Stockage : les bandes magnétiques sont de retour !

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(Crédits : DR)
Les banques ont tout intérêt à se tourner vers le stockage des données sur des bandes magnétiques, un moyen beaucoup plus sûr qu'on ne le pense. par Antoine Valette, responsable marketing chez Kroll Ontrack

Vous êtes-vous jamais demandé ce qu'il était advenu des cassettes ? Lorsque Sony a annoncé en avril 2014 une nouvelle bande magnétique dotée d'un espace de stockage 3 700 fois supérieur à celui d'un disque Blu-ray, cette technologie d'un autre âge s'est de nouveau retrouvée sous le feu des projecteurs. Toutefois, nombre de personnes se sont alors interrogées sur la pertinence de réaliser un tel investissement pour accroître la capacité des bandes et améliorer leur qualité alors qu'il existe tant d'autres options de stockage.

La bande magnétique existe depuis près d'un siècle. Elle a d'abord été inventée pour les enregistrements sonores en 1928, puis a évolué pour devenir l'un des supports les plus répandus et les plus fiables pour stocker des données. Dans un monde saturé de moyens de stockage sophistiqués tels que les disques SSD et le cloud computing, il est facile d'oublier le rôle crucial que la bande magnétique joue dans la gestion des informations bancaires.

Pourquoi la bande ?

Il existe de nombreuses raisons pour lesquelles la bande magnétique peut être une meilleure solution de stockage de données, l'une d'entre elles est la longévité. Contrairement à d'autres supports de stockage, les bandes sont construites pour durer et sont moins sujettes aux risques auxquels sont confrontés les disques modernes. Ainsi, les bandes peuvent encore être lues sans problème trente ans après, alors qu'un disque lambda a une durée de vie d'à peine cinq ans.

De plus, les supports de stockage modernes sont une solution onéreuse, en raison des coûts élevés d'implémentation et de maintenance. L'énergie requise pour préserver les disques durs y contribue largement. Il est essentiel de prendre également en compte le refroidissement nécessaire pour maintenir en fonctionnement un entrepôt de stockage de données. Par ailleurs, si le cloud induit des coûts inférieurs en amont, les dépenses sur le long terme peuvent rapidement s'envoler. Pour leur part, les bandes sont moins onéreuses et n'ont pas besoin d'un entrepôt sophistiqué pour rester en état.

Des supports de stockage modernes très onéreux

Non seulement les supports de stockage modernes sont onéreux, mais ils présentent aussi des risques pour la sécurité, comme toute technologie nouvelle. Les données transférées sur un serveur ou dans le cloud peuvent subir des cyberattaques ou une panne de courant. De plus, les données qui ne sont pas gérées dans un environnement virtuel sont généralement stockées hors site et peu souvent sauvegardées. Par conséquent, la gestion appropriée des données est un jeu d'équilibre constant : comment les banques peuvent-elles stocker des informations confidentielles de sorte qu'elles soient protégées contre les menaces externes, tout en permettant un accès facile aux données en cas de besoin ?

Indéniablement, la bande magnétique a encore sa place dans de nombreuses banques. Les impératifs de conservation des enregistrements imposent de conserver de grands volumes d'informations confidentielles pendant une longue période ; or, ces données peuvent avoir une durée de vie beaucoup plus longue si elles résident sur des bandes plutôt que sur d'autres systèmes informatiques moins durables.

 La sauvegarde dans les règles de l'art

La règle la plus importante en matière d'archivage des données est toujours de penser à long terme. Les bandes sont conçues pour être conservées pendant de longues périodes pour que les données puissent être consultées en cas de besoin, même si c'est 30 ans après leur stockage. Il est ainsi arrivé qu'une banque fasse l'objet d'un audit et doive produire plus de 35 000 enregistrements remontant aux années 1980. Alors même que cette banque était très précautionneuse vis-à-vis de l'archivage, le matériel utilisé pour stocker les bandes n'était plus opérationnel et la banque ne pouvait plus accéder à ses enregistrements sans l'aide d'experts en récupération de données. Heureusement, les données archivées ont pu être récupérées dans un laboratoire et migrées vers des médias plus récents.

