Euro, les raisons d'une hausse

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(Crédits : Valérie Semensatis)
Pourquoi la tendance baissière de l'euro s'est-elle inversée? Les facteurs sont multiples. Par Gérard Vespierre, associé fondateur de Strategic Conseils, Chercheur associé à la Fondation pour l'Etude du Moyen-Orient (FEMO)

Qui aurait dit il y a une dizaine de jours que l'Euro allait repartir à la hausse ?
L'auteur de cet article ?
Dans un article publié par Latribune.fr, il y a pratiquement un an, j'analysais et prévoyais une baisse de l'Euro... ! Elle s'est effectivement produite, et de 20%.
Mais depuis quelques jours que se passe-t-il ? S'agit-il de prédire maintenant le contraire, ou plutôt de considérer selon la célèbre maxime du Président Edgar Faure : « ce ne sont pas les girouettes qui tournent, ...c'est le vent ».... que des circonstances nouvelles, et non prévisibles dans leur concomitance et leur force, sont apparues...
A une situation radicalement nouvelle, appartiennent en effet des faits radicalement nouveaux... !
Deux éléments imprévus sont survenus, et non des moindres, car de portée planétaire :
- La confirmation de la décélération chinoise
- La nouvelle baisse rapide et substantielle du baril de pétrole

La décélération chinoise

Même, comme le dit si bien le proverbe africain : « les arbres ne peuvent pas monter jusqu'au ciel », nous nous étions habitués à la croissance continue de l'économie chinoise.
C'était oublié, que le modèle chinois est bâti non pas sur la puissance de sa demande intérieure, mais sur la puissance de ses exportations. Or, la très faible croissance européenne, la faible croissance américaine sur les six premiers mois de cette année, ajoutées à la faiblesse de l'Amérique du sud, ont alimenté la décroissance chinoise. Les exportations du numéro 2 mondial ont baissé de 8%... sans que la demande intérieure puisse prendre le relais.
A cela vient s'ajouter, les deux baisses importantes des bourses chinoises, de juin et Août, couronnées par une dévaluation de la monnaie chinoise, décidée par la Banque Centrale.
Devant une telle situation de plus faible activité, de dévaluation, et avec des perspectives domestiques et internationales qui ne laissent pas entrevoir d'améliorations, les exportateurs, les grandes entreprises, les grandes fortunes ont cherché à protéger leurs comptes et leurs avoirs en se couvrant en devises étrangères, et pas seulement en dollar... mais également en euros.
Mais cette situation n'a pas été unique.

La crise russe

La baisse du prix du baril est le fruit de cette décélération économique, chinoise et du reste du monde, surtout quand elle est accompagnée d'une hausse (!) de la production mondiale de pétrole. Baisse de la demande, hausse de la production, la résultante s'appelle baisse du prix du baril.
En tant que consommateurs nous ne pouvons qu'en être satisfaits, mais les pour les pays producteurs, la situation est toute autre.
Au premier rang, la Russie paie au prix fort, cette baisse de plus de 50% du baril en 6 mois, et de 20% sur les 3 dernières semaines... L'économie russe, en a subi l'immédiat contrecoup, avec une traduction immédiate sur la valeur de sa devise. Le Rouble a perdu 15% de sa valeur au cours des 3 dernières semaines... !
Cette dévaluation de la monnaie russe a conduit les acheteurs russes qui le pouvaient à se protéger en achetant de l'Euro...

Le cumul des effets, la Fed...

Nous assistons donc à un cumul des conséquences des situations chinoises et russes, qui se traduisent par une hausse de 5% de l'Euro en à peine un mois.
Et à cela s'ajoutent les perspectives d'éloignement de la hausse des taux américains.
La Fed ne se déjuge pas, elle ne met pas à mal sa crédibilité, comme on a pu le lire, elle fait preuve comme à l'accoutumé de bon sens et de pragmatisme.
A une amélioration régulière de l'économie américaine devait correspondre, un légitime relèvement des taux qui sont tombés à.... 0%
Devant une économie ne tenant pas ses promesse d'amélioration, la Fed ne maintient pas sa feuille de route de relèvement, une simple question de symétrie. Elle n'annule pas ce projet, elle le reporte. ...Pragmatisme, tout est pragmatisme....
L'attrait des positions en dollar a donc diminué, et selon le principe physique bien connu des vases communicants, l'attrait du dollar baissant, que pensez-vous qu'il arriva... se fut l'attractivité de l'Euro qui augmenta....

L'euro décrié, mais l'euro fortifié

Nous étions arrivés à une situation où, face à la crise grecque, à la situation française d'endettement et d'une très faible croissance, des voix s'élevaient pour demander une sortie de l'Euro.
Les entendons-nous maintenant ? L'Euro de tous les maux, dont il fallait se séparer, devenu pour ceux qui n'en font pas partie valeur refuge. Méditons, méditons....
Cette année 2015 est pleine de retournements.
Il était habituel de lire qu'une tendance baissière du pétrole, était toujours accompagnée, en symétrie d'une tendance haussière du dollar.
Que voyons-nous, ces jours ci ? Sur une courte période certes, mais la baisse du pétrole s'accompagne d'une baisse du dollar, et d'une hausse de l'Euro.... !
Décidément, pente et contre-pente.

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Commentaires
a écrit le 26/08/2015 à 16:24 :
Une information balayant l'autre, la crise Grecque est toujours là, mais on n'en parle plus. Ce n'est sans doute pas important. Aujourd'hui, la Chine et ses problèmes...demain on n'en parlera plus. Ce n'est sans doute pas si important.
L'Euro monte? Demain il baissera et après demain on aura oublié. Rien de grave en somme, des épiphénomènes, la routine. La guerre peut-être pourrait mobiliser sur la durée les médias et leur cohorte de spécialistes, d'experts en tous genre ...Même pas sûr.

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