Le défi des pays émergents, une chance pour la France

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Les pays émergents font peur ... et sont dans l'imaginaire collectif responsables de tous nos maux : non seulement ils nous inondent de leurs produits, mais en plus ils poussent à délocaliser pour bénéficier d'une main d'œuvre à bon marché, générant ainsi du chômage sur le Vieux Continent.

Et si nous cessions d'avoir peur. Si nous prenions conscience du changement de donne ? On a mangé le pain noir de la mondialisation, celui des délocalisations. Le moment est venu d'entamer notre pain blanc. Si nous saisissions cette extraordinaire opportunité qui s'offre à nous en France ? Qu'ils soient colombiens, brésiliens, africains, chinois, indiens, russes ou indonésiens, nos nouveaux clients émergents ont tous la même soif de consommation, la même confiance dans l'avenir, les mêmes besoins considérables de gens qui n'avaient rien et qui souhaitent maintenant vivre comme nous. Et quand des milliards de personnes souhaitent s'équiper, s'habiller, voyager ou se divertir, c'est un nouvel Eldorado qui s'offre à nous.

Pas de temps à perdre
Mais, il n'y a pas de temps à perdre. Jusqu'à la fin 2009, l'Asie Pacifique ne méritait qu'une modeste note de bas de page dans les rapports financiers d'Apple. Ce n'est qu'à partir de cette date, rappelle le Wall Street Journal (« For Apple, China is Middle Kingdom », 26 avril 2012), que le géant de Cupertino commence à détailler la part provenant de cette région du monde. Moins de trois ans plus tard, la zone est sur le point de devenir la principale source de revenus du fabricant de la marque à la pomme. Et la demande paraît insatiable. L'introduction du dernier iPhone a provoqué des émeutes à Pékin. Avec plus d'un milliard d'abonnés au téléphone mobile en Chine, on comprend pourquoi Tim Cook, le nouveau PDG d'Apple, prévoit des résultats époustouflants pour le groupe.

Le travailleur du monde  émergent, notre client

La frénésie chinoise pour Apple crée de l'emploi dans toute l'Asie, où se trouve la plupart des sous-traitants de la marque. Mais combien d'emplois aux États Unis sont aussi créés par le succès d'Apple, au sein de la compagnie même (conception, design, recherche, marketing, etc.) ainsi que dans l'ensemble de l'écosystème qui vit autour de la firme et de ses applications. Le Président Obama avait bien saisi l'enjeu lorsqu'il déclarait dans son premier discours de l'Union en 2009 qu'il se fixait comme objectif de doubler les exportations des Etats Unis, essentiellement vers les pays émergents, pour créer deux millions d'emplois avant 2015. Quel extraordinaire changement de perspective: le travailleur du monde émergent est devenu notre client. Que s'est-il passé ?
Après 10 ans d'enrichissement rapide, la classe moyenne émergente est en pleine explosion. Plus de 120 millions de personnes la rejoignent chaque année. D'ici quinze ans ils seront 3.5 milliards. Plus de 50 fois la France. Une manne !
Comme l'illustre l'expérience d'Apple, la rapidité du déplacement des plaques tectoniques de l'économie mondiale vers le monde émergent prend tout le monde de court. La Chine est devenue, bien avant les prévisions les plus optimistes, la deuxième puissance économique mondiale. Le Brésil vient de dépasser le Royaume Uni. Fiat y vend aujourd'hui plus de voitures qu'en Italie !

Les Allemands ont su surfer sur la première vague de développement des pays émergents. La spécialisation industrielle de l'Allemagne l'a particulièrement bien servie pour répondre à leur besoin d'équipement, et notamment à l'industrialisation de la Chine. Leurs machines-outils ont fait merveille. De 2000 à 2010, Berlin a pratiquement doublé ses exportations (en pourcentage de son PIB) vers le monde émergent. Pendant ce temps, les exportations françaises faisaient du sur-place.

Aujourd'hui, nous avons toutes les raisons d'être optimistes. Les grands émergents sont en train d'aborder une nouvelle phase de leur développement. Leur croissance se tourne vers le marché intérieur, le développement de la demande domestique et non plus vers l'exportation. Les chinois en ont fait une priorité stratégique. Plus riches, ils souhaitent aussi améliorer leur environnement. Etre plus vert.

Des boulevards pour nos entreprises

C'est au tour de la France d'en profiter. A nous de bénéficier du « sweet spot » dans lequel se trouvent nos secteurs de spécialisation. Nos produits, qu'ils soient fabriqués par Danone ou par Louis Vuitton sont synonymes de qualité. Ils véhiculent une histoire et une image inégalées. Comme l'a montré l'exemple de Lejaby, repris par un fournisseur de LVMH, la demande des consommateurs émergents a un effet bénéfique sur l'emploi en France. Les gisements de croissance que représente la demande émergente permettront de créer des centaines de milliers d'emplois en France. Si nous savons relever le défi. Les besoins du monde émergent en matière d'environnement et d'infrastructure (énergie, transport, traitement des eaux, etc.) ouvrent des boulevards, si j'ose dire, pour nos entreprises. Le tourisme asiatique en France va exploser, comme explose aujourd'hui le tourisme brésilien en France. C'est bon pour Airbus, ça l'est aussi pour nos emplois de service, non délocalisables, qui subviendront aux besoins de ces nouveaux touristes.
À l'heure où la demande globale bascule à grande vitesse vers le monde émergent, pourquoi vouloir fermer nos frontières au risque de se priver de pain blanc et de se mettre à l'écart des nouveaux échanges mondiaux qui sont de plus en plus tirés par les pays du Sud? Il faut, au contraire,mener une politique volontariste qui permette de valoriser nos produits et d'exploiter l'exceptionnelle image du Made in France, armer nos entreprises pour réussir sans complexe dans le monde émergent, encourager nos petites et moyennes entreprises à aller, dans le sillage des grands du CAC 40, conquérir ce nouvel Eldorado.