Le matériel et le logiciel appropriés de lecture des bandes sont essentiels, mais il est tout aussi important de s'assurer que les bandes sont correctement étiquetées et cataloguées afin qu'elles puissent être retrouvées facilement en cas de besoin. Dans une autre banque, près de 300 bandes ont été écrasées par inadvertance avant leur fin de vie, faisant courir à la banque un risque de non-conformité. Cette banque a alors demandé de l'aide pour créer un catalogue de bandes permettant de connaître leur contenu et de savoir s'il pourrait être récupéré en cas de besoin.

Effacement en toute sécurité

Si les données stockées sur une bande ne sont plus nécessaires, les entreprises doivent savoir comment supprimer de façon sûre et permanente les informations extrêmement sensibles. Dans la mesure où les bandes sont conçues dans un souci de durabilité et de longévité, il ne suffit pas d'écraser physiquement la bande pour détruire les informations. Pour s'assurer que les données sont correctement détruites, les banques doivent utiliser un démagnétiseur sur les supports de stockage. Le démagnétiseur produit un champ électromagnétique extrêmement puissant qui détruit toutes les structures magnétiques de la bande.

Les bandes magnétiques, pour rétro qu'elles soient, sont malgré tout promises à un grand avenir à l'heure où les entreprises embrassent le Big Data. Un archivage sûr et fiable sur bandes ne consiste pas simplement à sauvegarder des données sur une bande. Il nécessite que les responsables respectent les périodes de conservation et élaborent des plans de secours au cas où les choses tournent mal. Les banques doivent mettre en place une politique claire de gestion des données afin que les responsables informatiques comprennent ce qu'ils doivent faire pour préserver les informations et, plus important encore, qui doit prendre les choses en main en cas de sinistres impliquant les données.

Antoine Valette est responsable marketing chez Kroll Ontrack, fournisseur de solutions pour la gestion et la récupération de données.

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Commentaires
a écrit le 08/12/2016 à 14:38 :
heureux de ma recherche!!!!
a écrit le 30/10/2015 à 17:40 :
C'est évident ! quand on aborde le sujet du stockage sur bande, il est nécessaire de dissiper certains malentendus. On peut introduire ce sujet avec les quelques idées suivantes :
- D'abord, la bande est un outil conçu, principalement, pour la rétention des données à long terme et la conservation des données est une question fondamentale de la vie économique : : il existe des règlements relatifs à la conservation des données et leur exécution n’est pas encore pleinement mise en pratique par les entreprises en France et Europe. Et en suite le Disque dur est une solution complémentaire de la bande, mais ce n'est, en aucun cas, un outil d'archivage à long terme.
On peut trouver plusieurs champs définition de la sauvegarde et l'archivage, qui sont deux processus très différents, et complémentaires. Un petit rappel :
- La sauvegarde sert à copier les données dans le but de les protéger alors que l'archivage sert à transférer ces mêmes données du serveur ou du disque dur, vers un autre support, afin de pratiquer un stockage à long terme.
- Ou bien la sauvegarde conserve les données à l’état ''actif '' tandis que l'archivage garde les données à un état '' passif '' c’est-à-dire qu’il faut une manipulation supplémentaire afin de faire rendre les données à l’état actif.
- Ou encore l'archivage est la solution qui répond le mieux aux exigences de conformité ou aux obligations de conservation des données (obligations légales ou ''pratique''), alors que ce n’est pas une fonction propre à la sauvegarde.
Mais le moyen le plus clair de délimiter la sauvegarde de l’archivage est le temps de rétention de l’information : la sauvegarde de données est un processus de stockage court dans le temps. Au-delà de 2-3 mois de rétention des données, nous entrons de plein pied dans l’archivage !!
a écrit le 06/06/2015 à 18:09 :
une statistique a savoir que tous les directeurs informatiques savent
85% des restaurations de données de bande magnétique suite a un crash de données du système informatique d'une entreprise connaissent des erreurs !
et ce monsieur vient nous expliquer que la bande magnétique a de l'avenir alors que celle ci se fait remplacer aujourd'hui par des technologies plus performante et bien moins onéreuse comme la technologie RDX.
ce monsieur est responsable marketing et n'est pas un administrateur réseau il n'a donc aucune compétence pour parler de ce sujet !
a écrit le 03/03/2015 à 22:50 :
Faux. Un support optique de bonne qualité ET gravé intelligemment a une durée de vie de 15 ans. J'en ai à coté de moi avec date inscrite.
Puis, les 3700 fois sont n'importe quoi car dépendent d'une vitesse d’accès, avec un ruban magnétique de 3 années-lumière, tu passes à 6 588 495 257 596 248 752 plus... J'ai vérifié.
Une bande magnétique garde (si enregistrement intelligent non trop dense) son information comme une photo sur BON support : environ 100 ans.
a écrit le 03/03/2015 à 20:16 :
Et pourquoi pas sur du papyrus pendant qu'on y est...vraiment pitoyable ce retour en arrière. La France va très mal.
a écrit le 03/03/2015 à 20:00 :
"Dans un monde saturé de moyens de stockage sophistiqués tels que les disques SSD et le cloud computing, il est facile d'oublier le rôle crucial que la bande magnétique joue dans la gestion des informations bancaires."

