Mario Draghi peut-il vraiment faire baisser l’euro ?

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Olivier Passet, directeur des synthèses économiques de Xerfi. / DR
La Tribune publie chaque jour des extraits issus des analyses diffusées sur Xerfi Canal. Aujourd'hui, Mario Draghi peut-il vraiment faire baisser l’euro ?

Mario Draghi a marqué les esprits récemment à Washington, en admettant que le taux de change sans être un objectif, pénalisait aujourd'hui la stabilité des prix et de la croissance.

En d'autres termes, il s'est dit prêt à relâcher d'un cran supplémentaire la politique monétaire, si la hausse de l'euro devait compliquer la tâche de la BCE dans sa lutte contre les risques de déflation. Mais de quels moyens dispose Mario Draghi pour faire baisser l'euro ?

La planche à billet?

Avec des taux de refinancement de 0,25% depuis novembre 2013, on voit bien que ce n'est pas de ce côté-ci que Mario Draghi dispose de marges de manoeuvre. C'est donc par une action non conventionnelle sur la quantité de monnaie qu'il pourrait agir sur le change en accroissant l'offre d'euros : la planche à billet pour parler crument.

Et c'est ce que chacun a en tête en entendant les déclarations du Président de la BCE. Mais une fois dit cela et prononcé le mot magique de « quantitative easing » tout n'est pas pour autant résolu.

Car mener une politique de quantitative easing, c'est agir directement en tant qu'acheteur sur le marché secondaire des titres : obligations ou titres adossés à des actifs plus risqués (comme des titres hypothécaires par exemple).

Une action d'autant plus efficace sur l'économie réelle que lorsque la banque intervient directement sur le segment des titres privés, elle agit alors quasiment comme une banque de second rang en prêtant directement à l'économie.

La limite de l'action de la BCE

Or contrairement à la FED ou à la Banque d'Angleterre, le marché européen des obligations privées est beaucoup plus étroit. Le marché des titres adossés à des prêts aux petites et moyennes entreprises, qui serait le relai le plus efficace pour relancer l'économie réelle est notamment sous-dimensionné. Ce qui limite structurellement la marge d'action de la BCE. Ce type d'opération, sans être contraire au mandat de la BCE, oblige de surcroît à un changement de doctrine qui pourrait buter sur un veto des allemands qui refusent toute opération pouvant dégrader le bilan de la BCE en terme de risque.

La seule opération que peut véritablement concevoir la BCE à grande échelle, sous surveillance du tribunal de Karlsruhe, c'est l'achat d'obligation publiques triple A, pour ne pas détériorer son bilan. Une telle opération serait bénéfique sur les taux d'intérêt puisque qu'elle baisserait certainement les spreads des pays les plus risqués vers lesquels les investisseurs se reporteraient. Mais elle n'irriguerait pas forcément l'économie réelle en accroissant le crédit puisque les différents pays de la zone cherchent aujourd'hui à stabiliser leur dette publique en % du PIB.

On peut surtout se demander si la BCE a véritablement la main sur le cours de l'euro

C'est bien dans l'excédent courant record de la zone et dans la modération salariale qu'il faut chercher la principale cause de hausse de l'euro. Or derrière cet excédent, il y a d'abord la rigueur budgétaire. Autrement dit, la principale arme pour faire baisser l'euro est entre les mains des gouvernements. Une arme qu'ils n'utiliseront pas.

Autrement dit les marchés ont de bons arguments pour rester impavide face aux déclarations de Mario Draghi. Le cours de la devise européenne n'a pas bronché car les opérateurs ont bien compris que la zone euro est de loin la région du monde qui accorde le plus de poids au prima de la sécurité financière, quel qu'en soit le prix pour l'économie réelle.

 

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a écrit le 12/05/2014 à 9:08 :
Faire baisser l'euro cela veut dire avoir une politique économique commune,nous ne l'avons pas.Injecter 1000 milliards d'euros dans le circuit monétaire ,quelles seront les effets ,les Usa
ont fait des QE à la pelle ils en font encore,cela n'a pas redémarré le système pour autant,les modestes gains acquis étant sur des emplois de service nécessaire au fonctionnement de la machine.Nous avons atteint les limites de fonctionnement de la zone sous cette forme.Au moment on l'on nous assène jour après jour la nécessité de faire des réformes structurelles,Bruxelles devrait montrer l'exemple et remettre à plat l'ensemble du système économique complétement obsolète.Créé pour six nous sommes vingt huit aujourd'hui.
a écrit le 09/05/2014 à 22:23 :
Quand Mario va se décider à faire baisser cette monnaie qui tue les européens du sud? ça devient ridicule mario.
a écrit le 09/05/2014 à 22:20 :
s'il ne sait toujours pas quoi faire, qu'il dégage et prenne sa retraite ! ouste !
a écrit le 09/05/2014 à 19:07 :
Journalistes et dirigeants français n'ont de cesse d'espérer que le salut viendra de la BCE. Et ils ont tort car les Allemands veillent aux grains comme à la prunelle de leurs yeux, ils ne reviendront pas sur ce qui les a fait changer le Mark pour l'Euro, qu'on se le dise ! Et pour ce qui est des plans d'austérité, comme vous le dites, les gouvernements européistes n'en sortiront pas non plus (attendez-vous d'ailleurs, à ce que notre gouvernement continue "les réformes structurelles" - ie baisse des salaires, des prestations sociales etc.). C'est une voie sans issue. Il faudrait que vous tiriez un trait là-dessus ou alors que vous vous résigniez à sortir de l'UE. C'est tout l'un ou tout l'autre ! Il n'y a pas de consensus possible, sinon il serait apparu dès le début de la crise de l'Euro.
Réponse de le 10/05/2014 à 8:48 :
TC Votre propos est limpide,TINA (There is no alternative) comme on dit a Bruxelles.
a écrit le 09/05/2014 à 18:13 :
Ce qu'il faut faire c'est d'éviter que les autres grands pays ne dévaluent. Pas baisser l'euro. Si nous faisons cela, nos économies s'écrouleraient. En effet nous concentrons notre espoir fictif de la richesse dans un euro fort tandis que les américains la concentrent dans une survalorisation des tous leurs actifs. Une même folie sous différentes formes. Les pays en évolution ne sont pas prêts a y entrer car il la voient bien. Nous devrons les inciter à le faire pour pouvoir commercer avec eux. La Chine a dépassé son mitan à l''intégration consentie par le monde occidental et doit mieux respecter ses engagement en organisant plus vite la hausse de sa devise. pour le reste tous les acteurs économiques vont se jeter sur le "pauvre monde" pour tenter de faire correspondre quelque peu rêve et réalité. Pouvons-nous accepter un esclavage monétaire ? Un esclavage. C'est de cela qu'il s'agit. faire des esclaves pour assurer notre richesse. Rien n'a vraiment évolué. Pour le moins nous devons organiser un plancher monétaire a minima pour toutes les devises ainsi que je l'ai plusieurs fois exposé pour éviter un tant soi peu cette honte.

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