Grèce : histoire d'une erreur européenne

La Grèce va-t-elle, désormais, trouver un nouveau modèle économique? par Céline Soulas, Enseignant-chercheur au Groupe ESC Dijon-Bourgogne
(Crédits : DR)

 Octobre 2009. La Grèce se réveille avec la gueule de bois. Papandreou, nouveau premier ministre, annonce un déficit public supérieur à 10% et une dette publique avoisinant les 115% du PIB. Beaucoup accuseront derrière ces chiffres une politique fiscale laxiste et l'incivisme grec. C'est en tous les cas le début de la crise grecque.

Les banques du pays ne sont pas en reste dans ce qui s'annonce comme une débâcle économique : elles manquent de liquidités après leurs nombreux placements dans les subprimes et ne peuvent donc plus alimenter le circuit économique. Consommation et investissement tournent au ralenti.

 Défaillance de l'UE face à la Grèce

 À partir de 2010, l'Union Européenne prend réellement acte de la situation. En créant un Fonds Européen de Stabilité Financière (FESF devenu le Mécanisme Européen de Stabilisation MES), les pays membres se dotent enfin de moyens pour venir en aide aux pays en difficulté. Mais l'Union Européenne tarde trop, tergiverse trop. Les marchés financiers ont dès le départ identifié le talon d'Achille de notre Europe : la Banque Centrale Européenne (BCE) n'a pas le droit de financer directement les États et la solidarité financière entre États membres est interdite conformément au traité de Lisbonne.

Alors, les marchés financiers s'en donnent à cœur joie. Face au risque de défaut de paiement de la Grèce, les taux d'intérêt à long terme augmentent. Au plus fort de la crise, le pays emprunte à hauteur de 28%, dans le but de financer son déficit public et le renflouement de ses banques. Une dynamique spéculative se met en ordre de marche et continue le travail de sape de l'économie grecque : les baisses de la note du pays, via les agences de notation, augmentent les taux d'intérêt à 10 ans et donc le risque de défaut de paiement. C'est ce que les économistes appellent les anticipations auto-réalisatrices des marchés.

Quand l'Union Européenne se décide à financer la Grèce, les conditions d'aide et d'utilisation du FESF sont drastiques. L'austérité et ses 8 plans successifs laissent le pays à genou, entre émeutes, destruction du service public, anéantissement du système de protection sociale et une pression fiscale sans commune mesure.

 Le réveil tardif de la BCE

 Dérogeant à ses prérogatives institutionnelles, la BCE se réveille à son tour via le rachat des titres de dettes de la Grèce. Mais il est déjà trop tard ; les marchés financiers et le FESF ont enclenché la marche de l'austérité coûte que coûte. Face à un gouvernement grec pieds et poings liés, la crise économique aggrave le chômage, lui faisant atteindre des niveaux record (26,1% de la population active en juillet 2014).

La baisse de la consommation, consécutive à la baisse du revenu disponible (via l'augmentation des impôts, la baisse des allocations sociales, le chômage) emporte avec elle la chute de l'investissement. La limitation des crédits bancaires est venue renforcer les faibles demandes de consommation et d'investissement ; les entreprises ont alors vu leurs débouchés fondre comme neige au soleil et ont mis un dernier coup de grâce au marché de l'emploi. CQFD.

 La révolte du peuple Grec

 Alors comment relancer la croissance économique dans ces conditions ? Comment se donner les moyens de relever la tête quand le poids de la dette ne cesse de croître sous l'effet de la charge des intérêts notamment ? Au final, les restrictions budgétaires, en provoquant une baisse de la production, une baisse des recettes fiscales et une dégradation du taux d'endettement, n'ont pas réussi à rassurer les marchés et la Grèce n'en peut plus de la pauvreté et des inégalités croissantes.

 Revoir les remboursements de dette

Janvier 2015. Voici donc Alexis Tsipras à la tête d'un gouvernement d'extrême gauche et c'est l'Europe de l'austérité qui se réveille à son tour avec la gueule de bois. La question épineuse de la dette publique est évidemment la priorité absolue : moratoire et renégociation des emprunts sont les outils à la disposition du Syriza.

