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ATTENTION La canicule accroît l’envie de boissons sucrées

Lisa Oberlander et Ximena Játiva

Publié le 24 juillet 2019 à 06:40 - Mis à jour le 05 mars 2026 à 13:06

Photo d'illustration

Photo d'illustration

Regis Duvignau

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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IDEE. Comprendre dans quelle mesure et de quelle façon les consommateurs réagissent aux changements climatiques peut limiter les conséquences négatives d’une mauvaise alimentation sur la santé publique. Par Lisa Oberlander, Paris School of Economics – École d'économie de Paris et Ximena Játiva, University of Fribourg

Des vagues de chaleur inhabituelles ont touché l'Europe au mois de juin, comme un avant-goût de ce qui deviendra probablement la norme dans les prochaines décennies, étant donné que les températures devraient augmenter de 0,3 à 0,7°C d'ici à 2035, selon le rapport de 2018 du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC).

Pour les législateurs, il est crucial de comprendre comment ces changements climatiques affecteront notre consommation de nourriture. Pour le moment, la plupart des recherches se sont focalisées sur la productivité agricole. Les chercheurs étudient par exemple comment des températures plus élevées influent sur les rendements au cours d'une saison culturale.

Menés au Mexique, nos travaux démontrent pourtant que les habitudes alimentaires des familles se modifient également lorsque se produisent des vagues de chaleur d'intensité inhabituelle.

Comprendre dans quelle mesure et de quelle façon ces changements d'alimentation sont influencés par les augmentations de température pourrait aider à limiter leurs impacts négatifs sur la santé.

De puissants désirs irrépressibles

Une météo caniculaire modifie la consommation de nourriture par le biais de deux leviers majeurs. Le premier est physiologique : à mesure que grimpe le mercure, nous transpirons, et notre organisme nous encourage à boire davantage pour remplacer nos fluides perdus et réguler notre température corporelle.

Du point de vue physiologique, il n'y a aucune raison pour boire autre chose que de l'eau afin d'étancher notre soif lorsque la température est élevée.

C'est ici qu'intervient le second levier, celui des « désirs irrépressibles ». Des études ont montré que certains aliments comme les snacks salés et les boissons sucrées ont des points communs avec certaines substances addictives bien connues, comme le tabac. Ces résultats suggèrent que, à mesure que les températures augmentent, certaines personnes ressentent le besoin impérieux d'étancher leur soif avec des boissons sucrées plutôt qu'avec de l'eau.

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Nos recherches indiquent effectivement que lorsque les températures extérieures sont élevées, les individus qui ont une préférence pour les boissons sucrées sont susceptibles de céder à leurs envies dès qu'ils ont soif. Or, en cas de forte chaleur, il est peu probable qu'ils compensent cet apport excessif en sucres par davantage d'exercice physique. À terme, ils vont donc accumuler les calories et prendre du poids.

Un problème de santé publique

Au cours des dernières décennies, la proportion de personnes obèses a augmenté partout dans le monde. En 1975, le taux d'obésité moyen était de 11,1 % en Amérique du Nord et en Europe. En 2016, il avait plus que doublé. Aux États-Unis, en 2014 le taux moyen dans la population adulte était de 37 %, avec des pourcentages encore plus élevés dans certains groupes ethniques.

L'excès de poids et l'obésité sont à l'origine de diverses maladies, telles que maladies cardiovasculaires, diabète, et certains cancers. Ces maladies chroniques non contagieuses constituent à leur tour un fardeau pour l'économie des pays concernés, car elles entraînent des dépenses non négligeables qui coûtent très cher aux systèmes de santé.

Au Mexique, comme dans de nombreux autres pays d'Amérique, d'Australasie et d'Europe occidentale, la consommation globale de boissons sucrées dépasse de beaucoup la recommandation de l'OMS (50 grammes de sucre par jour, soit l'équivalent de 10 cuillères à café).

Parmi les États membres de l'OCDE, le pays occupe aussi la seconde place en termes d'obésité.

La température influence la consommation

Même si le climat mexicain varie énormément selon les régions, le fait qu'il se situe près de l'équateur le rend susceptible de connaître des variations de très fortes variations météorologiques. Les chercheurs y ont observé une hausse globale de la température avec des pics à près de 50°C et des périodes de canicule plus fréquentes.

