PSA - DongFeng : et si les Chinois n'étaient pas d'accord

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Jean-François Dufour, président de Chine-Analyse. | DR
Jean-François Dufour, président de Chine-Analyse. | DR
Si l’hypothèse d’une entrée du groupe DongFeng au capital de PSA émeut en France, elle pourrait provoquer des débats aussi côté chinois. Selon, Jean-François Dufour, président de Chine-Analyse, c'est le pouvoir politique à Pékin qui devrait avoir le dernier mot... Explications.

Très éclatée, avec quinze constructeurs produisant chacun plus de 100.000 véhicules par an, l'industrie automobile chinoise est destinée à une restructuration dans les années à venir. Dans ce contexte, les alliances internationales susceptibles de générer des transferts de technologies - c'est-à-dire allant au-delà des simples coentreprises d'assemblage dans lesquelles tous les grands groupes étrangers sont impliqués - sont un argument décisif de positionnement pour les constructeurs automobiles chinois.

Course au positionnement

Dans ce contexte, prendre une part significative du capital de PSA représente un enjeu stratégique majeur pour DongFeng, qui fait partie de la demi-douzaine de grands groupes autour desquels la restructuration est appelée à s'effectuer.

Il s'agit pour le constructeur basé à Wuhan (Hubei) de ne pas se laisser distancer par SAIC (Shanghai Auto), le numéro un chinois, pionnier des acquisitions de savoir-faire étranger (avec notamment le rachat des technologies du britannique MG Rover dès 2005). Ou par BAIC (Beijing Auto), un des cinq autres « Majors », avec lequel l'allemand Daimler a confirmé, il y a quelques semaines, un projet d'acquisitions croisées de capital.

Le(s) dossier(s) DongFeng

Mais ces concurrents, précisément, et plus encore les autres « Majors » moins avancés en termes de partenariats internationaux (les groupes FAW, ChangAn et GAIG), ne verraient de toute évidence pas d'un bon œil la perspective d'un renforcement décisif de DongFeng sur le créneau des voitures. Et ils disposent d'arguments pour plaider leur cause auprès du gouvernement chinois.

DongFeng a en effet déjà enregistré en 2013 une avancée décisive sur un autre créneau : celui des poids lourds, où une alliance avec le suédois Volvo Trucks l'a virtuellement propulsé au premier rang mondial. Par ailleurs, dans le paysage complexe des coentreprises, le groupe de Wuhan détient le record du nombre de partenariats, opérant des usines avec pas moins de cinq constructeurs étrangers (PSA, Nissan, Honda, Kia et le taiwanais Yulong) - sans compter le partenariat évoqué avec Volvo Trucks, ni la coentreprise dont l'approbation a été demandée avec Renault.

Négociations et arbitrage

La précédente grande acquisition dans l'automobile - celle de Volvo Auto par le groupe Geely, en 2010 - était plus simple à gérer pour Beijing. Geely n'est en effet pas un des « Majors » de l'automobile chinoise, et a vocation à terme à être absorbé par un de ceux-ci. L'opération était dès lors plus neutre.

L'hypothèse DongFeng - PSA est différente, parce qu'elle signifierait un soutien explicite à l'un des groupes susceptibles de mener l'industrie automobile nationale, avec toutes les implications politiques locales que cela induit. Il ne fait dès lors guère de doute que les négociations vont bon train aujourd'hui à Beijing, autour des ministères et commissions concernés par l'opération. Et qu'elles impliquent non seulement les grands constructeurs automobiles chinois, mais aussi les autorités des régions où ils sont implantés.

Ce n'est que lorsque le gouvernement chinois, dont l'accord est incontournable, aura décidé d'un arbitrage, que l'on saura si le dossier DongFeng - PSA a des chances d'aboutir.