C'est à la seule condition d'avoir revu les remboursements de dette publique en cours que la Grèce pourra se redonner les moyens de sa renaissance économique et remettre sur pied un État « providence », censé protéger les plus faibles et promouvoir l'équité et la paix sociale.

L'histoire reste à écrire. La Grèce saura peut-être trouver un nouveau modèle économique, moins destructeur que le capitalisme actuel, qui comme tout système économique lorsqu'il est poussé à bout, n'offre guère de perspectives à l'être humain.

 Et sur les traces de la Grèce, demain, l'Espagne s'engagera peut-être elle aussi sur le chemin de la révolte citoyenne.

Céline Soulas, Enseignant-chercheur au Groupe ESC Dijon-Bourgogne

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Commentaires 31
à écrit le 05/02/2015 à 13:18
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Merci pour cet article intelligent, qui suscite sans surprise des commentaires nationalistes qui globalisent "les grecs". Les grecs sont divers et si une minorité, qu'il faut bien qualifiée de capitaliste s'est enrichie grâce au clientélisme, la frau...

à écrit le 04/02/2015 à 18:17
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Enseignante chercheuse? Il faut vite que j'avertisse mon fils de ne pas aller dans cette école de commerce : il va finir comme notre cher Président qui a sur-endetté son département il a du lui aussi suivre les cours de ce professeur . La Grèce a t...

à écrit le 31/01/2015 à 17:19
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La Grèce avait une dette de 330 milliards d'euros en 2011. Ramenés à la population grecque, cela représente plus de 30.000 € par habitant. La méchante union européenne en a abandonné environ la moitié, c'est à dire environ 15.000 € par habitant ! Cel...

à écrit le 31/01/2015 à 12:47
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Bravo ! Un peu de lucidité dans ce monde d'aveugles, incapables de comprendre que cette Europe construite sans et contre les peuples n'a aucun avenir et que le système capitaliste fait bien plus de ravages pour le plus grand nombre qu'il ne procure d...

à écrit le 30/01/2015 à 20:15
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Samaras a fait le sale boulot: Dégonfler le PIB qui était complètement nourri de déficit, d'où la dette; ça a marché, car aujourd'hui les comptes sont équilibrés (hors service de la dette). ll l'a fait à la hache, d'où la souffrance des plus pauvres...

à écrit le 30/01/2015 à 18:26
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C'est vrai que l'on se demande si la Tribune n'écrit plus que les articles Melanchonistes...

à écrit le 30/01/2015 à 17:14
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"la Grèce n'en peut plus de la pauvreté " Quelle pauvreté ? Les grecs ne sont pas pauvres et beaucoup dans le monde (pas nous, évidement) serait bien content d'arriver à leur niveau de vie.

à écrit le 30/01/2015 à 16:30
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L'auteur de l'article est enseignant chercheur en ecole de commerce , MERCI vous m'avez bien fait rire ,.Heureusement que le ridicule ne tue pas !

à écrit le 30/01/2015 à 15:32
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Oui tout le monde sait aujourd hui que cela a été une lourde erreur de fermer les yeux et de laisser la Grèce joindre l´Union Européene et la Zone Euro. Ca fait plus de 10 ans que tout le monde sait que la Grèce n´a jamais arrêté de manipuler ses...

le 30/01/2015 à 17:38
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L'entrée de la Grèce (mais aussi de l'Italie) dans la zone Euro alors que l'on savait pertinemment que leurs comptes n'étaient pas très fiables tient au fait que pour que la zone Euro soit crédible, la Grande Bretagne, le Danemark, la Suède refusant...

le 31/01/2015 à 12:10
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Bien vu!

le 31/01/2015 à 12:50
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Laissons les aller dans le mur en effet... et nous montrer que dans 10 ans ils iront mieux que nous, ayant fait le choix, par exemple de rejoindre les BRICS au lieu de se laisser so........r par les américains.

à écrit le 30/01/2015 à 15:21
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"La baisse de la consommation, consécutive à la baisse du revenu disponible (via l'augmentation des impôts, la baisse des allocations sociales, le chômage) emporte avec elle la chute de l'investissement." Nous y arrivons en France! Encore un effor...

