité des produits, qualification de tous : c'est à ces deux conditions que chaque Français verra dans la mondialisation une chance pour son avenir professionnel plutôt qu'une menace pour son emploi. C'est à ces deux conditions que nous renouerons avec une croissance économique tirée par les exportations et qui viendra mécaniquement alléger le fardeau de notre dette publique.

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