En route vers une société hybride : choisissons ses contours, plutôt que de les subir

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(Crédits : Eric Mangeat)
OPINION. L’impact du numérique, depuis quelques années déjà, remet en cause les fondamentaux même de nos organisations. Et aujourd’hui, alors que nous pensions avoir du temps pour nous y adapter progressivement, la crise sanitaire, combinée aux coups de boutoirs de la crise environnementale, viennent brutalement précipiter ces transitions avec des effets dominos que nous entrevoyons déjà, nous obligeant à réagir très rapidement. Par Emmanuel François, président de la Smart building alliance.

Travail, enseignement, santé, commerce mais aussi culture et divertissements : toutes nos activités sont concernées et impactées par ces mutations. Les crises actuelles, par leur imbrication, ne peuvent qu'accélérer le phénomène. Déjà, certaines formes d'économies émergent - collaborative, partagée - modifiant notre relation à la propriété au profit de l'usage.

Collectivement, nous voilà sommés de repenser fondamentalement nos repères. On pense à ceux de l'entreprise, qui, avec l'essor du télétravail, et parce qu'elle fera de plus en plus appel à des compétences partagées, ne pourra bientôt plus se prévaloir d'un capital humain exclusif occupant un espace donné. Et ceux de la famille : avec l'élargissement de la cellule traditionnelle, les générations interagissent différemment, avec des besoins en termes de configuration d'espaces multiples et susceptibles d'évoluer dans le temps.

Lire aussi : « Les entreprises ont tout à gagner à hybrider leurs modes d'organisation »


Comment les infrastructures sur lesquelles reposent nos sociétés s'adaptent-elles à ces nouveaux paradigmes ? On voit par exemple émerger des lieux et bâtiments « pluriels », multi-usages, évolutifs, associant espaces privatifs et partagés. Au-delà, ce sont tous nos piliers économiques, comme nos réseaux physiques, qui vont s'hybrider : apparaissent pour l'énergie des productions et stockages décentralisés, et une distribution en courant continu en complément d'un réseau centralisé en alternatif.

Faire intervenir une multitude d'acteurs

Pour l'eau, des infrastructures de proximité pour la production ou et le retraitement se développent. Idem pour les déchets, avec des approches de plus en plus fines, différenciées et locales, pour la collecte et les différents types de valorisation et retraitements. Le tout faisant intervenir une multitude d'acteurs, privés, publics et associatifs. Les mutations concernent également la production industrielle avec l'essor du « fabless », les sites d'assemblages décentralisés à proximité des lieux de consommation, la construction hors-site, la production alimentaire de proximité, l'agriculture urbaine ou/ hors-sol, la distribution avec des circuits courts portés par des plateformes numériques et places de marché, etc.

Pour porter toutes ces évolutions, notre rapport à la monnaie va continuer à évoluer, avec le développement de l'économie de monnaies et crypto-monnaies locales, peut-être basées sur d'autres indicateurs, comme les comportements éco-citoyens, en complément et en parallèle de monnaies nationales ou fédérales, sans convertibilité manifeste voire même souhaitée. Le sujet de la monnaie, devenant de plus en plus sensible et de moins en moins étatique, s'appuyant tant sur la confiance que sur la technologie pour émerger.

Impliquer le citoyen dans les choix de société

Ces hybridations économiques et sociétales, interconnectées, conduisent à une mutation civilisationnelle majeure. Au-delà de nous obliger à repenser au plus vite les cadres normatifs et juridiques, elles nous poussent à revoir notre gouvernance et la répartition des pouvoirs, en entreprise comme dans la sphère publique. Nous avons d'ores et déjà besoin d'instances de prises de décisions moins centralisées, plus neuronales (ou en réseau) que pyramidales et surtout plus inclusives.

Parce qu'on n'en avait pas anticipé les puissances cumulées du numérique, des bouleversements climatiques et environnementaux, et de la crise sanitaire, le sujet de l'accompagnement du citoyen est devenu prioritaire. De plus en plus et de mieux en mieux informé, il veut, à juste titre, se voir impliqué dans ces choix de société. Ce sujet doit passer au premier plan de l'agenda politique et économique, sous peine d'aggraver encore les crises, qui dès lors seront alimentées par le rejet et la peur.

Ne nous laissons pas aveugler par la vitesse des transformations, que certains appellent de leurs vœux, avec des injonctions à l'accélération : la destination est plus importante que le chiffre au compteur ! Oui, nous devons repenser nos cadres de vie. Revenons à des fondamentaux, remettons la proximité, la mixité, la solidarité, la justice sociale, la sobriété et la durabilité au programme de toutes nos actions, à toutes les échelles. Voilà un chantier digne du XXIème siècle.

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Commentaires
a écrit le 16/11/2020 à 23:22 :
Une analyse intéressante, perso je suis né en 1948 et je ne trouve pas que notre époque change plus vite qu'avant, elle continue à la même vitesse sauf que beaucoup n'ont pas ouvert les yeux comme s'ils sortaient de prison, le numérique est loin d'être neuf, déjà en 1972 je m'occupais de lignes automatisées gérées par l'informatique balbutiante de l'époque, on n'a jamais fait mieux depuis, 10 ans avant on avait encore les lampes, même dans des systèmes de calcul, les transistors hors de prix arrivant au compte goutte. et maintenant la grande révolution est devant nos yeux : un vaccin lié au programme d'un ADN dont on pique un morceau qu'on expédie pour une mise en mémoire de reconnaissance d'ennemi à détruire.
Tout le monde trouve normal, on est trop avachis par les pseudos progrès qui n'en sont pas, juste l'asservissement encore pire de l'être humain.
a écrit le 16/11/2020 à 11:23 :
"Réagir rapidement" ne veut pas dire aller 2 fois plus vite dans l'erreur! Se créer d'autres dépendances, pour combler un vide, est digne d'un futur préformaté, non d'une adaptation!

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