à écrit le 30/01/2015 à 15:12
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Il faut à un moment donné prendre ses pertes tout comme on prend ses bénéfices. La Grèce est le tonneau des danaides si aucune réforme profonde n’est effectuée. Ceux qui connaissent la Grèce autrement qu'en touristes savent que c’est un pays bordéliq...

le 30/01/2015 à 17:19
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"Il faut à un moment donné prendre ses pertes tout comme on prend ses bénéfices." bonne idée : on va reculer de trois ans votre départ à la retraite, alors, puisqu'il faut bien que vous preniez votre perte..

le 31/01/2015 à 16:51
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Si on refuse l'intégration de la Turquie, c'est peut-être parce que ce pays occupe la moitié de Chypre, état souverain et membre de l'UE. Je connais la Grèce autrement qu'en touriste et j'aime ce pays tel qu'il est, avec ses défauts et ses qualités.

à écrit le 30/01/2015 à 14:59
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Les Grecs de 2015 n'ont rien appris de leur passé ! Pourtant le mot "Démagogie" est bien un mot antique et sa pratique a déjà fait beaucoup de mal en Héllénie, il y a près de 3000 ans ! La nouvelle leçon n'en sera que plus dure !

le 30/01/2015 à 15:42
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Et le mot "démocratie" aussi, est d'origine grecque. Mais on ne connaît manifestement pas en france...

à écrit le 30/01/2015 à 14:43
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S ILS VEULENT S EN SORTIR. IL DOIVENT TOUS NATIONNALISEZ LE BIEN DE L EGLISE ET LE BIEN DES ARMATEURS SINON ILS N ARIVERONT A R I EN ???

à écrit le 30/01/2015 à 13:57
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L'erreur européenne a été surtout d'accepter l'entrée d'un pays qui avait maquillé ses comptes, corrompu, incapable de prélever l'impôt de manière efficiente dont l'église orthodoxe (qui possède 70% du foncier) et les armateurs sont exonérés, dont le...

à écrit le 30/01/2015 à 13:04
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Est-ce qu´il y a un commite de redaction a la Tribune? ... Comment est-il possible de laisser publier des sottises pareilles? Est- ce que Mabille est paye a ne rien faire? ... Mais quoi qu´on en pense, "la guele de bois" c´est les socialos grecs qu...

à écrit le 30/01/2015 à 13:03
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Voici la preuve que les politiciens sont des incompétents finis : faire des courbettes, des effets de manche, corrompre, user de son influence, monter son petit détournement, voila le vrai quotidien de ces personnages. Les précieuses ridicules sont t...

à écrit le 30/01/2015 à 12:56
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Plus largement, je pense que c'est tout simplement le fonctionnement de l'Union Européenne qui est entièrement à revoir, le problème étant que le choix serait soit de revenir à une Europe divisée avec un poids beaucoup plus faible pour chaque pays da...

à écrit le 30/01/2015 à 12:48
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C'est quoi ces propos irresponsable ? Comme si, parce que les grecs ont mis l'extrême gauche (alliée à l'extrême droite) au pouvoir que tout est réglé d'avance. Je pense qu'ils vont très vite déchanter. Pour conclure, elle incite les espagnols qui ...

le 30/01/2015 à 13:14
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Vous n'êtes pas d'accord, mais où sont vos arguments ? Tsipras, ce n'est pas l'extrême gauche, pas de collectivisation dans ses propositions ni de chasse aux koulaks. Enfin, il faut pas tout mélanger non plus ! Allié d'extrême droite ? Il manquait ...

le 30/01/2015 à 13:42
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Vous savez un chercheur cherche car si il trouvait quelque chose il est très probable qu'on aurait plus besoin de ses services...

le 31/01/2015 à 12:51
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La maturité serait donc la soumission aux fonds de pension américain ? Bravo...

à écrit le 30/01/2015 à 12:19
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blabla

à écrit le 30/01/2015 à 12:08
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L'erreur c'est l'élargissement dictée par l'OTAN avant la convergence!

le 30/01/2015 à 17:34
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La Turquie est dans l'OTAN, pas dans l'Euros...

le 31/01/2015 à 14:29
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Nico le monsieur il parle de la Grèce .

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