De la souveraineté technologique à la responsabilité, il n'y a qu'un pas

 |   |  825  mots
(Crédits : <small>DR</small>)
OPINION. Si les entreprises responsables doivent faire de la souveraineté numérique et technologique leur priorité, c'est autant pour protéger que pour développer leur business. (*) Par Fabien Aufrechter, Directeur Havas Blockchain.

« Il faut se méfier des ingénieurs, ça commence par la machine à coudre, ça finit par la bombe atomique ». Au-delà de la plaisanterie de Marcel Pagnol, l'innovation n'est en effet plus le domaine réservé des ingénieurs. Parce qu'elle interroge les décideurs en développant de nouveaux modèles de gouvernance, elle n'a même jamais été aussi stratégiques. Et ses déclinaisons notamment technologiques doivent être appropriées et intégrées par les gouvernements et collectivités comme par les entreprises à leurs plans de développement durables.

C'est une sorte d'effet miroir : désormais, à travers le prisme de la RSE l'innovation se doit d'être durable. Mais symétriquement, les entreprises et gouvernements sont désormais attendus sur leurs visions, leurs approches et leurs actes relatifs aux innovations - en particulier technologique. Aux côtés de la RSE, les décideurs doivent donc désormais adjoindre une notion nouvelle : celle de la « Responsabilité technologique des entreprises ».

Lire aussi : La société à mission, ce n'est pas de la RSE !

La souveraineté numérique, première responsabilité technologique

De la monnaie monde Libra imaginée par Facebook jusqu'aux enjeux du tracking, la souveraineté numérique reste un sujet émergent. Il constitue cependant le premier pilier de la Responsabilité Technologique des Entreprises. Et le sujet cristallise des défis éthiques, de sécurité et de liberté économique.

Qu'est-ce que la souveraineté numérique et technologique ? Au-delà de la question géographique du stockage de data, c'est un enjeu de vision, de propriété et de Gouvernance. La notion de souveraineté est liée à celle de puissance absolue, d'indépendance et de territoire : appliquée à l'innovation, c'est donc la capacité à imposer sa vision, à choisir librement et de manière éclairée ses partenaires industriels et à disposer de positionnements ; pour ne pas dire d'une réelle vision politique de l'innovation.

Gérer sa souveraineté numérique et technologique implique la gestion de certains enjeux dont la plupart ne sont pas intégrés par les gouvernements et entreprises. Parmi eux :

  • La protection de ses data stratégiques en termes de localisation comme de sécurité
  • La sélection puis la gestion de prestataires extérieurs et de la dépendance créée envers eux le cas échéant
  • L'évaluation de l'impact des innovations (blockchain, intelligence artificielle...) sur son business
  • Le financement de la recherche et du développement
  • La vision de l'innovation et la valorisation de celle-ci pour catalyser le business

Si les entreprises responsables doivent faire de la souveraineté numérique et technologique leur priorité, c'est autant pour protéger que pour développer leur business.

Quelle gouvernance pour le numérique et l'innovation ?

D'une certaine manière, ce sont les trois lois de la robotiques formulées par Asimov qui démontrèrent combien la gouvernance de l'innovation est essentielle. Sans gouvernance (privacy, bridage, etc), l'innovation perd sa part d'humanité et d'utilité. Mais l'innovation propose aussi de nouveaux modèles de gouvernance (automatisation, décentralisation, etc) qui sont autant d'opportunités pour les entreprises.

En tant que deuxième pilier de la Responsabilité technologique des Entreprises, la gouvernance de l'innovation est donc la clef du leadership économique. Le modèle est celui des dynamiques concurrentielles schumpetériennes, selon lesquelles le vainqueur de la course à l'innovation (ou à l'intégration des gouvernances innovantes) valorise au mieux son activité. Évoluer ou laisser sa place ? Dans un contexte de remise en cause inédit, la logique darwinienne est encore plus vraie pour les Gouvernements et les institutions internationales. Alors à quand un nouveau traité de Johannesburg dédié à ces enjeux ?