 

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Commentaires
a écrit le 15/10/2013 à 23:24 :
Risque de perte du contrôle à terme
Une montée au capital de PSA à hauteur de 30% par Dongfeng est très dangereuse.
Si par la suite des actionnaires ou des membres de la famille Peugeot vendent leurs actions, on risque de perdre progressivement le contrôle du capital de PSA Peugeot Citroën ? avant de voir partir toutes les usines ?
Il ne faut surtout pas reproduire la catastrophique passivité qui nous a laissé déposséder des fleurons industriels qu étaient PECHINEY et ARCELOR - avec les résultats que l on connaît.
L état US a mis 50 Md de $ chez GM pour lui permettre de se redresser - avant de revendre très progressivement en bourse en fonction des résultats. GM est donc resté entièrement américain et s est même permis de prendre 7% de PSA ...
Pourquoi ne propose t on pas - comme les Américains l ont fait pour GM - une aide massive au groupe français pour lui permettre de se passer de ces dollars (billets de Monopoly émis chaque mois en quantité phénoménale par la FED) et de ces yuans qui l asservissent ?
Pourquoi ne pas faire monter davantage l État au capital de PSA via le FSI et obliger au rapprochement avec Renault Nissan par prises de participation croisées ?
a écrit le 15/10/2013 à 8:28 :
Quelle honte d'aller quémander de l'aide aux chinois... Honte aux anciens PDGs de PSA qui se sont plantés dans la stratégie de l'entreprise (avec la complicité des actionnaires majoritaires?). Bravo pour la réaction de l'Etat...
Réponse de le 15/10/2013 à 11:08 :
galileo, vous reprochez aux anciens PDG de ne pas avoir délocalisé 3 voitures sur 4, comme l'a fait Renault ?
a écrit le 14/10/2013 à 19:25 :
C est l état chinois qui décide de la prise de contrôle de psa. C est hallucinant ! Les chinois ne cessent de tirer la couverture vers eux ! Essayez donc d acheter une entreprise chez eux, c est mission impossible. Ils sont toujours en position de force face aux démocraties occidentales.
Est ce que je veux comme avenir pour mes enfants que nos pays soient sous la tutelle d une dictature ? Ma réponse est NON.
Il est urgent de montrer aux chinois que si ils veulent nos marchés et nos entreprises : un nous voulons des emplois et deux pas de prise de participation que des co entreprises en Europe !!!!
Réponse de le 14/10/2013 à 22:55 :
Mon cher concrêtement du calme vous allez vous faire du mal.. imaginez-vous que le gouvernement français décide un beau matin de la prise de contrôle de psa et par je ne sais quel lubie, s'invite disons à hauteur de 30 % du capital, que ne dirait-on pas ? du communisme ou que sais-je.. serait-il si urgent de montrer au monde de quel.. mazout nous nous chauffons ? hum ? n' en finirons nous jamais d' avec ces saletés de moteurs diesel qui nous pollue notre ciel tout bleu de France et les frêles petits poumons de vos petits enfants sans que l' état ne vienne y imposer sa dictature ?
Réponse de le 15/10/2013 à 5:54 :
"Essayez donc d'acheter une entreprise chez eux, c est mission impossible." Vous etes sûr ? Tient, un exemple au hasard, SEB a acheté SUPOR à 100%. Vous voulez d'autre exemple ?
a écrit le 14/10/2013 à 19:21 :
Bonne chance à Dongfeng pour redresser une PSA, productrice de "veaux mal finis et sous-motorisés", destinés aux prolétaires français désargentés. Cela m'étonnerait que ça contribue au redressement de la l santé financière de l'entreprise!!
Réponse de le 14/10/2013 à 21:12 :
Croyez-vous que les économies de carburant ne concernent que les "prolétaires français désargentés"? Si PSA s'allie à un partenaire chinois pour courir les marchés émergents, être capable de produire des véhicules économes sera un atout. Dans des pays aux systèmes de transport public peu performants, où la voiture doit, par force, occuper une place importante, s'est essentiel.
Réponse de le 15/10/2013 à 3:25 :
"Dans des pays aux systèmes de transport public peu performants, où la voiture doit, par force, occuper une place importante, s'est (sic) essentiel" ; j'ai hésité un instant ; vous parlez bien de la France, là ? Les différents systèmes de transport en commun sont très bien organisés en Chine...
Réponse de le 15/10/2013 à 19:55 :
@ Lecteur Lambda: Je ne parlais ni de la France, ni de la Chine. Je songeais à l'Afrique, à l'Indochine, à l'Amérique Latine, à l'Inde.

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