Quel potentiel de croissance pour la France ?

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Olivier Passet, directeur des synthèses économiques de Xerfi. / DR
Quelle est la croissance potentielle de la France? Loin d'être seulement technique, l'enjeu est de taille. C'est tout l'équilibre de nos régimes de protection sociale qui est en jeu. par Olivier Passet, Xerfi

La croissance potentielle est un objet économique fétiche. Que l'on y croit ou que l'on y croit pas, il s'impose à nous dès lors que l'on cherche à s'extraire de la conjoncture pour tenter de cerner les fondamentaux de la croissance. Notamment lorsque l'on se demande les traces que laisse la crise sur notre capacité de rebond.Chacun pressent bien que lorsqu'une crise s'installe, elle dégrade la ressource humaine, elle détruit du capital humain, elle étend l'inemployabilité des chômeurs longue durée. Elle induit des destructions de capital, et surtout un vieillissement des installations. Elle décourage la prise de risque et in fine notre potentiel d'innovation.

Elle provoque en somme des phénomènes difficilement ou lentement réversibles. Et tout l'enjeu de l'estimation de la croissance potentielle est de mesurer cette érosion maligne de notre possibilité de rebond.

L'enjeu est de taille

C'est tout l'équilibre de nos régimes de protection sociale qui est en jeu. C'est la possibilité de renouer avec une croissance sans tension sur les prix, sans déséquilibre financier ou commercial qui se joue. C'est on l'a vu aussi un argument décisif lorsqu'il s'agit de dialoguer avec Bruxelles sur la portée véritable ne nos efforts budgétaires. Quand Bruxelles considère que notre potentiel est à 1,2%, il aggrave la composante structurelle de notre déficit et complique d'autant nos équations de rééquilibrage.

 Nous pouvons nous conformer ici à la représentation la plus simple est la plus intuitive du potentiel de croissance. En considérant que le potentiel est le volume de travail que notre économie est capable de mobiliser combiné à la productivité de chaque heure de travail.
Regardons d'abord le volume de travail mobilisable. Ce que nous disent les projections de population active de l'INSEE, c'est que la France peut encore compter sur un accroissement du nombre de personnes disponibles pour travailler dans les 5 et même dans les 30 prochaines années. Dans ses projections centrales l'organisme prévoit un trend de l'ordre de 0,4 ou 0,5 % par an à horizon 2022, ce qui veut dire qu'à productivité et à taux de chômage constant, le PIB croît naturellement d'autant.

 Pour traduire cela en emploi, il faut bien sûr projeter notre chômage. S'il s'enkyste à plus de 10% de la population active, ou s'il continue à croître, le volume de travail croîtra au mieux de 0,4%. Voire il stagnera, ou régressera légèrement comme il l'a fait durant la crise compte tenu de la montée du chômage. Si en revanche, le taux de chômage revenait à 7%, le volume de travail pourrait croître de 1%.

En substance, si notre chômage est de nature structurelle, la France ne pourra compter que sur une faible composante naturelle de croissance... Si le chômage est à dominante conjoncturelle, elle pourra alors mobiliser jusqu'à 1% de ressources humaines supplémentaires dans les 5 ans à venir.

Reste la question de la productivité horaire

Elle est le produit de la quantité de capital que l'on affecte à chaque individu et de la qualité de ce capital, que ce soit la puissance des innovations ou la qualité de nos organisations.

Là encore le champ des possibles est ouvert. Si je m'arrête au rythme de productivité que l'on observe depuis le début de la crise, la croissance française  ne peut plus s'appuyer que sur un filet de productivité horaire de 0,5-0,8%. Avec 0,4% de croissance de la population active, un taux de chômage vissé à plus de 10% et une productivité à 0,8%, on tombe alors sur l'hypothèse de croissance potentielle de la commission européenne soit, 1,2%.

Si l'on considère que l'essentiel du ralentissement est lié  au ralentissement de l'accumulation du capital par tête, alors le calcul est vite fait. Il faudrait une hausse de 15 à 20% de l'investissement pour renouer avec les rythmes d'accumulation d'avant crise. Cela peut paraître beaucoup mais c'est que l'on observe en général sur un cycle de reprise. C'est ce qu'il faudrait pour renouer avec les rythmes de productivité d'avant crise soit entre 1,5 et 2%.  Avec un taux de chômage qui convergerait vers 7% et un redémarrage de l'investissement le potentiel de moyen terme pourrait dépasser 2%.

Il ne s'agit là que d'une pure comptabilité de la croissance qui ne dit pas grand-chose sur les enchainements économiques sous-jacents. Ceux qui tirent les tendances issus de la crise à l'infini, pronostiquent un potentiel proche de 1%. Ceux qui, moins fatalistes croient dans l'efficacité des politiques et dans la réversibilité de certains ajustements de crise, entrevoient des rythmes qui peuvent voisiner 2% voire 2,5% en phase de rattrapage.

