Comment manager les PME et les TPME en difficulté en temps de crise Covid-19  ?

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Faire face à une contraction des liquidités pour les PME/TPME est crucial pour pouvoir s'ajuster à la crise actuelle. Pour ceci, il faudrait octroyer des prêts sans intérêts, des aides de l'Etat peuvent être mis en place très vite. Il faudrait mettre en place un véritable plan Marshall pour l'économie. Dans le cas contraire, nous risquons une récession sans précédent.
Faire face à une contraction des liquidités pour les PME/TPME est crucial pour pouvoir s'ajuster à la crise actuelle. Pour ceci, il faudrait octroyer des prêts sans intérêts, des aides de l'Etat peuvent être mis en place très vite. Il faudrait mettre en place un véritable plan Marshall pour l'économie. Dans le cas contraire, nous risquons une récession sans précédent. (Crédits : Reuters/Alessandro Bianchi)
OPINION. La pandémie a eu des effets énormes sur la santé mais également sur le tissu des PME/TPME. Par Philippe Dubost, Adnane Maalaoui et Mariem Brahim (*).

L'Etat a choisi de faire passer le social avant l'économique. Ce choix a entrainé des fermetures d'un grand nombre d'entreprises et de nombreux licenciements. Tous les médias sont unanimes et pensent qu'il faut s'attendre à un chaos économique.  Un tsumani sur le plan économique est-il à prévoir ?

Pourquoi se poser cette question ? Quand on sait que 20% de la masse salariale des 14 millions d'actifs en France sont employés par les TPE et que 49 % de la masse salariale provient des PME. C'est au cours des 6 derniers mois que les deux-tiers des recrutements des PME ont eu lieu, ceci dénote d'une surprenante résilience.

On parle souvent de ces institutions sur le plan financier, comme étant des institutions précaires et vulnérables et au bord de la dissension. Une hémorragie de notre économie avec toutes les conséquences négatives y compris une augmentation du chômage est à craindre.

Les statistiques confirment l'impact négatif du corona sur notre économie. Pour le deuxième trimestre 2020, d'après les statistiques du baromètre "Trésorerie, Investissement et Croissance"1, 91% des dirigeants de PME et TPE s'attendent à une baisse de leur chiffre d'affaires à cause de la crise, entre 10% et 20% pour 41% et pour 41% ce sera supérieur à 30%, par manque de débouchés (45% des dirigeants).

La fermeture règlementaire de l'entreprise peut entrainer la perte d'activité pour 36% des dirigeants. La crise peut avoir un impact neutre ou positif sur leur activité pour 5% des chefs d'entreprise et 1 % des chefs d'entreprise faisant partie du sondage envisagent une cessation d'activité.

Le recours fréquent aux dispositifs de soutien

Le baromètre "Trésorerie, Investissement et Croissance" estime que les PME utilisent fréquemment les dispositifs de soutien proposés. Ces dispositifs sont utilisés comme suit : dans une grande mesure pour un retour à l'activité partielle (79%), pour un report de leurs charges (58%), 44% ont déjà demandé un Prêt Garanti par l'Etat et 27% envisagent de le faire. La proportion des PME estimant leur trésorerie suffisante pour faire face à la crise s'élève à un tiers. Pour près de la moitié des PME les difficultés de trésorerie peuvent être surmontables et pour 7% ces difficultés seront insurmontables.

Parmi les dirigeants qui avaient pour objectif d'investir (1/3), seulement 81% maintiennent leur décision d'investissement. Parmi ceux qui ont décidé de ne pas investir, 46% préfèrent reporter leurs projets et 22% décident de les annuler à cause des incertitudes élevées se rapportant à l'environnement économique (pour 81%). Ceux qui comptent annuler leurs projets, la moitié le feront pour des contraintes de trésorerie et 27% le feront en raison de l'insuffisance des débouchés. Pour les projets d'embauche qui concernent 36% des dirigeants, 77% décident de les maintenir, 41% préfèrent les reporter et 23% les annuler.

Des universitaires américains [2] ont réalisé une étude portant sur les PME/TPME aux Etats-Unis en février/mars dernier qui a montré que beaucoup de fermetures et licenciement avaient déjà eu lieu. La catégorie d'entreprise choisie représente 49% des emplois. Cette étude a montré que les entreprises qui avaient fermé temporairement représentent 43% de l'échantillon et les entreprises qui avaient réduit leurs personnels représentent 40% de l'échantillon.

La fragilité des PME/TPME sur le plan financier a été étudiée. Une entreprise médiane a plus de 10.000 dollars de dépenses mensuelles et moins d'un mois de besoin en fonds de roulement disponible. Ces entreprises seront obligées soit de réduire très fortement leurs dépenses, soit de demander un endettement complémentaire soit en dernier lieu de déposer leurs bilans.

Il est important de signaler qu'un grand nombre d'entreprises ne connaissait pas exactement la durée de la pandémie. La durée estimée était variable. A signaler également, que la majorité des entreprises envisageaient de recourir au   financement via le Cares act4.  Pour bénéficier de ces aides, un grand nombre d'entre elles craignaient les problèmes relevant du fait des tracas bureaucratiques et des critères d'éligibilité

Tenant compte de tous ces éléments, il devenait extrêmement urgent et vital de réorganiser l'octroi de moyens financiers pour ces entreprises afin de les sauver de l'irrémédiable. Il était urgent de simplifier les procédures d'accession aux finances et aux conditions d'éligibilité aux prêts au maximum.

