Les Bourses au secours des ETI et de l'emploi

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Par Jean-Hervé Lorenzi, président du Cercle des économistes, et Bertrand Jacquillat, président d'Associés en Finance.

L'équation est simplissime. Sur les 2,8 millions d'emplois créés en France au cours des vingt dernières années, 2,3 millions l'ont été par des PME. Et, pour les cinq années qui viennent, l'équation risque de se simplifier encore. Les grandes entreprises créeront, certes, des emplois, mais pas en France. La création d'emplois en France reposera donc sur les fragiles épaules des PME. Fragiles épaules car les PME françaises, par rapport à leurs concurrentes européennes, manquent cruellement de fonds propres.

Mais de quoi parle-t-on quand on parle de PME ? De deux catégories d'entreprises aux profils bien distincts. La France se distingue, en effet, moins par sa capacité à créer des entreprises, et donc par sa vitalité originelle, que par son incapacité à aider celles-ci à franchir le seuil de l'adolescence et à se transformer ainsi en "gazelles" ou en "entreprises de taille intermédiaire", en ETI. C'est dans cette catégorie d'entreprises (de 250 à 5.000 salariés) que le retard de la France est, en effet, le plus criant. Elles sont 4.000 à peine en France (comme en Italie) contre plus de 10.000 en Angleterre et en Allemagne. Résultat des courses ? 90.000 entreprises exportatrices en France contre 180.000 en Italie et... 360.000 en Allemagne.

La multiplication du nombre d'ETI n'est a priori pas pour demain dans notre pays. Les nouvelles règles prudentielles qui s'imposent aux banquiers (Bâle III) comme aux assureurs (Solvency II) vont, en effet, dissuader ceux-ci d'investir au capital des PME. Et les ménages les plus fortunés, encouragés jusque-là par les réductions d'ISF, risquent fort de perdre cette incitation au nom de la désormais sacro-sainte (et partiellement justifiée) "chasse aux niches fiscales". Un indicateur de ce qui attend les ETI dans ce domaine ? L'effondrement des levées de fonds des sociétés de capital-risque (divisées par six depuis 2008) aussi bien que d'Alternext (moins de 250 millions d'euros cumulés depuis 2008).

Face à ce défi, deux solutions et deux seules, mais qui sont complémentaires. D'abord, une réforme fiscale de grande ampleur qui permettra à l'abondante épargne française de s'orienter enfin, non pas vers les obligations d'État, mais aussi vers l'entreprise et, donc, la création d'emplois.

La deuxième solution consiste en la création d'un véritable marché européen du financement des ETI. De ce point de vue, la fusion entre Nyse Euronext et Deutsche Börse constitue une opportunité historique. Elle constitue le prolongement naturel de la fusion entre Nyse et Euronext et ancre enfin cette Bourse sur le territoire européen. Elle augmente les chances d'une Bourse européenne, devenue très attractive, d'attirer de nouvelles sociétés en Bourse, parmi lesquelles les ETI, dont les flux d'entrées sur les marchés financiers européens s'étaient singulièrement taris depuis quelques années.

En France, 600 PME dont 257 ETI sont déjà financées via Nyse Euronext. Avec la fusion, on passera à un marché de 1.400 entreprises suffisamment profond et liquide pour attirer les capitaux. Par rapport au Nasdaq (plus de 2.000 entreprises cotées), on est encore loin du compte. Mais on est enfin sur la bonne voie.

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