La clef de l'innovation reste la créativité

Le troisième pilier de la Responsabilité technologique des Entreprises, c'est enfin la créativité. La formule de Jacques Séguéla est un bon résumé : « tech sans affect n'est que ruine de l'âme ». L'innovation, qu'elle soit technologique, sociale ou par exemple environnementale, doit d'abord être un outil d'engagement. Et pour ce faire, créer l'émotion et l'empathie. En cela, la créativité est à l'innovation une sorte de supplément d'âme équitable ; un ensemble de valeurs qui font économiquement la différence sur la durée.

Car si nos entreprises, collectivités et gouvernements se meurent, c'est parce qu'ils ne savent plus innover, se réinventer, se questionner. La prise en compte réelles de leur Responsabilité technologique au sein de leurs plans de développement est donc une urgence, qui plus est dans les contextes de crise. Une urgence qui ne peut être comblée que par le déploiement d'« objectif de développement technologiques », à l'image des Objectifs de Développement Durables (ODD) d'hier. Et qui fera la différence dans quelques années lorsque les entreprises découvriront que oui, comme la RSE hier, la Responsabilité Technologique des Entreprises n'est pas qu'un vernis de bonne conscience mais un catalyseur de business.

Lire aussi : Le Progrès est mort, vive l'Innovation?

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 26/05/2020 à 10:32 :
Doit on préciser que seul ce qui appartient "au peuple" peut être souverain, les entreprises non souveraines ont tendance a contracter avec les plus offrant!
a écrit le 26/05/2020 à 1:43 :
Tout dépend de quel côté du miroir et
quel reflet ?
Tôt ou tard les miroirs se fissurent et volent en éclat ... car les opinions uniques , sans flexibilité, autoritaire, comme ce qui se passe actuellement dans cette transition technologique, économique mondiale ( très brutalement)
sont vouées
«  à créer des groupes isolés entre eux «  qui ne communiquent que entre eux
et sans écoute d’eux- même.
Qu’ils volent en éclats mais ils n’ont pas besoin d’entraîner le monde entier dans le chaos qu’ils imposent :
(ceci est très irresponsable et égoïste !)
a écrit le 25/05/2020 à 19:38 :
Pseudo charabia techno-numerico-bobo qui n'apporte rien et n'a comme but que le bourrage de crâne. Exemple :"tech sans affect n'est que ruine de l'âme", tech et affect sont antinomiques ! etc. Encore un ravage de la novlangue orwellienne.
a écrit le 25/05/2020 à 18:16 :
Vous faites bien de rappeler cette Loi d'Asimov, ce si grand auteur de science fiction, il faut lire et relire Fondation, maintenant tout le monde oublie de préciser l'élément encore plus important que cette loi, c'est que c'est un artiste qui l'a soulevé n'ayant aucun intérêt financier à la création d'une intelligence artificielle.

Or la réalité est totalement différente, l'IA est entre les mains soit d’hurluberlus qui nous parlent de la quête de la vie éternelle, soit de vieux mégas riches et leur descendance, qui ont installé Hitler au pouvoir afin de gagner toujours plus de fric.

Dans les conditions de l'économie actuelle une IA qui dirait à ces gens leurs quatre vérités n'a de ce fait aucune chance d'arriver car sans intérêt pour nos démagos et autres obscurantistes.

Ce n'est pas parce que la loi d'Asimov est particulièrement intelligente qu’elle sera reprise par les idiots, De Lapalisse ne pourrez pas dire plus banal. Prenez du recul tous svp, non seulement vous ne tomberez pas mais en nombre on finira peut-être par sauver l'humanité des humains aliénés.
a écrit le 25/05/2020 à 18:15 :
C'est en général la responsabilité qui conduit à l'autonomie et et la souveraineté. La codépendance et le conformisme n'ont jamais stinulé la créativté. La créativité est d'abord un jeu d'enfant, n'est-ce pas?

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :