Croissance : cassure ou simple incident de parcours ?

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Alexandre Mirlicourtois, directeur de la conjoncture et de la prévision de Xerfi./ DR
La Tribune publie chaque jour des extraits issus des analyses diffusées sur Xerfi Canal. Aujourd'hui, comment expliquer les ratés de la croissance française en cette fin d'année

Le niveau du climat des affaires en novembre dernier confirmait la bonne séquence dans laquelle se trouvait l'économie française... avant. Avant, que deux indicateurs, la consommation des ménages et le nombre de chômeurs douchent tout excès d'optimisme.

Avant que les attentats du 13 novembre mettent le doute sur la reprise sans compter les inquiétudes du patronat sur le vote FN. Une chose est sûre, le 4e trimestre est en partie perdu et le report sur le 1er trimestre 2016 sera partiel.

Cela remet-il pour autant en cause notre scénario de montée en régime de la croissance avec ses deux éléments clés :

  • 1- l'accélération, sans emballement, de l'investissement des entreprises
  • 2- le redressement de l'investissement en logement des ménages ?

Je ne le crois pas.

Revenons sur les indicateurs par rapport à la tendance de fond

D'abord, le recul de la consommation (-0,7% en octobre) se concentre uniquement sur 3 postes : les dépenses d'énergie qui coutent 0,2 point certes, mais c'est la météo le facteur explicatif  et cela ne reflètent donc en rien la tendance de fond. Difficile aussi d'interpréter la baisse des dépenses d'habillement (qui contribue pour 0,1 point au recul d'ensemble) car la météo joue aussi son rôle dans ce chiffre.

Enfin, reste les 0,4 point lié à l'automobile. Oui, mais depuis les immatriculations de véhicules particuliers ont bondi de 5,7% en novembre. De même, les Français se sont rendus à nouveau en masse dans les magasins : le groupement carte bancaire a comptabilisé 37,9 millions de transactions le samedi 28 novembre et le record du samedi 6 décembre 2014 est battu.

Quant aux chiffres du chômage, ils ne sont pas bons c'est certain. Mais c'est parce que l'on ne crée pas assez d'emplois pour absorber les nouveaux entrants, pas parce que l'on en détruit.

Revenons aux fondamentaux : la hausse de l'investissement

Celui de l'investissement des entreprises d'abord. Depuis la reprise avortée de 2010, l'investissement des sociétés non financières se traine sur un rythme trimestriel moyen de 0,2%. Mais les temps changent. Les chefs d'entreprise sont plus offensifs et l'investissement dans sa composante matérielle et immatérielle est déjà reparti. Cela montre bien que les entreprises sont entrées dans un nouveau cycle de renouvellement, de modernisation, d'automatisation de leurs parcs de machines.

Et les 3 conditions pour faire mieux seront réunies l'année prochaine : d'abord, les conditions de financement seront bonnes avec des taux d'intérêt collés à leur plancher et un accès aux crédits toujours aisés. Ensuite, avec la confirmation de la remontée des taux de marge (effet CICE, coûts des matières premières au plus bas), les entreprises auront les moyens d'être plus offensives. Troisième condition, la demande (domestique et européenne) sera assez dynamique pour garnir les carnets de commandes.

Mais attention pas d'emballement, car nous sommes toujours en phase de restructuration, de rationalisation, de consolidation des secteurs et des marchés. Notre prévision ressort à 4%, c'est un maximum, très loin des performances d'autrefois quand en phase montante du cycle de croissance, le compteur pouvait afficher plus de 12%.

Deuxième élément clé, le redressement de l'investissement logements des ménages. Là aussi tous les clignotants resteront au vert : taux bas, banques offensives, coup de pouce du gouvernement avec l'élargissement et le renforcement du PTZ à partir du 1er janvier, puis amélioration progressive du marché de l'emploi qui dégagera l'horizon des futurs accédants. Nous pourrons donc pour la première fois depuis 2008 avoir une reprise complète. Le 4e trimestre 2015 sera plombé, mais nous ne remettons pas en cause, pour l'heure, notre scénario d'une reprise graduelle qui peut nous amener à 1,8% de croissance en 2016.

>> Plus de vidéos sur le site Xerfi Canal, le médiateur du monde économique

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Commentaires
a écrit le 30/12/2015 à 8:40 :
et bien alors : TOUT VA TRES BIEN ...( madame le Marquise )...? non ? ce que nous avons bien noté quand meme , c'est que ...le manque d'emplois est surtout du ...
au surcroit de naissances qu'il y a eu il y à 20 à 25 ans ...; donc rien à voir avec le gouvernement : Hollande peut donc se representer sans mentir .
a écrit le 30/12/2015 à 6:47 :
ON PEUT TOUJOUR REVER? INCHALA???
a écrit le 29/12/2015 à 10:47 :
Sur le peu d'emplois marchands créés en 2015, autour de 40.000, effectivement nettement insuffisant ne serait-ce qu'à absorber les nouveaux arrivants, il faut ajouter la complexité, la chèreté, et le maquis juridico social et fiscal franco-français: URSSAF, FISC, RSI, NORMES, contrôles, nouveaux sujets d'inquiétude et de perte de temps: pénibilité du travail, et demain (01/01/16) les mutuelles salariées obligatoires dans toutes les entreprises. Il faut pour où créer ou se développer, ou embaucher: avoir le feu sacré.
a écrit le 29/12/2015 à 10:41 :
Vous présentez 1.8 % comme une réussite l'an prochain !!! Ça me fait Rirres car c'est presque idem à cette annee et ca ne changera rien

Vous ne parlez pas de la désindustrialisation et de la non réforme de notre systèm pour les entreprises qui restent kafkaïen
Il sera toujours beaucoup plus intéressant d'aller produire en Roumanie Slovénie Espagne et plus souple en Angleterre etc
Rien ne changera et le FN qui vous fait peur au moins abordé les probleme et propose des changements

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