L'urgence d'une formation à la transition énergétique

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(Crédits : DR)
Dans le domaine de l'électricité, notamment, la France se caractérise par un manque de formation de ses ingénieurs et techniciens à l'efficacité énergétique. Par Rudy Provoost Président du Directoire du groupe Rexel

Dans cette période de trêve qui ponctue les débats relatifs à la transition énergétique et à la conférence sociale pour l'emploi, il convient de rappeler une urgence commune à ces deux thèmes : celle de la formation. Nous sommes en train de vivre une révolution technologique majeure portée en grande partie par la diffusion du numérique dans le monde de l'énergie, une révolution qui induit une responsabilité pour tous les acteurs du débat : si la France veut bénéficier de cette révolution, un effort majeur de formation, concerté et coordonné, doit être engagé rapidement.

Formation initiale, bien entendu, pour rendre possible la création des 600 000  à 825 000 emplois que les différents experts anticipent. Mais aussi une mobilisation pour permettre aux centaines de milliers de professionnels du bâtiment et de la ville, d'électriciens, de plombiers-chauffagistes, d'experts des énergies renouvelables, d'architectes, d'urbanistes de transformer leurs pratiques et leur métier pour intégrer les technologies numériques : des logiciels, des réseaux et des objets communicants.

Un besoin de compétences multiples

C'est à cette échelle que la transition se fera ou ne se fera pas. Le monde énergétique de demain a besoin de plus en plus de compétences pour créer et utiliser des logiciels d'audit, de simulation et de pilotage de la consommation énergétique du bâtiment. Les bâtiments, les usines et les villes intelligentes, économes en énergie, nécessiteront que des femmes et des hommes conçoivent et mettent en place des réseaux de capteurs de température ou de qualité de l'air, donnant naissance à des systèmes de pilotage énergétique des villes et des bâtiments plus économes, sains et durables.

L'essor des énergies renouvelables ou la diffusion des compteurs intelligents reposent sur le savoir-faire de techniciens d'ingénieurs et d'installateurs disposant d'une expertise technique de plus en plus pointue pour créer et installer des compteurs, des éoliennes, hydroliennes, centrales photovoltaïques ou pompes à chaleur.

 La France dans une situation paradoxale

Dans la transition énergétique en cours, la France est dans une situation paradoxale. Elle assume incontestablement une position de leadership, par exemple grâce à sa filière éco-électrique forte de 400 000 emplois et plusieurs centaines d'entreprises, depuis les start-ups jusqu'aux leaders mondiaux du secteur. Mais elle souffre d'un manque d'ingénieurs et de techniciens capables de diffuser localement, dans les territoires, l'ensemble des technologies les plus pointues au bénéfice du consommateur et du citoyen.

Les formations en efficacité énergétique: un succès aux Etats-Unis, un flop en France

Selon un sondage OpinionWay-Fondation Rexel de juin 2013 mené sur les professionnels électriciens, 76% des Américains ont effectué une formation dans le secteur de l'efficacité énergétique, contre 34% des Français et des Britanniques. La même tendance s'observe sur l'obtention de certifications : 75% des Américains interrogés en possèdent tandis que 16% seulement des Européens sont certifiés. En France, ces certifications ou accréditations ont été mises en place par l'Etat, mais si elles sont largement connues, elles restent encore peu utilisées par les professionnels.

 Des initiatives prometteuses

De nombreuses initiatives existent aujourd'hui, qu'il convient de renforcer : le développement des dispositifs de certification pour les professionnels du secteur, les accords entre les écoles et les industriels ainsi que l'accompagnement de entrepreneuriat social dans les secteurs de l'énergie. Ces initiatives sont prometteuses, mais d'autres pistes doivent être imaginées et développées dans le cadre de la transformation du monde énergétique.

 

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Commentaires
a écrit le 27/11/2015 à 13:51 :
Investir aujourd’hui dans la formation des Hommes et surtout de notre jeunesse, c’est pouvoir relever les défis de demain.

Atteindre les objectifs ambitieux de la transition énergétique et numérique, en soutenant l'innovation durable, impose au secteur du bâtiment de se transformer entreprises et acteurs de la formation du CFA à l'IUT et Ecoles d'Ingénieurs à tous les niveaux...

Les centres de formation vont devoir disposer de compétences nouvelles, ils doivent impérativement s’adapter, afin de pouvoir accompagner dans les meilleures conditions les entreprises et les salariés.

Un effort exceptionnel sur le plan des compétences :

En effet ce grand mouvement doit être accompagné d’un effort exceptionnel de développement des compétences à tous les niveaux de la filière :

• Les dirigeants, bureaux d’études, chargés d’affaires et conducteurs de travaux vont devoir développer des compétences transversales nécessaires en amont de la production pour répondre en offre globale aux marchés de rénovation énergétique.

• Les compagnons et l’encadrement de chantier vont devoir progresser dans l’acquisition de nouvelles techniques de mise en œuvre et dans la qualité et la précision de la mise en œuvre.

Tout le monde va devoir maîtriser le «BIM», s’engager dans la formation pour une bonne utilisation de la maquette numérique auprès des professionnels de la construction, petites ou grandes entreprises.

C’est seulement à ce prix que les défis pourront être surmontés.

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