Le Pacte d'instabilité et de dépression

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Loin d'apporter la croissance, le pacte de stabilité qui enserre les politiques économique européennes nous conduit à la déflation. Quand les élites cesseront-elles de vouloir répliquer les erreurs des autorités américaines durant les années 20 et 30?

Le niveau des endettements publics et les réformes structurelles n'ont - aujourd'hui - aucune importance et ne sont qu'un détail infime de l'Histoire de la crise européenne. Il y a en effet bien plus urgent à régler, à savoir la demande agrégée anémique et la très faible inflation. Pourtant, c'est comme si - par manque de culture économique - nos dirigeants se focalisent exclusivement sur des problématiques secondaires et, ce, pendant que l'Europe se consume de l'intérieur. Hélas, rien ne semble avoir changé depuis que Confucius affirmait il y a déjà 2500 ans "quand le sage désigne la lune, l'idiot regarde le doigt"...

 L'Europe commet les mêmes erreurs grossières que les Etats-Unis dans les années 30

L'Europe et sa technocratie n'apprendront-ils donc jamais rien? Car, de fait, l'Union européenne commet - aujourd'hui en 2014 - les mêmes erreurs grossières que celles des Etats-Unis lors de la Grande Dépression, c'est-à-dire dans les années 1920 et 1930. La politique monétaire (c'est-à-dire les taux d'intérêt, la BCE, bref: Mario Draghi) se révélant actuellement incapable de redresser une demande et une consommation en état de léthargie chronique, seules des politiques publiques (donc du ressort des États) seraient à même de vaincre cette prophétie auto-réalisatrice qui veut que moins de demande aboutisse nécessairement à...encore moins de demande, et donc à moins de production.

 Une besoin de stimulus fiscal et de déficit budgétaire

 C'est de stimulus fiscal et c'est de déficits budgétaires dont l'Europe a besoin. Car, au risque de choquer la pudibonderie de nos dirigeants et économistes orthodoxes, le chômage élevé n'est en rien la conséquence de l' "indiscipline budgétaire": il découle en droite ligne d'une anémie de la demande. Tout le contraire même car, s'il y a du chômage, c'est qu'il n'y a manifestement pas assez de déficits !! Ce premier enseignement de la Grande Dépression américaine est donc ignoré par l'intelligentsia européenne qui, en lieu et place de stimuli et de relance comme armes pour résorber la trappe de liquidités actuelle, s'est fendu d'un Pacte de Stabilité et de Croissance, synonyme d'austérité. En réalité, ce dogme de l'équilibre budgétaire achève de transformer aujourd'hui l'Europe en un désert économique et crucifie les citoyens européens en exigeant de pays comme la France, l'Espagne, le Portugal, ou la Grèce qu'ils boivent le calice jusqu'à la lie.

 La croissance ne redémarre pas avec la déflation!

 La Grande Dépression US et l'étalon-or ne nous ont-ils pourtant pas appris que l'activité économique ne redémarre évidemment pas en imposant la déflation ? En outre, il est totalement contre-productif sur le plan macroéconomique d'exiger que les nations européennes les moins compétitives soient les seules à subir les indispensables ajustements et ré-équilibrages dont l'Union à désespérément besoin pour renouer avec la croissance et avec l'emploi. Là aussi, les dirigeants politiques et économiques européens devraient s'inspirer de la Grande Dépression US ayant conduit ce pays à rompre logiquement avec l'étalon-or et, en conséquence, à procéder à une série de dévaluations ayant redonné du souffle à l'économie américaine. L'étalon-or agissait effectivement comme un carcan qui contraignait aux dévaluations intérieures, autrement dit à des réductions salariales menant droit à la déflation.

 Faire appel à la solidarité européenne

 Aujourd'hui, l'Union européenne ne peut unilatéralement rompre avec son propre étalon - l'euro - sur lequel les Etats n'ont aucune prise. Il est néanmoins possible de neutraliser partiellement les effets pervers de cet euro là, générateur de déflation, en faisant appel à la solidarité européenne. Très concrètement - et très simplement aussi -, ceci consisterait en une tolérance accrue à l'inflation au sein des membres les plus compétitifs et, ce, en lieu et place de réduire les prix et les salaires au sein des nations les moins compétitives. Une inflation à 3% en Allemagne qui co-existerait avec un taux d'inflation de 1% dans les autres pays de l'Union suffirait, à terme, à rétablir les équilibres européens, tout en épargnant aux populations périphériques, aux italiens comme aux français d'être traités comme les victimes expiatoires d'une Europe mal conçue.

 Les Allemands ne peuvent éternellement court-circuiter leurs partenaires

Les allemands doivent comprendre qu'ils ne peuvent éternellement court-circuiter leurs partenaires européens, car la concurrence à l'intérieur de l'Union européenne est bien plus rude et plus impitoyable que la compétition entre l'Union et le reste du monde ! Le contrat européen exige donc des membres ayant bénéficié d'une inflation très basse pendant plusieurs années qu'ils manifestent leur solidarité - et qu'ils honorent leur part du contrat - en la laissant filer provisoirement au-dessus de leur seuil de tolérance. C'est un profond changement de mentalité qui doit donc s'opérer au sein des membres les plus riches de cette Union, persuadés d'être vertueux en se maintenant très nettement en-dessous de 2% d'inflation, alors qu'ils pratiquent, en réalité, une concurrence tout aussi déloyale qu'inhumaine.

