Manifestation en juin 2020 exigeant la suppression de la statue de Cecil Rhodes (1852-1903) à Oxford, considéré comme le partisan de l'impérialisme britannique en Afrique du Sud.
LIVRES ET IDÉES. La "cancel culture" ou encore la culture "woke" caractérisent un mouvement de contestation venu des Etats-Unis qui au nom d'"une justice sociale critique" entend réécrire l'histoire et peser sur le présent en dénonçant les multiples dominations exercées sur les minorités. Deux livres analysent sur un mode critique la philosophie sous-jacente au phénomène et en pointent les limites et les contradictions dont l'un des aspects est le refus de tout dialogue.
"Wokisme", "cancel culture", "justice sociale critique", "théorie du genre", "Théorie queer", "théorie postcoloniale", "postmodernisme", "déconstruction", "intersectionnalité"... tous ces termes ont envahi depuis quelques temps les médias, les réseaux sociaux, créant de violentes polémiques dont une majorité de gens ne cerne pas toujours bien les enjeux.
Venu des Etats-Unis, ce mouvement multiforme et militant vise à dénoncer au nom des minorités la domination patriarcale et occidentale, sexiste et impérialiste, qui a structuré l'histoire jusqu'à aujourd'hui. Outre un corpus de textes théoriques et la création de nouveaux départements dans les universités comme les "genders studies"...., il se manifeste par des actions militantes comme, par exemple, le déboulonnage de statues de "grands hommes" qui furent en leur temps esclavagistes ou l'exigence de suppression de certains passages d'œuvres littéraires classiques, considérés comme racistes ou sexistes.
Cette nouvelle culture qui se qualifie de "woke" (éveillée) bouscule les mouvements traditionnels qui luttent au nom de l'égalité des droits contre le racisme ou le sexisme en s'exprimant dans un cadre démocratique et progressiste. Elle rejette toute médiation, tout débat, tout dialogue, considérés d'emblée comme de vieilles lunes qui ne font que perpétuer et renforcer les injustices.
Le monde des idées ne progresse que par l'échange
Or c'est un problème. Le monde des idées ne vit et ne progresse que par l'échange. C'est là un acquis des idéaux des Lumières, fondé sur la raison et l'universalisme, les droits de l'homme et la démocratie qui se retrouvent ainsi mis en accusation. Sans possibilité d'échanger des arguments, il ne reste qu'un dialogue de sourds sinon la confrontation violente.
C'est précisément à partir de cet héritage des Lumières que l'écrivaine Helen Pluckrose et le mathématicien James Lindsay font une analyse critique de cette nouvelle idéologie dans leur ouvrage "Les nouvelles impostures intellectuelles" (éd. H&O) en montrant "comment les théories sur l'identité, le genre, la race gangrènent l'université et nuisent à la société" comme l'indique clairement le sous-titre.
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