Accélérer la rénovation énergétique, un remède à la spirale de la précarité

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(Crédits : DR)
En France, 20% des ménages peinent à se chauffer convenablement. Pour régler ce problème de société majeur qui pèse aussi sur la collectivité, une solution : la rénovation énergétique. Par Sébastien Delpont, Directeur associé chez Greenflex

En cette période de crise sans fin et alors que l'hiver est bien installé, la « précarité énergétique » est une réalité pour de plus en plus de ménages.

Le nombre de ceux qui peinent à se chauffer augmente. Soit ils y consacrent une part écrasante de leur budget, soit ils renoncent à un niveau de confort décent. Pour ceux qui ne se chauffent qu'à 12°C en janvier, les problèmes de santé s'accélèrent. S'ouvre pour eux une spirale sans fin, faite d'inconfort, de mal-être, d'isolement, voire de maladies...

Selon une étude de l'observatoire national de la précarité énergétique (ONPE), 20% des ménages français, soit près de 11,5 millions de personnes, entreraient dans cette définition. Si les projections d'évolution des prix de l'énergie de +2,2% par an sont avérées, la hausse du nombre de ménages en précarité énergétique pourrait être de 7,5% par an, soit près de 300.000 de plus chaque année. Bruno Lechevin, président de l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe), a alerté sur le fait que la barre des 20 millions de précaires énergétiques pourrait être atteinte en France.

Le sujet est difficile à appréhender : personne ne se revendique comme tel et les facettes de cette précarité énergétique sont très variées, il n'y a pas de profil type. Ce sont à la fois des propriétaires et des locataires, des personnes âgées et de jeunes familles, en milieu rural comme en milieu urbain.

Cette précarité énergétique est un problème pour les ménages qui en souffrent en premier lieu, mais aussi pour la collectivité au sens large : pour leurs territoires, pour la Sécurité sociale qui paie les dépenses de santé engendrées, pour les énergéticiens qui augmenteront les tarifs de tous pour compenser les impayés. Nous avons tous un intérêt moral et économique à ce que le phénomène soit contenu, or, cela n'en prend pas le chemin.

Pour faire face à l'urgence, des politiques curatives existent, visant à limiter à court terme le poids des factures énergétiques (tarifs sociaux, chèque énergie, Fonds solidarité logement, distribution de LED).

Mais ces politiques ne sont pas à l'échelle du phénomène. Un ménage éligible aux tarifs sociaux pour le gaz et l'électricité touche aujourd'hui près de 15 euros par mois, soit 10% du montant de sa facture énergétique. C'est toujours bienvenu, mais cela reste marginal.

La seule façon pérenne de sortir de cette contagieuse spirale est connue : multiplier les rénovations énergétiques ambitieuses de logements. Des progrès ont été réalisés, grâce à l'implication de l'agence nationale de l'habitat (Anah), de collectivités, d'entreprises et d'un tissu associatif engagé, mais tant reste encore à faire... Au rythme actuel, il faudrait plus d'un siècle pour résoudre le problème. Il nous faut donc continuer à innover.

Une solution profitable à tous

Chez les ménages privés d'énergie, il n'y a pas de modèle économique viable pour ces rénovations qui ne font pas faire d'économies sur la facture, donc pas de « retour sur investissement » possible. Elles permettent de façon salutaire aux habitants de mieux vivre : désormais, avec la même facture, ils pourront se chauffer à 20°C et non plus à 13°C. Pour que le problème soit traité à la bonne échelle, il faudra une injection beaucoup plus massive d'argent public. Le recours à la solidarité nationale est nécessaire et légitime. Cela rapportera vite par les impacts en création d'emplois, en réduction du déficit de la Sécurité sociale et en bénéfices sociaux.

Si un financement public est nécessaire, il ne faudra pas s'en contenter. Pour traiter le problème, il faut continuer à innover sur les modèles d'accompagnement des ménages, et bien sûr baisser les coûts et améliorer la qualité de ces rénovations. Dans un contexte de ressources publiques limitées et de volonté d'annoncer du chiffre, il pourrait être tentant pour les autorités de financer beaucoup de rénovations légères et cela serait une erreur.

La bonne réponse à « beaucoup de rénovations légères ou peu de rénovations lourdes » doit être : beaucoup de rénovations lourdes moins chères. La démarche EnergieSprong impulsée par les bailleurs sociaux, avec des industriels, constructeurs, mainteneurs et maîtrises d'oeuvre y contribuera. Cette approche, qui démarre en France, a déjà permis de réduire de 50% le coût de rénovations lourdes à énergie zéro garantie aux Pays-Bas. L'arrivée du numérique et l'industrialisation des solutions vont devenir des leviers clés pour démocratiser la rénovation. Les démarches des régies ou sociétés locales de service public de l'efficacité énergétique y contribueront aussi dans les territoires. Les résultats des programmes lauréats de l'appel à projet « lutter contre la précarité énergétique » du ministère seront aussi à suivre de près.