 Tout cela pour dire que le potentiel ne doit pas être abordé comme une loi d'airain qui déterminerait notre future avec certitude. Ce n'est qu'une construction comptable qui ne dit rien de plus que ce que l'on y met par construction.

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Commentaires
a écrit le 07/11/2014 à 9:46 :
Je suggère à Olivier Passet de compléter son analyse avec l'idée de financer les retraites par une taxe sur l'énergie. Merci.
Réponse de le 07/11/2014 à 10:01 :
Il retrouverait les principes exposés dans la note n°6 du conseil d'analyse économique et dans l'étude de Coe-Rexecode sur la réforme de la fiscalité.
a écrit le 07/11/2014 à 9:39 :
Le graphique de la croissance montre bien le décrochage en 2002, lié aux 35 heures et à l'euro, ce qui correspondait à une variation artificielle de la productivité.
a écrit le 07/11/2014 à 9:36 :
Effectivement, il s'agit bien de l'équilibre de la protection sociale; il faut financer les retraites par une taxe sur l'énergie. La productivité est liée à la démographie, au capital humain et à l'énergie.
a écrit le 06/11/2014 à 8:16 :
Potentiel de croissance nul tant que perdurera une administration aussi lourde et inefficace.
a écrit le 06/11/2014 à 7:06 :
le seul potentiel que je vois c'est ouvrir des maisons de retraite et des cliniques pour soigner les vieux...la france est foutue, et le racisme et le chomage que j'observe en province la termine...paris reste le monopole des riches et des emplois.
a écrit le 05/11/2014 à 20:08 :
le potentiel de croissance de la france est nul; artus a fait un papier la dessus pour dire ce que tout le monde sait... pour ceux qui ont de la merde dans les yeux, le nombre de robots en france est 1/3 de l'allemagne, et la rentabilite des entreprises est une des plus faibles au monde!
apres, on peut faire plein d'equations differentielles qui plaieront a pa muet....
a écrit le 05/11/2014 à 20:06 :
Pour calculer la croissance potentielle, on s'appuie sur des ...prévisions de la productivité horaire .
Pas besoin de faire des études poussées pour savoir que la croissance de la productivité et la croissance du pib sont corrélées.

Bref le concept de croissance potentielle ne repose sur rien.
Réponse de le 06/11/2014 à 7:17 :
Votre remarque est primordiale et mériterait un développement. Merci.
Réponse de le 06/11/2014 à 16:43 :
Si la productivité augmente, à potentiel de production constant, le chômage devrait augmenter...Non ? et alors si on robotise plus, alors là !!!!!
Réponse de le 07/11/2014 à 9:42 :
Oui, le chomage augmente parce que le cout du travail ne permet pas la création d'emplois productifs. Il faut réduire le cout du travail.
Réponse de le 09/11/2014 à 21:39 :
@evans94:
Oui mais cela permet de dégager plus de bénéfices et donc d'investir et de creer d'autres emplois .
D'un autre coté l'automatisation rend les delocalisations peu attrayantes.

@Gépé:
Seul un changement de dynamique , c'est à dire une amorce de cercle vertueux permettrait à la France de sortir de la crise.
Le problème du modèle de la "croissance potentielle" tel qu'il est décrit ici, c'est qu'il ignore la possibilité d'un cercle vertueux dont la hausse de la productivité horaire serait un des maillons.
Il est deja difficile de faire des previsions de croissance fiable tant il y a de parametres techniques et humains à prendre en compte. Un modèle qui bride une des variables ne peut pas fonctionner.
a écrit le 05/11/2014 à 19:56 :
Taxer le travail crée du chomage; taxer le capital décourage l'investissement; taxer l'énergie favorise les économies d'énergie. C'est justement ce qu'on recherche. Et si on réduit le cout du travail et les taxes sur le capital, on retrouve de la croissance. C'est justement ce qu'on recherche.
Réponse de le 05/11/2014 à 23:02 :
Très bon résumé. Si vous avez remarqué, notre gouvernement socialiste fait juste l'inverse sur le travail et le capital! En ce qui concerne l'énergie, j'avoue avoir du mal avec notre ministre actuel!
a écrit le 05/11/2014 à 17:20 :
Il faut reprendre le raisonnement en tenant compte du role de l'énergie. L'énergie remplace le travail en procurant des gains de productivité et diminue la quantité de travail que l'on assimile à du chomage.
a écrit le 05/11/2014 à 15:23 :
C'est vrai que la prévision d'un potentiel, relève d'une spéculation de haute voltige !

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