Economiser l’énergie doit être la prochaine grande orientation politique française

 |  | 635 mots
Lecture 3 min.
Gaëtan Thoraval, Directeur Général d’Enalia
Gaëtan Thoraval, Directeur Général d’Enalia (Crédits : DR)
TRIBUNE. N'ayons pas peur de franchir le pas : la réduction de nos consommations d'énergie, au-delà de sa dimension écologique, constitue en effet un puissant levier pour notre économie, notre cohésion sociale mais aussi pour notre souveraineté. Par Gaëtan Thoraval, Directeur Général d’Enalia

Par sa capacité à transformer profondément notre société, la réduction des consommations d'énergie a tous les atouts pour devenir la prochaine grande orientation politique de la France. Nous sommes aujourd'hui loin du compte. Pour atteindre nos objectifs de neutralité carbone, il nous faudra accélérer drastiquement les financements en faveur de l'efficacité énergétique. La première décision rendue dans l'affaire Grande-Synthe nous montre que l'Etat a une responsabilité majeure, celle de respecter les objectifs qu'il s'est lui-même fixé. N'ayons pas peur de franchir le pas : la réduction de nos consommations d'énergie, au-delà de sa dimension écologique, constitue en effet un puissant levier pour notre économie, notre cohésion sociale mais aussi pour notre souveraineté.

Mobiliser tout un pan de l'économie

Maîtriser ses consommations d'énergie, c'est faire le choix de la résilience. La COVID-19 nous a montré notre difficulté à nous adapter à des changements brutaux et subis. Avec la dégradation de notre environnement, les phénomènes de cette ampleur vont se multiplier. Nous devons donc attaquer frontalement la question du gaspillage énergétique. Chauffer un logement mal isolé, c'est jeter du pétrole par la fenêtre. Laisser s'envoler la chaleur produite par un four industriel, c'est négliger une ressource précieuse. Climatiser en continu des bureaux, c'est tendre inutilement notre réseau électrique. Sobriété et efficacité énergétique sont les deux facettes d'une même pièce : il ne s'agit plus uniquement de consommer mieux ; il s'agit surtout de consommer moins.

Consommer moins d'énergie, c'est aussi mobiliser tout un pan de l'économie et de nos compétences : formation de milliers d'artisans locaux, embauches massives dans les organismes de contrôle et bureaux d'étude thermiques mais aussi chez les fabricants de matériaux, les organismes de financement, les entreprises spécialisées dans le suivi de consommation. Nous ne voyons aujourd'hui qu'une fraction de son potentiel. L'efficacité énergétique permet par ailleurs de réduire les coûts pour nos entreprises en allégeant leur facture. Le mouvement de relocalisation mis en lumière par la crise en sanitaire saura en tirer parti.

Reconquérir notre souveraineté énergétique

Faire le choix de l'efficacité énergétique, c'est réconcilier cette vieille querelle entre « la fin de mois et la fin du monde », à l'origine du mouvement social de 2018. C'est construire une politique économique et environnementale durable dans le temps, car socialement juste et donc acceptée par tous. L'énergie sert à se déplacer, à se chauffer et constitue à ce titre un bien de première nécessité, un substrat sur lequel se développent nos usages mais où peuvent naître aussi les inégalités. En réinterrogeant notre rapport à l'énergie et notre manière de consommer, nous repensons notre manière de faire société.

Nous repensons également notre rapport au monde. Consommer moins, c'est reconquérir notre souveraineté énergétique. On l'oublie trop souvent : l'essentiel de notre énergie est importée et donc soumise aux fluctuations d'un marché instable et d'un contexte géopolitique incertain. Consommer moins est donc l'une des conditions de notre autonomie. Il ne s'agit pas de se fermer au monde mais d'assurer notre capacité collective à répondre à des besoins essentiels.

Réduire notre consommation d'énergie n'est pas une politique de grands travaux : c'est la somme de millions de plus petits. Car une grande politique publique n'est pas forcément spectaculaire : elle est avant tout partagée et efficace. La force de la maîtrise des consommations réside dans sa capacité à être mobilisable par tous, chacun à son échelle, associée à un consensus global sur sa nécessité. L'ériger en nouveau cap énergétique, c'est marquer un tournant historique et la bascule irréversible vers une politique climatique ambitieuse.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 04/12/2020 à 18:47 :
Tout ce raisonnement (qui suppose des transformations profondes et donc longues de notre économie sur plus d'une décennie) tient uniquement sur les prémisses d'une énergie durablement chère et impactante pour l'environnement.

Alors je m'interroge sur l'état de notre souveraineté et de notre cohésion sociale quand la France aura échoué à suivre le douloureux chemin des économies d'énergie dont personne ne veut vraiment et que les autres pays dans le monde (qui en consomment en moyenne moins que nous) se seront au contraire mis en situation de construire leur souveraineté et leur cohésion sociale sur la base d'une production et d'une consommation massive d'énergie peu chère et non polluante (au sens large).

Quelle myopie peut nous laisser penser que les acteurs économiques et les pays dont la survie passe par ces développements ne vont pas tout faire pour qu'ils se produisent très rapidement ? Qui peut penser que quand plus de 80 % des investissements mondiaux dans de nouvelles capacités de production d'électricité vont déjà aujourd'hui dans des énergies à la fois durables et déjà incroyablement compétitives, ça ne va pas avoir d'effet à dix ans sur le marché et la consommation de l'énergie dans son ensemble ?

De plus, allez voir un Chinois, un Indien ou un Africain et proposez lui le savoir faire français en matière d'économie d'énergie après qu'il a reçu la visite d'un vendeur asiatique de panneaux solaires, ou allemand d'éoliennes. RIP l'industrie française sur l'autel de l'idéologie !

Le développement des technologies numériques ne s'est pas accompagné d'une sobriété digitale me semble-t-il

Vouloir continuer "coute que coute" à économiser l'énergie quand les renouvelables commencent à évincer économiquement toutes les autres c'est un peu comme vouloir économiser du cuivre sur le réseau fixe à l'aube du déploiement du mobile, une sorte de répétition d'une histoire mortifère qui commence et finit par K ...
a écrit le 03/12/2020 à 9:48 :
Moins et mieux = cycle vertueux. C'est le principe de l'économie circulaire il faut savoir que durant la conquête de l'espace les américains ont dépensé des dizaine des millions de dollars afin d'élaborer un stylo qui écrit sans apesanteur, les russes eux dans le même temps ont utilisé des crayons à papier. Je vois aussi ces nouveaux portes cartes pure plastique qui ont envahi nos sacs et portes monaies, ils sont shootés à la pollution nos dirigeants.

Quand on voit rien que l'aberration hallucinante des éclairages de villes, partout tout le temps et de plus en plus pour seulement rassurer le gars qui tomberait en passe puisque avec nos vies modernes plus personne ne se promène la nuit, on peut estimer que notre classe dirigeante n'a toujours pas opté pour cette seule option vertueuse adaptée à la fin du monde actuelle.

L'avantage c'est que de temps en temps leur état d'esprit totalement déconnecté des réalités et leur logique qui n'a toujours aucune explication, on se marre bien, je repense à ce milliardaire américain qui a une filel du même age que la mienne et qui annonçait fièrement il y a quelques années que jusqu'à présent pour la sécurité physique de sa fille il avait dépensé 250 millions de dollars et bien j'étais bien content d'avoir économisé 250 millions de dollars moi hein, et pour le même résultat ! :-)
a écrit le 03/12/2020 à 9:44 :
M'ouais...
Enalia est nourrit au subvention CEE. ..

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :