Blocus saoudien : une bénédiction pour le Qatar ?

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(Crédits : DR)
Le Qatar est une île. Il l'est devenu tout au moins, non sans construire progressivement de nouvelles alliances et routes commerciales qui influenceront durablement les équilibres au Moyen-Orient. Par Michel Santi, économiste(*)

Plus de neuf mois après avoir subi les foudres saoudiennes, le Qatar est à présent parvenu à contourner l'embargo en établissant ou en développant ses liens avec l'Iran et avec la Turquie lui ayant ouvert et leurs routes et leur espace aérien. C'est en fait la compagnie aérienne nationale, Qatar Airways- dont l'ambition est de devenir le second transporteur aérien mondial- qui permit à l'émirat de se moquer de l'embargo de son immense voisin. Ayant néanmoins été forcée d'annuler de multiples vols du fait de la fermeture des espaces aériens de nombre de pays arabes, ayant par ailleurs monopolisé nombre de ses avions afin d'assurer l'approvisionnement alimentaire de l'émirat depuis juin dernier, Qatar Airways affichera prochainement une très importante perte comptable qui nécessitera évidemment son renflouement par des deniers publics.

Pour autant, et même si cette perte reste minime eu égard à la précieuse indépendance qu'elle confère au Qatar, ce bouleversement attire des entreprises internationales qui sont de plus en plus à s'installer à Doha afin de pallier au choix des Qataris de rester au pays par solidarité. Les demandes d'octroi de licences ont effectivement progressé de plus de 70% dans un contexte où ce sont les hommes d'affaire et sociétés étrangères qui sont venus à la rencontre de leurs collègues qataris n'ayant plus la possibilité d'effectuer leurs déplacements habituels en Arabie ou aux Émirats. La géopolitique régionale se trouvera donc inéluctablement changée par ces sanctions du bloc saoudien ayant également eu un autre effet collatéral heureux sur le Qatar, celui d'y accélérer certaines réformes qui végétaient dans les tiroirs des administrations. Abolition des visas pour pas moins de 80 nationalités, facilités pour l'octroi de permis d'établissement, mise en place de zones franches sont quelques mesures ayant émergé de ce blocus et qui n'auraient certainement pas vu le jour sans lui.

En passe d'administrer une bonne leçon de résilience à la nation arabe, après avoir brièvement accusé le coup, le Qatar démontre une fois de plus sa singularité face à des voisins et face à une région tétanisés par la puissance saoudienne. Autrefois caillou dans la chaussure wahhabite, il représente désormais une alternative viable et un modèle prospère pour celles des nations arabes désireuses de se soustraire au joug saoudien. Soucieuse d'égaliser toutes les têtes et d'asseoir ainsi sa domination absolue, l'Arabie Saoudite semble avoir - malencontreusement pour elle et bien involontairement - contribué à attirer l'attention sur le Qatar qui s'est désormais bel et bien affranchi de sa tutelle.


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(*) Michel Santi est macro économiste, spécialiste des marchés financiers et des banques centrales. Il est fondateur et Directeur général d'Art Trading & Finance.

Il est également l'auteur de : "Splendeurs et misères du libéralisme", "Capitalism without conscience", "L'Europe, chroniques d'un fiasco économique et politique", "Misère et opulence". Son dernier ouvrage : «Pour un capitalisme entre adultes consentants», préface de Philippe Bilger.

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Commentaires
a écrit le 26/03/2018 à 12:19 :
On voit bien que les marchés financiers tiennent artificiellement le cours du brut démontrant que les puissances pétrolières se fragilisent, heureusement pour elles que le lobby pétrolier est ultra puissant, beaucoup d'ailleurs estimant que les promesses d'achats venant de ses monarchies commencent à être fragiles.

Du coup disons que le Qatar, simple outsider sera forcément moins désavantagé par la crise actuelle du pétrole, l'arabie saoudite étant maitresse incontestée du domaine. Maintenant cela ne devrait pas se traduire non plus par de la prospérité.
Réponse de le 28/03/2018 à 6:08 :
N ' oubliez pas que le Qatar est avant tout un producteur de gaz et accessoirement de pétrole. Il est donc moins impacté que ses voisins par la crise actuelle. Le Qatar doit augmenter de 30% sa production de gaz dans les années à venir grâce à de nouveaux projets en cours sur North Field. Le Qatar sera en plein boom dans les années à venir.
Réponse de le 28/03/2018 à 9:28 :
Mouais enfin cela reste de l'énergie fossile à savoir couteuse et polluante, j'espère quand même que tout le cinéma que nos politiciens nous font sur la transition écologique va faire que l'énergie va se diriger vers le renouvelable hein.

Même si le gaz est un peu moins polluant que le pétrole certes et que les futurs projets de porte containers fonctionnant au gaz vont être forcément une énorme source de revenus cela reste une énergie de transition maintenant sauf pour le méthane forcément.

Enfin espérons le bien entendu

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