Certains devraient apprendre avant d'éventuellement oublier qu'il n'existe aucun disque physique dans un SSD...
a écrit le 03/03/2015 à 19:56 :
"Ainsi, les bandes peuvent encore être lues sans problème trente ans après, alors qu'un disque lambda a une durée de vie d'à peine cinq ans."

Argument en carton de la part d'un responsable marketing d'une boite prétendant récupérer des données. Ce n'est pas parce que le contrôleur d'un LECTEUR de disque(s) dur(s) est défectueux que les données stockées physiquement sur le(s) plateau(x) magnétique(s) du LECTEUR de disque(s) dur(s) sont irrécupérables. Apparemment chez Kroll Ontrack on ne doit pas savoir récupérer des données sur LECTEUR de disque(s) dur(s) autrement que par le simple copier-coller.
a écrit le 03/03/2015 à 17:55 :
"saturé de moyens de stockage sophistiqués tels que les disques SSD et le cloud computing"?!
Les données envoyées sur le cloud sont bien stockées sur un disque qqpart... éventuellement un SSD :)
a écrit le 03/03/2015 à 16:30 :
Les données sur baies de disques, dans les banques, sont stockées de façon redondante sur un site, et répliquées dans au moins deux autres sites distants. Les disques d'un centre sont maintenus de façon à échanger les disques lors d'une panne, sans perte de données en raison de la redondance (même données répartie sur plusieurs disques). Les baies de disques sont changées à chaque changement de technologie et les données anciennes récupérées. Les bandes peuvent être exploitées de la même façon, beaucoup plus lentement, et sur beaucoup plus d'espace, sans plus de garantie qu'un disque. Mais les vendeurs ont toujours des arguments ... en particulier c'est moins cher, mais pas plus fiable, et les archéologues de bandes ne courent pas les rues.
a écrit le 03/03/2015 à 16:25 :
dans le même ordre d'idée, les films numériques sont actuellement mis sur des bobines classiques(et donc dénumérisés) pour être conservées.
a écrit le 03/03/2015 à 15:26 :
d'accord avec lui... bon en general c'est quand on a eu un pb qu'on s'interesse a ce genre de solutions...
a écrit le 03/03/2015 à 15:04 :
Et pourquoi pas les cartes perforées... c'était bien les cartes perforées. Elles ont duré du début du 20ième siècle jusqu'aux années 70 et même avant, on les utilisait dans les piano-bar, ce qui était le début de l'enregistrement numérique.

Pour faire plus sérieux, le stockage sur bande n'est pas sans problème. Celui de la démagnétisation a été cité mais pas celui de la magnétisation des couches adjacentes quand les bandes sont enroulées. Bref, cela nécessite le contrôle et la recopie périodique des bandes pour les garder lisibles.
a écrit le 03/03/2015 à 13:35 :
L'enregistrement numérique sur des bandes adaptées permet peut-être de durer longtemps mais les cassettes VHS ne sont pas censées tenir 30 années, le magnétisme se perd avec le temps.
Il y a des systèmes avec un robot qui range/va chercher les cartouches, pas besoin d'intervention humaine.
Des disques durs, c'est bien mais on n'a pas toujours besoin d'accéder aux données, une sauvegarde, ça se range, et souvent on n'a pas besoin d'y accéder, la bande convient donc très bien. Il faut juste conserver en état de fonctionnement les lecteurs mécaniques, sinon des bandes en vrac, ça ne sert à rien.
Les cassettes numériques sur HP85, elles ne tenaient pas toute la route sur le long terme, ennui mécanique (ruban trop mince, fragile, pas pro du tout).

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