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Ecologie : les maires Verts face à leur immense responsabilité

Denis Lafay

Publié le 29 août 2022 à 04:31 - Mis à jour le 29 août 2022 à 04:33

Municipales a paris: david belliard elu tete de liste d'eelv

Photo d'illustration

Stephane Mahe

Le Quotidien Numérique

13 juin 2026

Photo d'illustration de l'article
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L'été apocalyptique devrait accélérer la prise de conscience « a-», « trans-» ou « supra-» partisanes de la cause écologique. Alors que se sont achevées le 27 août à Grenoble les Journées d'été d'EELV, quatre mois après la déroute aux Présidentielles, le bien-fondé d'une écologie politique nationale incarnée dans une formation ad hoc apparaît, comme jamais, en question. L'avenir de l'écologie doit se jouer désormais à l'échelle de la proximité, là où il est possible d'expérimenter, de déployer une démocratie adaptée, d'agir avec pragmatisme plutôt qu'idéologie. C'est-à-dire à l'échelle de...

... ille, là où selon l'agroécologue Pierre Rabhi, « l'écologie, sujet politique central, pourra, enfin, être de moins en moins un sujet « de » politique ». Les maires écologistes endossent une immense responsabilité : convertir les consciences citoyennes à l'enjeu de l'écologie. Monumental et formidable défi.

Les Journées d'été d'EELV viennent de s'achever. Derrière les apparences de la concorde, l'inquiétude est palpable. Les explications de la débâcle des 4,58% de votes recueillis lors de l'élection présidentielle ne peuvent pas être confinées à la seule nature d'un scrutin historiquement et, soi-disant « intrinsèquement » voire « culturellement » défavorable aux formations d'écologie politique. Elles ne se résument pas non plus aux seules discordes idéologiques et programmatiques qui, là encore, ont lardé la candidature de Yannick Jadot. Surtout que, pour une fois, l'unité - même de façade - a escorté jusqu'au premier tour la trajectoire du quinquagénaire, plutôt perçu sérieux, raisonnable, responsable. Elles n'ont pas pour seule origine l'invisibilité parlementaire et médiatique à laquelle expose leur dissémination dans une Nupes arraisonnée par l'ogre LFI.

Les combats que se livrent les différents courants idéologiques au sein d'EELV ont contribué à cette déroute, dans un scrutin où la « crédibilité de gouverner » est centrale. Les plus radicaux d'entre eux, dans la forme - culpabilisatrice, contemptrice, polémiste, et parfois même vécue « sectaire » - ou dans le fond - à l'égard du modèle marchand, de l'économie libérale, de l'entreprise, des sujets de société... à ce titre très proches d'un Jean-Luc Mélenchon appelant, le 28 août, ses « partenaires » de la Nupes à engager « la rupture complète avec le capitalisme » - jettent le doute voire le discrédit sur la « capacité de gouverner » de « toute » la communauté écologiste. Les questions auxquelles le mouvement écologiste se heurte sans réponse claire l'affaiblissent. Comment porter un projet crédible qui s'abstienne de la - si contestable mais si indétrônable - croissance, clé de voûte de la charpente économique et sociale mondiale ? Comment être un porte-voix utilement transgressif et subversif sans se disqualifier de la possibilité de gouverner ?

Certes, ces luttes internes et le doute sur les compétences n'ont jamais épargné aucune autre formation, et il n'y a qu'à examiner le Parti socialiste de ses « grandes années » de conquêtes pour se convaincre qu'elles peuvent être jugulées et dépassées. Mais la déroute de Les Républicains y fait écho : fractures idéologiques et discordes humaines condamnent désormais tout espoir de succès dans ce type de scrutin - l'énergie que Marine Le Pen consacre à cadenasser la discipline de ses 88 députés et l'ordre dans le parti au moment où Jordan Bardella et Louis Aliot s'affrontent pour la présidence, répond de cette exigence. Quant à l'excellent score des Verts lors des Européennes (13,47 %, et même 20% si on ajoute Envie d'Europe écologique et sociale de Raphaël Glucksmann), il est à rapporter à l'importance relative que la population confère à cette élection à ses yeux « lointaine », insuffisamment stratégique et concrète.

Injuste

Le plus préoccupant pour l'avenir d'EELV en particulier et pour l'écologie politique en général, réside dans l'irrigation, désormais réelle, de la prise de conscience écologique dans la majorité des formations politiques - Rassemblement national et Reconquête ! exceptés. Cette prise de conscience demeure encore embryonnaire chez les Républicains, l'arbitrage se fracassant systématiquement sur l'intérêt de soi érigé en dogme non négociable. Il n'empêche, des voix au sein des LR s'élèvent qui tentent de ne plus opposer frontalement enjeu environnemental et épanouissement individuel.

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La bataille culturelle est gagnée, estime en personne le secrétaire national d'EELV Julien Bayou. Et l'été qui s'achève, l'été d'une sécheresse, de feux, d'inondations inédits, l'été aussi de l'épée de Damoclès énergétique qui a fait irruption en Ukraine, parachève l'édulcoration de l'écologie partisane. Oui, cet été d'un dérèglement climatique hors normes fertilise dans toutes les consciences l'urgence écologique. Depuis des décennies, les Verts alertaient ? On les moquait. Maintenant que leurs prédictions s'accomplissent, maintenant que devient réalité ce que la vulgate climato-sceptique jugeait délire collapsologue, le rayonnement de leur formation semble s'éroder irrépressiblement. Injuste ? Sans doute. Inéluctable ? Sans doute pas.

