En direct de la COP 27 avec Bertrand Piccard : « Violence climatique ou résistance civique ? »

LES TOPS ET LES FLOPS DE LA COP 27. Bertrand Piccard, président de la Fondation Solar Impulse, psychiatre et explorateur, auteur du premier tour du monde en ballon (1999) puis en avion solaire (2015-2016), tient durant cette quinzaine, du 6 au 18 novembre, en direct de la COP27 à Charm el-Cheikh en Égypte, une chronique quotidienne des succès et des déceptions de ce rendez-vous crucial pour l'avenir de notre planète.
Blocage du périphérique - Source : Dernière rénovation
Blocage du périphérique - Source : Dernière rénovation (Crédits : DR)

Le débat actuel sur « l'éco-vandalisme » m'incite à regarder le cours de l'histoire des revendications.

Autrefois, ils se battaient contre l'esclavage ou l'apartheid, pour la liberté, les droits civiques ou l'égalité des genres. Parfois violents et jugés pour terrorisme, leur tête était mise à prix. Emprisonnés comme Mandela ou recherchés comme Begin ou Arafat pour des attentats, ils ont plus tard reçu le prix Nobel de la Paix. Qu'ils aient été assassins pour les uns ou résistants contre l'envahisseur pour les autres, leur sort dépend de l'époque ainsi que de la victoire ou de la défaite de leur camp.

Aujourd'hui, ils se battent pour le climat, avec la même ferveur, une certaine violence et toujours la même frustration de voir les lignes bouger si lentement. Les manifestations populaires se succèdent au fil des conférences pour le climat et se radicalisent. Des actions de plus en plus brutales voient le jour, avec blocages de la circulation, déprédations, voire jets de pierres ou de mortiers. Il ne s'agit plus ici de défendre le sort d'un peuple ou de la société civile, mais bel et bien de garantir l'avenir de l'humanité. Est-ce malsain de se dresser contre l'inertie des gouvernements ? De refuser la destruction de la biodiversité ou la pollution de l'eau ? De s'offusquer devant l'égoïsme des conducteurs de grosses voitures polluantes ?

Malgré le fait que le monde compte aujourd'hui 1,8 milliard de jeunes, la plus grande proportion de toute l'histoire, leurs voix ne sont pas traduites en actions. Qu'il s'agisse de prendre la parole lors de sommets importants ou de manifestations pacifiques, de perdre son sang-froid et de jeter des boîtes de soupe sur des œuvres d'art ou de se coller sur les routes, le message est identique, mais avec une colère croissante : ils en ont assez !

Pour la première fois de son histoire, la Conférence des Parties leur a dédié un Pavillon officiel. Cela sera-t-il suffisant pour apaiser cette colère ? Très probablement pas, tant que le sentiment d'impuissance persiste. Ce sentiment a toujours conduit à la révolte. Face à ce qu'ils considèrent comme un « écocide », ces jeunes réagissent comme devant un génocide, avec une frustration qu'ils n'arrivent plus à contenir. Dans leur esprit, ils n'ont rien à perdre : leur avenir a déjà été confisqué par des décideurs qui ne veulent pas agir. À leurs yeux, leur comportement est justifié en tant que moyen pour atteindre leur objectif.

Sont-ils des héros ou des anarchistes ? Honnis aujourd'hui par l'opinion publique, seront-ils réhabilités comme ceux qui ont enfreint les ordres des dictateurs ou saboté les infrastructures ennemies ? Poser la question, c'est y répondre en partie. Mais en partie seulement...

Ce qu'il faut voir, c'est le véritable effet des actions violentes pour obtenir ou non un changement. Je répondrai que c'est utile face aux gouvernements qui veulent éviter le désordre et qui ont déjà réagi plusieurs fois en décrétant l'urgence climatique. Sans être acculé à bouger, un politicien restera immobile. Mais ça ne l'est pas quand on constate l'exaspération et l'incompréhension de la population.

En Europe, nous avons deux mouvements aux actions similaires, mais aux objectifs différents. L'un crie « Arrêtez le pétrole » et l'autre « Rénover ». Une demande irréaliste - car le monde s'écroulerait si l'on arrêtait subitement d'utiliser le pétrole - face à une demande sérieuse pour que les infrastructures obsolètes et polluantes soient modernisées au moyen de technologies plus efficientes et économiquement rentables.

