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Tous les entrepreneurs sont pour la TVA sociale

Bertrand Bigay, directeur général de LCM

Publié le 06 janvier 2012 à 08:05 - Mis à jour le 06 janvier 2012 à 09:07

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Il suffit de regarder un bulletin de salaire, montrant que le coût global du travail est deux fois supérieur au salaire net, pour être favorable à cette réforme. Cet écart immense entre le coût global et le salaire net versé aux salariés ne peut que miner la motivation à entreprendre.

Tout entrepreneur qui, comme moi, a épluché les comptes de son entreprise ne peut que se prononcer en faveur de la TVA sociale. On peut regretter que ce projet soit l'otage de débats purement politiciens, alors qu'il devrait faire l'objet d'un consensus national pour sauver notre industrie. Car un pays sans industrie est un pays mort. Vivre de tourisme et d'huile d'olive, on sait maintenant clairement où cela mène...

Alors, pourquoi suis-je résolument pour la TVA sociale ? N'importe quelle personne qui a déjà regardé un bulletin de paye sait qu'un salarié qui touche 1.500 euros net coûte à l'entreprise 3.000 euros. J'ai toujours été frappé de voir que la plupart des salariés n'en ont pas conscience, alors que c'est pourtant inscrit noir sur blanc sur les fiches de paye.

Cet écart gigantesque entre le net et le coût total du travail s'explique par les charges sociales qui pèsent sur le travail : santé, chômage, retraite, transports, etc. Mais quelle est la logique qui veut que seuls les salariés payent des prestations sociales qui bénéficient à tous ? Pendant que le travail du salarié à l'étranger n'a pas ces mêmes charges, et donc produit à moindres coûts. La production du salarié à l'étranger concurrence donc la production du salarié en France, à la fois en France (favorisant les importations) et à l'étranger (pénalisant les exportations).

Pour ma part, cet écart mine ma motivation à entreprendre : que le travail coûte si cher à l'entreprise alors que le salarié touche aussi peu me démoralise. J'en suis arrivé à me fixer comme objectif, pour ma prochaine boîte, d'avoir le moins de salariés possible. Mais peut-on vraiment créer une entreprise en se fixant un tel objectif ? Quel gâchis !

La TVA sociale permettrait le financement d'une grande partie de la protection sociale par une contribution qui toucherait donc tous les produits, y compris les produits importés, ce qui donnerait lieu donc de réduire l'écart entre le salaire net et le coût réel pour l'entreprise. Cela rendrait possible :

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- une baisse des coûts salariaux de l'entreprise pour améliorer sa compétitivité ;

- un salaire net plus élevé pour les salariés ;

- une marge plus élevée pour l'entreprise, permettant d'augmenter les fonds propres.

La répartition du gain entre ces trois éléments ne manquera pas de créer de nombreuses discussions. La priorité semble évidemment de baisser les coûts salariaux. Mais c'est la situation dans chaque entreprise qui sera déterminante.

On dit parfois que les salariés ne verront pas leur salaire net augmenter. Mais il suffit de regarder une fiche de paye pour savoir qu'il existe des taux de charges payés par le salarié, et d'autres payés par l'entreprise. En supprimant certaines charges pour les transférer sur la TVA sociale, le montant des charges des salariés va nécessairement baisser et le salaire net augmenter. C'est mécanique.

Alors, qui serait pénalisé par la TVA sociale ? Principalement les personnes ne touchant pas des salaires mais des prestations sociales : retraites, allocations familiales, RSA, etc. Effectivement, ces personnes ne verront pas d'évolution de leurs revenus, mais paieront plus cher leurs produits. Là, on touche un autre débat, qui est celui de savoir si la France a toujours les moyens de l'État providence. Je pense que non. En faisant payer l'État providence par le travail des salariés, on asphyxie peu à peu le "made in France". Au final, il n'y aura plus suffisamment de salariés en France pour payer l'État providence, et il s'écroulera de toute façon.

Donc, amputer maintenant de quelques pour-cent le pouvoir d'achat de ceux qui bénéficient de prestations sociales pour sauver le système ne me choque pas. D'autant plus que, en ce qui concerne les retraités, il ne faut pas oublier que ce sont eux qui ont bénéficié d'un État qui a creusé la dette, et laissé aux générations futures à la fois l'impossibilité de continuer à s'endetter et la nécessité de rembourser leur dette. Il faudra toutefois veiller à ne pas impacter les plus fragiles, par exemple en revalorisant les minima sociaux. Ce n'est pas compliqué à faire.

Par ailleurs, on nous propose comme alternative à la TVA sociale des barrières à l'importation. Ridicule ! Tout d'abord, les règles du commerce mondial nous l'interdisent. Quel gouvernement sérieux oserait sortir de l'OMC ou de l'UE pour mettre des barrières douanières ? Alors qu'une grande partie de l'économie française est tournée vers l'export ? Par ailleurs, il faudrait donc expliquer aux Français que leur voiture japonaise, leur iPhone, leur écran plat Samsung, etc. vont être nettement plus chers.

Que chacun regarde chez lui tout ce qu'il consomme en provenance de l'étranger. Faut-il y renoncer ou le payer nettement plus cher ? Bienvenue en Corée du Nord ! La TVA sociale me semble la seule solution pour réduire le coût du travail et permettre aux produits "made in France" de mieux se vendre, en France et à l'étranger. Ils permettront de sauver notre industrie, qui est la racine de toute l'économie. www.reussir-sa-boite.fr

Bertrand Bigay, directeur général de LCM

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