Dans notre étude (dont la publication est en cours), nous avons combiné les résultats de sondages sur les dépenses alimentaires de quelques 85 000 foyers mexicains avec les données météorologiques concernant les températures extérieures quotidiennes, fournies par la Commission nationale de l'eau (Conagua).

L'étude inclut notamment des documents - (Encuesta Nacional de Ingresos y Gastos de los Hogares) - qui dressent la liste des quantités de nourriture consommées quotidiennement et les dépenses alimentaires hebdomadaires pour chaque ménage en 2008, 2010, 2012 et 2014.

Étant donné la courte période - une semaine - privilégiée dans notre étude, nos estimations ne prennent pas en compte les changements induits par l'évolution du climat dans la production et l'offre alimentaires. Elles donnent donc des informations sur les réactions à court terme des consommateurs face à la hausse des températures, sans variation dans les produits qui leur sont proposés.

Nous avons également comparé le comportement d'individus vivant dans la même municipalité, par temps froid et par temps chaud.

Cette approche permet d'éliminer les différences comportementales dues aux disparités entre les municipalités (différences de zones climatiques, variations dans la disponibilité et les prix des produits...).

Faire les courses pendant la canicule

Nos résultats montrent que la consommation de sodas et de jus de fruits des Mexicains augmente de près de 20 % les semaines où les températures quotidiennes dépassent 32°C, comparée aux jours où elles sont inférieures à 22°C.

La consommation d'eau ne semble pas augmenter de façon significative au cours de ces périodes. Ce point est significatif, car au Mexique, l'accès gratuit à l'eau potable dans l'espace public - par le biais de fontaines, par exemple - est limité.

Tout ceci renforce l'hypothèse des « désirs irrépressibles », qui suggère que les gens ont davantage de difficultés à résister à leurs envies de boissons sucrées en période de fortes chaleurs. Nos résultats indiquent aussi que cette consommation se traduit par une légère augmentation de l'Indice de masse corporelle (IMC) des personnes concernées, en particulier les jeunes femmes.

Informer davantage, est-ce suffisant ?

Pour réduire la consommation de boissons sucrées pendant les journées chaudes, diverses approches s'offrent aux pouvoirs publics. Le Mexique a déjà pris des mesures pour informer les consommateurs des risques connexes pour la santé, et nos conclusions indiquent qu'elles peuvent être efficaces si elles sont mises en œuvre juste avant ou pendant les mois d'été.

Les prévisions météorologiques à la télévision et sur Internet pourraient également être accompagnées de courts messages rappelant aux gens de boire de l'eau au lieu de sodas.

Autre possibilité : augmenter le prix des boissons sucrées pour les rendre plus chères que les alternatives meilleures à la santé. La mise en place de la « taxe sur le sucre » en 2014 au Mexique semble avoir entraîné une baisse modérée des ventes de boissons sucrées.

Les autorités peuvent aussi restreindre les ventes dans certaines zones, comme à proximité des écoles, ou durant certaines périodes.

Des fontaines ou d'autres sources d'eau potable sont également nécessaires dans les espaces publics. Leur présence offrirait aux consommateurs une alternative gratuite et saine à l'achat d'une boisson sucrée.

Enfin, une mesure politique plus radicale consisterait à interdire purement et simplement la vente et la consommation de boissons sucrées pendant les mois les plus chauds, pour raisons de santé publique. Le raisonnement à l'appui d'une telle réglementation serait similaire à celui qui a conduit à interdire les feux en plein air pour réduire le risque d'incendie.

Reste à voir si les législateurs parviendront à mettre en place ces mesures, aussi courageuses que nécessaires, en dépit des pressions des lobbies de l'industrie agroalimentaire.

Traduit de l'anglais par Iris Le Guinio pour Fast ForWord

Créé en 2007 pour favoriser le partage des connaissances scientifiques sur les questions de société, Axa Research Fund soutient plus de 600 projets à travers le monde portés par des chercheurs de 54 nationalités. Pour en savoir plus, rendez-vous sur le site du Axa Research Fund.

The Conversation _____

Par Lisa Oberlander, PhD student in nutrition and health economics, Paris School of Economics - École d'économie de Paris et Ximena Játiva, PhD student in development economics, University of Fribourg

La version originale de cet article a été publiée en anglais.

Lisa Oberlander et Ximena Játiva

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