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* Christian Deseglise est l'auteur de Le Défi des Pays Emergents : Une Chance pour la France, Michel de Maule, Avril 2012.

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Commentaires
a écrit le 10/05/2012 à 11:51 :
Jusqu'à maintenant la croissance des pays émergents s'est faite au détriment de l'emploi dans les pays développés (délocalisations). Il est donc temps que les émergents développent leurs propres marchés intérieurs, soient moins dépendants de leurs exportations. Leur croissance ne peut plus se faire au détriment des travailleurs européens dans le strict schéma de l'esclave "chinois" qui vend au "chômeur européen". C'est tout le processus de la mondialisation qui doit être repensé. Il ne doit pas y avoir d'un côté des gagnants et de l'autre côté des perdants. A défaut d'une nouvelle configuration "win-win" ,les pays européens devront sérieusement songer au protectionnisme pour se protéger ( donc au retour des frontières).
a écrit le 09/05/2012 à 10:58 :
Oui mais le touriste brésilien ou chinois il profite pour s'installer et immigrer en France à cause du RSA plus élevé que le salaire d'un ingénieur de chez eux, d'ailleurs la PAF reçoit ces touristes avec scepticisme, deux ou trois heures de queue pour être finalement refoulé avec le tutoiement en sus, idem avec la douane.
a écrit le 08/05/2012 à 23:29 :
Il faut que nous soyons plus agressif sur ces marchés, nous aussi on a la technologie et le savoir faire pour leur vendre des machines outils et tout autre produit à haute valeur ajouté, il n'y a pas que l'allemagne qui sache les fabriquer, mais pour cela il faut que l'état créer une agence en s'appuyant sur le savoir faire des sociétés du cac40 qui savent s'implanter sur les marchés du monde afin de les aider eux aussi à s'y implanter.
a écrit le 08/05/2012 à 16:14 :
Un croissance génératrice de richesse , mais mieux répartie oui.

Une croissance qui génère plus d'inégalités non.
a écrit le 08/05/2012 à 10:17 :
cet article est dégoulinant de bêtise. on comprend qu'avec de tel penseurs, la France soit en panne. rester bloqué dans cette illusion de croissance infinie, quand la matière première s'épuise, c'est vraiment être à mille lieux de la réalité du monde.
a écrit le 07/05/2012 à 18:42 :
En voilà un article d'intello qui n'a jamais franchi l'entrée d'une usine? Une chance pour la France ? Mais de quelle France parlons-nous ? De la France arrogante et financière qui préfère investir à peu de frais dans un pays pauvre, en embauchant à un salaire de misère pour ré-importer les produits en France, cassant au passage le peu de tissu industriel qui nous reste, mettant nos frères Français, parents, amis au chômage?
Cet article est tout simplement à vomir? Dommage que vous ne soyez pas en face moi mon petit Chirsitian? Je vous aurais volontier fais voler le brushing.
Réponse de le 07/05/2012 à 21:36 :
Votre réaction est consternante à croire que vous n'avez pas lu l'article! La liberté d'expression, oui! Mais putain quand les crétins en abusent c'est pas facile à supporter! Vous n'avez strictement rien compris à ce qui a été dit!!!
Réponse de le 08/05/2012 à 0:42 :
lol encore un discours de bobo! la mondialisation telle qu'elle est actuellement n'est pas une chance pour la france bien au contraire
Réponse de le 08/05/2012 à 16:13 :
l'article dit vraiment la réalité des chemins développement pour la France et les emplois. je travaille dans une grande entreprise française 50% du chiffre d'affaire provient des marchés émergents, croissance à 2 chiffres.cela permet de bénéficier de meilleur revenus pour nous dans la partie complémentaire du salaire.l'article ne parle pas de formation, connaissance et savoir, plus la recherche de haut niveau. l'avenir et la .
Réponse de le 09/05/2012 à 13:53 :
A Makro, je crois en effet que vous devriez relire cet article, les chakras ouverts!!!!
Les pays émergents sont en effet autant de futurs clients encore faut-il faire l'effort, comme les entreprises allemandes, de parler l'anglais et de sortir de son "village".
il ne faudrait pas non plus oublier qu'un des moyens de maîtriser l'immigration c'est d'aider ces pays à s'organiser, leur transmettre des savoir-faire. Personne ne quitte volontiers son pays. De ce point vue, la délocalisation n'est pas toujours une mauvaise solution. A condition d'avoir une vision pour son pays en terme de métiers, de filières éducatives... et là, je crains que nous ne soyons encore bien myopes.
a écrit le 07/05/2012 à 15:54 :
Mais pour faire tout ça il faudrait parler anglais

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