On voit bien qu'il est fondamental de convertir la colère en propositions concrètes. Se coller sur la route en abhorrant l'industrie sera toujours moins utile que d'encourager cette dernière à se transformer.

Aujourd'hui, avec la même colère, la même frustration, les jeunes pourraient obtenir beaucoup plus de résultats en criant « solutions, solutions », plutôt que « problèmes, problèmes ». Et si, malgré cela, les décideurs continuaient à ne rien faire, plus personne ne pourra s'étonner que ce ne soient pas seulement les manifestations qui dégénèrent, mais la situation dans son ensemble.

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Commentaires 14
à écrit le 23/11/2022 à 17:42
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Manifester dans la violance non, que les écolos proposent des solutions plutôt que d'être systématiquement contre tout et nous ramener au moyen-âge. Je ne fais pas confiance aux écolos mais aux ingénieurs, scientifiques, chercheurs, exemple le pôt ca...

à écrit le 13/11/2022 à 15:47
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La cause de tout événement est le plus souvent multifactorielle. L'augmentation constatée des gaz à effet de serre dans l'atmosphère n'est peut-être qu'une composante de l'augmentation non contestée de la température terrestre; mais son influence mêm...

à écrit le 12/11/2022 à 18:39
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Bonjour, Il y a un problème, mais nous français n'en sommes pas responsables, depuis toujours nous avons des voitures économes, un espace boisé d'état, privé et particulier (tout les arbres de votre jardin, chez moi plus de 50%) des plus importants ...

le 13/11/2022 à 19:49
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Bonjour Pemmore, Vous pensez vraiment que les Français ne sont pas responsables du problème ? L'empreinte carbone d'un Français est égale à 10 tonnes. Pour atteindre les objectifs de l'Accord de Paris, il faut la faire passer à 2 tonnes d'ici 20...

à écrit le 12/11/2022 à 17:45
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Vous auriez, Monsieur Piccard, totalement raison si tout ceci était vrai, a savoir que l'Homme serait le seul responsable, de par son activité, à ce "dérèglement climatique" Or, de plus en plus de gens, et j'en fais partie, contestent la validité de...

le 13/11/2022 à 15:06
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ces gens refuse de prendre en compte les variations climatique du passe en 1300 ou la presence de neige sur les alpes etais plus faible que maintenant le carrotage l'a prouve et l'ambre sur la baltique est une autre preuve mais ces gens ne souhai...

à écrit le 12/11/2022 à 10:51
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Ces militants font du bouche à bouche à un mort. C'est fichu depuis longtemps pour la planète

le 12/11/2022 à 13:09
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on souhaite du photovoltaique mais pas dans les champs sur les batiments il y a assez de maison a recouvrir

à écrit le 11/11/2022 à 23:23
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Cette pseudo urgence climatique est la plus incroyable escroquerie intellectuelle et scientifique de ce siècle. La planète a connu au cours des ères des bouleversements bien plus conséquents sans intervention humaine. La variation anthropique de la t...

le 12/11/2022 à 10:52
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Vous ne devriez pas publier un truc pareil, vous donnez du grain à moudre aux obsédés climatiques, qui prennent leurs opposants pour des idiots

le 12/11/2022 à 17:00
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IL faut avoir l’honnêteté intellectuelle de reconnaitre que nous n'avons pas tout compris du fonctionnement de notre planète en particulier du fonctionnement des volcans notamment les volcans sous marins qui sont 1000 fois plus nombreux que les volca...

à écrit le 11/11/2022 à 18:49
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C'est fou, tous ces déchets sur le périphérique. Paris est décidément une ville très sale..

à écrit le 11/11/2022 à 13:16
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À la violence des milices climatiques, il faut répondre individuellement ou en groupe par la plus grande violence

à écrit le 11/11/2022 à 12:20
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"Honnis aujourd'hui par l'opinion publique" Non, par les médias de masse qui fabriquent l'opinion publique oui mais c'est normal vu que ces médias de masse appartiennent aux pollueurs. LEs classes dirigeantes ne peuvent que craindre comme le disait N...

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