Des effets plus importants que ceux de la crise financière de 2008

C'est pourquoi nous pensons que les effets de la crise du Coronavirus seront plus importants que ceux de la dernière crise financière et beaucoup de PME/TPME ne survivront pas. D'autant plus qu'en France la plupart des petits commerces vont être en position de licencier leurs personnels, et éventuellement de fermer pour de bon en déposant le bilan. En effet, la crise des gilets jaunes a touché de plein fouet l'économie française en 2019. A ce titre, nous pouvons citer les restaurants, les petits commerces de toute activité, les transports privés, les week-ends, sans entrée de trésorerie.

L'Etat français a proposé des mesures très protectrices. On peut citer le chômage technique aux entreprises. La facture définitive peut dépasser les 58 milliards d'euros. Elle est bien supérieure aux 24 milliards budgétés qui augmentaient déjà l'enveloppe initiale de 8,5 milliards d'euros. Mais ces mesures protectrices seront-elles arrêtées en juin ou maintenues jusqu'à la fin de l'année pour accompagner par le chômage technique et éviter de tomber dans du chômage simple ? D'où la question pertinente de l'arrêt de ces mesures protectrices.

Faire face à une contraction des liquidités pour les PME/TPME est crucial pour pouvoir s'ajuster à la crise actuelle. Pour ceci, il faudrait octroyer des prêts sans intérêts, des aides de l'Etat peuvent être mis en place très vite. Il faudrait mettre en place un véritable plan Marshall pour l'économie. Dans le cas contraire, nous risquons une récession sans précédent. Cette récession serait caractérisée par des faillites successives, des impayés d'une entreprise se traduisant par une cessation de paiement de l'autre. Tout ceci entrainera le système complet dans une faillite globale et durable.

Il est primordial aussi d'étudier en profondeur les programmes du secteur privé et les produits des fintech [3]: Facebook a proposé une offre de 100 millions de dollars de prêts pour les PME/TPME et les fintech spécialisées dans la collecte de fonds peuvent nous faire des offres intéressantes pour financer le secteur. Il est nécessaire de revoir les termes des contrats de prêts et les dettes. On peut citer, entre autres : la prolongation des remboursements d'emprunts par les banques et la prolongation pour les locataires pour payer leurs loyers.

Raccourcir les délais de paiements

Il faudrait faire en sorte de raccourcir les délais de paiements des prestations des PME/TPME. Cette solution soutiendra la trésorerie de ces dernières. Les grands groupes en particulier la grande distribution doit adopter de nouvelles procédures en période de crise en renonçant aux pratiques de paiements différés pour les PME/TPME.

Il ne faut pas oublier qu'un jour de trésorerie est très important dans le management de ses entreprises PME/TPME. Le maintien de ces entreprises dans le circuit économique est nécessaire sans oublier que leur reconstitution prendrait beaucoup de temps.

Nous espérons que demain un monde meilleur, basé sur l'entraide et la solidarité apparaitra après cette crise, quand les problèmes financiers seront résolus et que les niveaux d'emploi auront retrouvés leurs seuils.

Les règles de fonctionnement en entreprise vont changer. Ce changement est imposé par l'expérience du télétraitement pendant cette période de confinement qui a touché plusieurs secteurs allant de l'éducation au monde des affaires. Le distanciel va devenir stratégique.

Nous avons été témoins des initiatives individuelles ou collectives qui sont apparues pendant cette période de confinement. Nous avons été étonnés de la volonté et de la capacité des consommateurs à participer et à s'entre-aider. Ces initiatives vont continuer. Cet enthousiasme des consommateurs doit être utilisé par les PME/TPME pour agrandir leurs champs de compétence et avoir ainsi une plus grande valeur ajoutée dans leurs marchés respectifs.

La collaboration de tous les personnels des entreprises est essentielle. Cette collaboration basée sur la créativité a un effet positif sur la productivité. S'entrainer à réfléchir pour trouver collégialement des solutions, à travailler en groupes flexibles, pour faire face à des challenges toujours différents ne peut qu'augmenter la productivité.

Des transformations radicales ont été toujours apportées par les crises. Profitant de cette situation, les entreprises PME/TPEM doivent tracer leur avenir. La durée de cette crise peut être déterminante pour la création d'une nouvelle forme d'entreprise plus dynamique, plus performante et plus motivante. Ces entreprises seraient caractérisées par le travail à distance. Elles traiteraient des questions essentielles de façon plus agile et participative qu'avant la crise, tout en s'appuyant sur le collaboratif, l'expérience client et sa participation plus importante avec de nouveaux services qui seront fondés sur une conception plus profonde de la valeur ajoutée.

Vous parlez de crise, mais de quelle crise parlez-vous ?

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[1] Philippe Dubost, Expert en Redressement et management des entreprises en difficulté, Adnane Maalaoui, Professeur et Co-directeur de l'IPAG Entrepreneurship Center, Mariem Brahim, enseignante-chercheuse à l'ESLSCA Business School Paris.

[2] Etude conduite par des universitaires de la Harvard Business School et l'Université de Chicago et l'Université d'Illinois auprès de 5800 PME/TPME américaines en partenariat avec Alignable , plateforme web.

[3] Fintech : appellation décrivant des entreprises innovantes, plutôt jeunes, utilisant les technologies du numérique, du mobile, de l'intelligence artificielle, etc., pour fournir des services financiers de façon plus efficace et moins chère.

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