Les fragilités de la reprise américaine

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La consommation est très majoritairement financée à crédit aux Etats-Unis / Reuters
La consommation est très majoritairement financée à crédit aux Etats-Unis / Reuters (Crédits : reuters.com)
La croissance est là, aux États-Unis. Mais ses fruits n'ont jamais été si inégalement répartis. La consommation est financée, pour l'essentiel, par l'endettement, ce qui ne pourra durer.

La cause semble entendue, les Etats-Unis vont beaucoup mieux que l'Europe. L'emploi s'y améliore, comme on a pu le voir ce vendredi, avec la publication d'un taux de chômage en baisse de 0,3 point, à 6,7%, son plus bas niveau depuis 2008. Un taux à comparer aux 12% de chômeurs de la zone euro… où la croissance sera très faiblarde en 2014, proche de 1% (prévision de l'OCDE ou de la BCE). De l'autre côté de l'Atlantique, le PIB devrait progresser presque trois plus vite (2,9%).

L'Europe reste dans des basses eaux, tandis que les Etats-Unis caracolent en tête de la croissance des pays industriels: un contraste saisissant.

Une consommation en forte hausse aux Etats-Unis ...

Aux Etats-Unis, la consommation devrait soutenir l'expansion en 2014, en progressant de 2,9% (en volume), et ce pour la cinquième année consécutive. En Europe, la consommation reprend à peine (un petit +1% attendu). La messe serait dite, donc, le match joué. Face à la forte croissance américaine, solide et durable, l'Europe serait encore engluée dans ses problèmes, laissant des pays du Sud exsangues après la crise financière.

 

… mais beaucoup de salariés découragés de chercher du travail

Et si les choses n'étaient pas si simples ? Et si, surtout, la reprise américaine était moins solide que les apparences ne le laissent croire ?

Le problème des données macro-économiques très globales, c'est qu'elles peuvent parfois masquer la réalité d'une situation. Certes, l'emploi va mieux, aux Etats-Unis. Mais si le chômage baisse aussi fortement, c'est d'abord parce que beaucoup de salariés, découragés de ne pas trouver un job, quittent le marché du travail. Ainsi, si, en 2007, 66% des personnes en âge de travailler étaient présentes sur le marché du travail (en emploi ou au chômage), ce ratio (taux de participation) était tombé à 63,6% fin 2012. En 2013, il a encore reculé, étant ramené à 62,8% en décembre. Le magazine Business Insider a calculé, qu'avec un taux de participation au marché du travail stable, correspondant à la moyenne des 30 dernières années, le chômage aurait, en fait, très peu reculé depuis 2009, il serait aujourd'hui de 10,8%. Bien au dessus du taux officiel annoncé…

Les personnes qui ont déserté le marché du travail, faute de perspective d'embauche, vivent de petits boulots au noir, ou de l'aide de leurs proches. Leurs revenus sont évidemment faibles, et ne contribuent que marginalement à la demande. Ce sont donc les autres, ceux qui occupent un emploi, qui soutiennent la croissance. Mais là aussi, des questions se posent.

Une hausse globale du revenu, réservée à une minorité

Une, principalement, celle des revenus de l'immense majorité de la population. En 2012, le revenu moyen a progressé de 4,6% en termes réels (une fois l'inflation déduite). Une forte progression, donc. De quoi doper la consommation…

Sauf que, pour 90% de la population, si l'on met à part les 10% de foyers aux revenus les plus élevés, la hausse a été tout simplement… nulle, en 2012. C'est ce que montrent les statistiques issues de l'administration fiscale américaine (IRS), compilées par l'économiste Emmanuel Saez, spécialiste de la question des inégalités de revenus aux Etats-Unis.

Et la tendance n'a pas été significativement différente en 2013, à voir les évolutions salariales enregistrées mois après mois.

 

Une consommation financée par l'endettement

Si l'immense majorité des Américains consomme, ce n'est donc pas grâce à des revenus croissants. Bien au contraire, puisque ceux-ci, avant d'avoir stagné en 2012, avaient baissé continûment les années précédentes. Le point haut avait été atteint en 2000, depuis c'est une baisse de 12,5%, qui a été enregistrée, en moyenne, pour ces 90% de foyers. En revanche, les plus aisés (1% des ménages) peuvent afficher une croissance confortable de leurs revenus. A tel point que, sur la période 2009-2012, 95% de la hausse globale des revenus sont allés dans la poche de cette petite minorité, représentant 1% de la population. Un creusement des inégalités d'un niveau inconnu depuis l'avant seconde guerre mondiale.

Comment les autres ménages parviennent-ils alors, à consommer ? Tout simplement en s'endettant. On assiste donc à un retour aux errements connus avant la crise de 2008, ceux d'une économie reposant uniquement sur la dette.

Si les Américains consomment, c'est parce qu'ils voient le prix de leurs actifs augmenter (la Bourse bat des records), ce qui leur permet d'accroître leurs emprunts.

Il va sans dire que cet accroissement de la dette ne peut être infini. Une correction aura lieu, tôt ou tard.

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Commentaires
a écrit le 19/01/2014 à 11:03 :
Bel article qui soulève le voile des apparences.
On sous estime le fait que la politique des Usa est liée à ce que sa monnaie le dollar est de fait la monnaie internationale: ils sont donc à la fois la banque centrale du monde et le propriétaire privé de cette banque centrale à leur bénéfice privé.
Nous avons d'ailleurs le même problème à l'intérieur de l'Europe avec l'euro qui est en fait la monnaie allemande, ce pourquoi l'Allemagne refuse que la Banque centrale européenne devienne une vraie banque fédérale européenne qui agisse sur l'euro dans l'intérêt de tous les pays européens...!
a écrit le 13/01/2014 à 21:53 :
les USA s'européanise doucement...
Réponse de le 15/01/2014 à 8:39 :
"les USA s'européanise doucement... " Ha bon..?? J'aurais dit le contraire. Pourriez-vous expliciter afin d'étayer. Car c'est n'importe quoi.
a écrit le 13/01/2014 à 10:33 :
Enfin un article de qualité qui voit plus loin que le bout du nez .
Réponse de le 13/01/2014 à 11:36 :
En occultant le taux d'emploi de la population US, historiquement bas ?
Réponse de le 23/01/2014 à 11:34 :
"le chômage aurait, en fait, très peu reculé depuis 2009, il serait aujourd'hui de 10,8%. Bien au dessus du taux officiel annoncé". Occulté dans cet article, le faible taux d'emploi de la population US ?
a écrit le 13/01/2014 à 10:28 :
Et on recommence les mêmes erreurs qu'avec les subprimes ?! Ce n'est plus l'immobilier, c'est la bourse. Dans deux ans on verrons un crack boursier avec des sociétés qui ne valent rien... ils n'apprennent rien ?!
a écrit le 13/01/2014 à 8:35 :
Tiens un article realiste....bravo

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