Féconder l'harmonie

Car une autre élection a propulsé les Verts à la gouvernance : les municipales de 2020. Certes, même dans leurs rangs, personne n'est naïf. Sans le contexte sanitaire particulièrement défavorable aux publics sympathisants des partis de pouvoir, sans une abstention record, sans des configurations locales propices - et même ubuesques : que serait-il advenu à la Ville et à la Métropole de Lyon si Gérard Collomb n'avait pas décrété l'assassinat politique de son dauphin David Kimelfeld ? -, la vague verte n'aurait pas déferlé avec autant de puissance. Mais de Bordeaux à Poitiers, de Strasbourg à Annecy, elle est désormais aux commandes. Et sur ses épaules pèse une responsabilité mais aussi flotte une espérance immenses : celles de féconder l'harmonie sociale et économique, environnementale et entrepreneuriale, climatique et sociétale. Celles de rendre les administrés responsables, et acteurs d'une ville responsable. Celles de fédérer autour de l'enjeu écologique plutôt que de déchirer en plantant le drapeau de l'écologie au centre d'un terrain de combat. Celles d'amener à la nécessité écologique plutôt que de punir, de stigmatiser, de mépriser ceux, nombreux, encore démunis et perdus dans leurs arbitrages intérieurs. Celles de ne pas juger les récalcitrants, de ne pas condamner les réfractaires - dès lors que ces derniers adoptent eux-mêmes un comportement de dialogue respectueux. Celles d'être exemplaires dans le fonctionnement démocratique.

Laboratoire d'écologie politique

A cette fin, l'échelon de la ville est idoine - et cela quelle qu'en soit la taille. La proximité « physique », la nature des instances démocratiques « traditionnelles » ou novatrices, l'affectio societatis qui lui sont singuliers, et une confrontation au réel obligeant à la lucidité et au pragmatisme, confèrent de grandes opportunités aux audacieux, aux disrupteurs. En effet, aucune autre gouvernance institutionnelle ne peut se prêter aussi bien à l'expérimentation. Ce que, de 1989 à 2020, Jo Spiegel « fit » de sa commune alsacienne de Kingersheim est, à ce titre, emblématique. Oui, Lyon, Tours ou Besançon peuvent constituer des laboratoires d'écologie politique, susceptibles d'essaimer à de plus grandes échelles.

Un tel accomplissement requiert des conditions. L'une d'elles est cardinale : la pédagogie. La pédagogie pour expliquer ce qui, chez beaucoup, demeure inaudible, incompréhensible voire inacceptable ; la pédagogie pour décortiquer les contraintes, désamorcer les rejets et pour convaincre ; la pédagogie pour rassembler là où dominent la fracturation, l'hystérisation, l'instrumentalisation ; la pédagogie pour se confronter au réel, pour entendre les voix discordantes, intégrer leur dissonance lorsqu'elle se révèle pertinente, parfois accepter de renoncer. La pédagogie pour accueillir l'entreprise, fréquemment ostracisée en bloc, sans discernement. La pédagogie pour révéler l'envie citoyenne de dire, de clamer, de proposer, de critiquer, de participer. La pédagogie pour réunir la communauté autour d'une vision et même d'un sens partagés. La pédagogie comme levier d'exemplarité démocratique.

Modèle territorial

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Dans Frères d'âmes (Dialogue avec Edgar Morin, L'Aube, 2021), l'agroécologue Pierre Rabhi - décédé en décembre 2021 - en est convaincu : « Toute bonne initiative démarre au niveau micro et s'étend à l'échelle macro. C'est pourquoi le périmètre de la commune est pertinent avant, idéalement, de convaincre, par la pédagogie de l'action et de l'exemplarité, une nation ou même un continent. La conquête écologique de grandes municipalités est un symbole fort. Mais ce sera contre-productif si s'instaure l'idée que l'initiative écologique n'appartient qu'aux partis dits écologiques. Cette nouvelle gouvernance doit au contraire, à terme, libérer la cause écologique de l'emprise partisane. Elle doit entreprendre, finalement, pour que l'écologie, sujet politique par essence central, soit de moins en moins un sujet « de » politique. L'écologie, c'est du réalisme radical applicable à tout être humain, quel et où qu'il soit. Elle n'est pas un drapeau que l'on brandit pour collecter des voix ». Dans J'aimerais tant me tromper (L'Aube, 2019), Ardéchois d'adoption estime que « la cause écologique doit, indiscutablement, transcender le paysage politique partisan. Si parti politique ad hoc existe, c'est par défaut de conscience écologique. Il était légitime, au début, qu'une formation politique voit le jour pour organiser la riposte aux outrances du système. Mais une telle formation demeure une anomalie. Chacun est concerné par la vie puisque chacun est être humain. Dès lors, la problématique écologique devrait être totalement transversale et intervenir au premier niveau du débat national. L'écologie, ce n'est pas de la politique : c'est une réalité et une conscience ». Maintenant que cette réalité et cette conscience s'imposent, la question de l'utilité d'une formation politique ad hoc devrait donc se poser. Les territoires « modèle écologique » pour que l'écologie, intellectuellement politique mais devenue électoralement dépolitisée, devienne un « modèle national » et fasse de chaque citoyen un écologiste convaincu : voilà l'immense responsabilité mais aussi le formidable défi qui se posent aux maires écologistes.

Denis Lafay

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