La précarité énergétique est un problème de société majeur. Il est important de continuer à innover et renforcer une politique de rénovation énergétique ambitieuse avec des moyens financiers mieux dimensionnés et ciblés vers les plus pauvres. Cette fracture énergétique n'est pas une fatalité, accélérons.

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Commentaires
a écrit le 09/01/2017 à 9:19 :
Facile à dire , à écrire, mais dans l'action c'est plus difficile.
Dans ces promesses, F. Hollande voulait rénover énergiquement 500,000 logements par an dans son quinquennat, initialement à coût neutre pour les propriétaires. ( Quelle démagogie!!)
Où sont les résultats? Dans les fait, peut-être 250,000 logement ont été rénové ( à un niveau inférieur que celui initialement prévu ) et à un coût pénalisant pour les.propriétaires. Alors ne rêvons pas.
a écrit le 09/01/2017 à 7:46 :
La solution existe. Elle est exprimée dans la note n°6 du conseil d'analyse économique.
a écrit le 08/01/2017 à 19:25 :
Le ministère de l'écologie avait offert des ampoules gratuites aux ménages concernés. Il serait encore bien plus efficace d'offrir des réducteurs de débits d'eau d'1,2 litre par minute car çà réduit énormément la consommation d'énergie et d'eau (l'équivalent de près de 4 réacteurs nucléaires pour les quelques 33 millions de résidences principales en France) et permet des gains de plusieurs centaines d'euros par an. De même d'offrir tout simplement des blousons très chaud comme fabriqués au Canada, Norvège etc çà coûte peu et c'est bien plus efficace et immédiatement que de chauffer un grand volume comme un logement en attendant. Mais pourquoi faire compliqué quand on peut faire très simple et rapide à coût très faible ! Voir : http://www.savinga.fr/aerateurs-pour-lavabo/25-aerateur-economique-deau-neoperl-spray-12-lmin.html
a écrit le 08/01/2017 à 18:52 :
injection massive d'argent public, comme d'habitude........ ok, ca me va si on me dit ou on coupe les depenses ailleurs, parce qu'avec un etat a presque 60% de poids dans l'economie, le grand collapse n'est plus tres loin......
( et le jour de la faillite y aura plus rien, a fortiori plus de renovation energetique)
bon, sachant que le gros de l'argent public ca sert a payer les fonctionnaires et le systeme social ( aka ' achat de la paix sociale') je suis curieux de voir ou vous comptez couper.....
Réponse de le 09/01/2017 à 9:29 :
La notion d'investissement à long terme vous semble étrangère...
a écrit le 08/01/2017 à 18:42 :
Le problème avec la rénovation énergétique c'est l’échéance lointaine du retour sur investissement, parfois même le manque de retour sur investissement. Sans parler des normes, certes utiles en grande partie (définies au niveau international), mais faisant parfois l’objet de surcouches qui les rendent incompréhensives. Sinon même dissuasives, car rendues trop complexes pour être appliquées par les artisans.
Autant il parait facile de construire de nouvelles maisons aux normes RT0000 ou BBC, autant la rénovation est souvent compliquée. Une solution simple consisterait à responsabiliser les propriétaires et locataires en les orientant vers les solutions les plus simples et économiques. L’isolation, sans obligatoirement chercher la haute performance énergétique.
Surtout qu’avec les passoires thermiques construites pendant des décennies et chauffées aux "grilles pains électriques" 'promus à l’époque par un programme poussant à la consommation d’électricité). Maintenant cela coûte cher de changer de système de chauffage et dans beaucoup de cas la solution n’est que partiellement efficace.
Certes il y a des aides, mais les modifications fréquentes des dispositifs rendent le système illisible, poussant alternativement à la précipitation ou à l'inertie.
Ce qui ne facilite pas non plus la création d’une filière pérenne, pour effectuer le travail de manière professionnelle et réduire les coûts par des effets de volume.

Les smartgrids apportent de l’information, du pilotage et aident à réduire la consommation. Sauf qu’il va falloir payer pour cela. (même pour simplement connaitre sa consommation en temps réel - voir le compteur intelligent).
Le développement du véhicule électrique va également précipiter le développement des smartgrids, d'un système décentralisé (ou reparti) et des énergies renouvelables (déjà moins chères).

Le solaire photovoltaïque à un à fort potentiel de développement, même si cette filière à aussi été décimée par des politiques de stop and go et autres revirements à 180 degrés.
En autoproduction partielle et autoconsommation, c'est une solution techniquement simple à mettre en œuvre, d'autant plus si couplée aux smartgrids.

Les comportements changent, évolution technologique, concurrence et baisse des prix obligent. Malgré tout, on a encore l’impression qu’il y a des intérêts contradictoires en jeu (les fournisseurs ont-ils intérêt à faire baisser la consommation ?).

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