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Accélérer la rénovation énergétique, un remède à la spirale de la précarité

Sébastien Delpont

Publié le 08 janvier 2017 à 07:49

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En France, 20% des ménages peinent à se chauffer convenablement. Pour régler ce problème de société majeur qui pèse aussi sur la collectivité, une solution : la rénovation énergétique. Par Sébastien Delpont, Directeur associé chez Greenflex

En cette période de crise sans fin et alors que l'hiver est bien installé, la « précarité énergétique » est une réalité pour de plus en plus de ménages.

Le nombre de ceux qui peinent à se chauffer augmente. Soit ils y consacrent une part écrasante de leur budget, soit ils renoncent à un niveau de confort décent. Pour ceux qui ne se chauffent qu'à 12°C en janvier, les problèmes de santé s'accélèrent. S'ouvre pour eux une spirale sans fin, faite d'inconfort, de mal-être, d'isolement, voire de maladies...

Selon une étude de l'observatoire national de la précarité énergétique (ONPE), 20% des ménages français, soit près de 11,5 millions de personnes, entreraient dans cette définition. Si les projections d'évolution des prix de l'énergie de +2,2% par an sont avérées, la hausse du nombre de ménages en précarité énergétique pourrait être de 7,5% par an, soit près de 300.000 de plus chaque année. Bruno Lechevin, président de l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe), a alerté sur le fait que la barre des 20 millions de précaires énergétiques pourrait être atteinte en France.

Le sujet est difficile à appréhender : personne ne se revendique comme tel et les facettes de cette précarité énergétique sont très variées, il n'y a pas de profil type. Ce sont à la fois des propriétaires et des locataires, des personnes âgées et de jeunes familles, en milieu rural comme en milieu urbain.

Cette précarité énergétique est un problème pour les ménages qui en souffrent en premier lieu, mais aussi pour la collectivité au sens large : pour leurs territoires, pour la Sécurité sociale qui paie les dépenses de santé engendrées, pour les énergéticiens qui augmenteront les tarifs de tous pour compenser les impayés. Nous avons tous un intérêt moral et économique à ce que le phénomène soit contenu, or, cela n'en prend pas le chemin.

Pour faire face à l'urgence, des politiques curatives existent, visant à limiter à court terme le poids des factures énergétiques (tarifs sociaux, chèque énergie, Fonds solidarité logement, distribution de LED).

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Mais ces politiques ne sont pas à l'échelle du phénomène. Un ménage éligible aux tarifs sociaux pour le gaz et l'électricité touche aujourd'hui près de 15 euros par mois, soit 10% du montant de sa facture énergétique. C'est toujours bienvenu, mais cela reste marginal.

La seule façon pérenne de sortir de cette contagieuse spirale est connue : multiplier les rénovations énergétiques ambitieuses de logements. Des progrès ont été réalisés, grâce à l'implication de l'agence nationale de l'habitat (Anah), de collectivités, d'entreprises et d'un tissu associatif engagé, mais tant reste encore à faire... Au rythme actuel, il faudrait plus d'un siècle pour résoudre le problème. Il nous faut donc continuer à innover.

Une solution profitable à tous

Chez les ménages privés d'énergie, il n'y a pas de modèle économique viable pour ces rénovations qui ne font pas faire d'économies sur la facture, donc pas de « retour sur investissement » possible. Elles permettent de façon salutaire aux habitants de mieux vivre : désormais, avec la même facture, ils pourront se chauffer à 20°C et non plus à 13°C. Pour que le problème soit traité à la bonne échelle, il faudra une injection beaucoup plus massive d'argent public. Le recours à la solidarité nationale est nécessaire et légitime. Cela rapportera vite par les impacts en création d'emplois, en réduction du déficit de la Sécurité sociale et en bénéfices sociaux.

Si un financement public est nécessaire, il ne faudra pas s'en contenter. Pour traiter le problème, il faut continuer à innover sur les modèles d'accompagnement des ménages, et bien sûr baisser les coûts et améliorer la qualité de ces rénovations. Dans un contexte de ressources publiques limitées et de volonté d'annoncer du chiffre, il pourrait être tentant pour les autorités de financer beaucoup de rénovations légères et cela serait une erreur.

La bonne réponse à « beaucoup de rénovations légères ou peu de rénovations lourdes » doit être : beaucoup de rénovations lourdes moins chères. La démarche EnergieSprong impulsée par les bailleurs sociaux, avec des industriels, constructeurs, mainteneurs et maîtrises d'oeuvre y contribuera. Cette approche, qui démarre en France, a déjà permis de réduire de 50% le coût de rénovations lourdes à énergie zéro garantie aux Pays-Bas. L'arrivée du numérique et l'industrialisation des solutions vont devenir des leviers clés pour démocratiser la rénovation. Les démarches des régies ou sociétés locales de service public de l'efficacité énergétique y contribueront aussi dans les territoires. Les résultats des programmes lauréats de l'appel à projet « lutter contre la précarité énergétique » du ministère seront aussi à suivre de près.

La précarité énergétique est un problème de société majeur. Il est important de continuer à innover et renforcer une politique de rénovation énergétique ambitieuse avec des moyens financiers mieux dimensionnés et ciblés vers les plus pauvres. Cette fracture énergétique n'est pas une fatalité, accélérons.

Sébastien Delpont

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