Michel Santi est directeur financier et directeur des marchés financiers chez Cristal Capital S.A. à Genève. Il a conseillé plusieurs banques centrales, après avoir été trader sur les marchés financiers. Il est l'auteur de :  "Splendeurs et misères du libéralisme", "Capitalism without conscience" et "L'Europe, chronique d'un fiasco politique et économique".

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Commentaires
a écrit le 16/09/2014 à 18:07 :
Toujours aussi fort !! Après trente ans de politiques keynésiennes et les dégâts constatés aujourd'hui , le gars nous dit qu'il faut continuer dans cette voie !! Comment peut être a ce point aveuglé par son dogme . L'économie n'est pas une religion ...
L'inflation est un poison qui n'arrange que les gouvernements endettés jusqu'au coup et entraine la ruine des épargnants , socle indispensable à une économie saine, ceci grâce aux conseils "avisés" d'économistes tel que Mr Santi ....
a écrit le 15/09/2014 à 18:00 :
la cigale ayant chanté tout l'été
se trouva fort dépourvue quand la bise fut venue
elle alla chez la fourmi sa voisine...

vous connaissez la suite.
Réponse de le 15/09/2014 à 18:13 :
tu parles des subprimes des ménages US ?
Réponse de le 16/09/2014 à 15:22 :
...c'est que : parce qu'on économise pas assez (que l'état s'endette) la france s'appauvrie. Mais il a tord au vue du fait que toutes les politiques Keynesiennes de ces 80 dernières années ont chaque fois rattrapées les errences du libéralisme après les crises qu'il a provoqué! De même, la politique de rigueur est destructrice; si on force quelqu'un à se serrer la ceinture le résultat n'est pas qu'il ira mieux: il va commencer à maigrir à vue d'oeil et développer des maladies associées, comme commencer à voter FN....
a écrit le 15/09/2014 à 17:53 :
Relancer la demande française par l'endettement? Outre que l'idée n'est pas nouvelle, avec les résultats brillants que l'on connait, la question à se poser est : à qui profitera cette demande?
Avec un déficit commercial de près de 30 milliards d'euros au 1er semestre 2014, il y a fort à parier que ce ne seront pas les industries françaises toucheront le gros lot... Pourvu que les français profitent de leur chômage et de cette relance pour se payer... des vacances en France!
Réponse de le 15/09/2014 à 18:11 :
tu veux dire que les entrepreneurs français auraient dû se spécialiser dans l'industrie et l'export plutôt que dans les services ?
heureusement que nous sommes la 1ère destination des investissements industriels étrangers en Europe (cf. EY). et que l'Etat est là pour tenir la main de nos entreprises à l'export (ce ne sont pas nos grands groupes, eux-mêmes très redevables à l'Etat, qui feraient ça).
a écrit le 15/09/2014 à 16:13 :
Des dettes des dettes des dettes voilà l idée qui est appliqué dans notre beau pays depuis 35 ans et le résultat ???
Je ne crois pas que les grecs et les argentins se portent si bien que ça

Il faut vivre avec ces moyens cher Mr
Réponse de le 15/09/2014 à 16:41 :
on a de la dette publique (qui a largement augmenté "grâce" à 2008).
mais peu de dette des ménages.
c'est soi l'un, soit l'autre (les 2 chez les Anglos notamment...).
mais la crise a commencé avec la dette privée.
a écrit le 15/09/2014 à 16:00 :
Comment croire un trader installé en suisse? Il nous encourage à nous endetter encore plus...
À qui profite le crime?
a écrit le 15/09/2014 à 15:40 :
Une solution rapide est la baisse de 50% des salaires des fonctionnaires ou virer la moitie. La meme baisse des retraites. L’excédent crée devra être utilise par l’état pour faire la relance dont vous parlez.
Réponse de le 15/09/2014 à 18:25 :
votre solution témoigne d'une bêtise abyssale
et en plus vous votez !!!
Réponse de le 15/09/2014 à 19:54 :
Moi aussi je voterai pour celui qui en degagera le plus.
Réponse de le 15/09/2014 à 19:59 :
Il a raison y'a beaucoup trop de fonctionnaires qui servent a que dalle, faut faire de la place.
a écrit le 15/09/2014 à 15:18 :
J'adore ce type, aficionados des relances Keynésiennes avec une dette qui approche de 100% du PIB et des intérêts qui représentent le premier budget de l'état. Avec 30 000 euros d'endettement par tête de pipe cet inconscient voudrait de nouveau relancer les dépenses publiques? On le fait depuis maintenant 40 ans avec les résultats que l'on connaît. On emprunte pour rembourser les intérêts de la dette, l'état est tellement pris à la gorge que ce sont les marchés qui vont finir par nous imposer un calendrier de réformes douloureuses. Nous ne sommes plus maîtres de notre destin...
a écrit le 15/09/2014 à 15:07 :
Où est la déflation ? Moi, je vois les prix monter, comme toujours...
a écrit le 15/09/2014 à 14:53 :
Voilà une personne intéressante qui argumente et sort des sentiers battus du Tina. je pense que bientôt vous allez avoir des pressions pour que cet économiste iconoclaste disparaisse. en attendant cette bouffée d'oxygène fait du bien continuez!
a écrit le 15/09/2014 à 14:30 :
Toujours d'accord avec vous. Le constat est limpide mais il semblerait que nous soyons en Europe les pires illettrés économiques du monde.
Réponse de le 15/09/2014 à 18:06 :
les Européens ne sont pas les plus illettrés en économie, ils sont simplement en passe d'etre les moins endettes du monde développé donc une cible privilégiée de tous les jaloux qui ne s'en sortent plus et de tous les bailleurs qui voudraient en profiter. ..
sans risques bien sur

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