Feux de Brousse : voter ou taquiner le goujon, les Français ont choisi !

CHRONIQUE. Ingénieur, éditeur, observateur attentif des sociétés, du monde et des gens, Jean Brousse, corrézien, bretteur de mots, a publié "Deux mois ferme", collection de ses chroniques quotidiennes du confinement. Il tient dans La Tribune une revue du couvre-feu, intitulée comme il se doit Feux de... Brousse.

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(Crédits : CHRISTIAN HARTMANN)

21 juin. Premier jour de l'été, fête de la musique, fête des pères, lendemain d'élection, gueule de bois après France/Hongrie, premier jour de dé-confinement... A se demander si nos concitoyens, trop sollicités, fatigués, n'en ont pas simplement oublié d'aller voter. 70% des inscrits sur les listes électorales ne se sont pas déplacés. Rien n'y aura fait, ni les pluies torrentielles du sud-ouest ou du centre qui incitaient peu à taquiner le goujon, ni les pics de chaleur qui pouvaient décourager les héliophiles, non plus que la perspective pour les néo-démasqués d'une première nuit complète de liberté. Le vote signifie-t-il encore quelque chose ? Seuls 30% auront tenu à signaler leurs préférences, dimanche, dans de bien tristes bureaux de vote désertés, parfois sans illusions, ni sur les effets d'estrades et les promesses des candidats, ni, malheureusement, sur l'efficacité du scrutin.

La distanciation physique cède ainsi le pas à la distanciation politique, pour le plus grand désespoir de l'exercice démocratique. Dommage, Les parlements régionaux et départementaux, plus proches, en principe, des citoyens, restent un espoir d'équilibre avec la tendance jacobine ambiante. Le suspens s'effondre : nous n'avons pas renversé la table. Les commentateurs s'attardent sur les régionales plus que sur les départementales, heureux de croire y déceler quelques indices pour les prochaines présidentielles, quand les électeurs présents se préoccupent peut-être largement autant de leur situation locale. Mais là, nous sommes évidemment bien trop loin de Paris.

Toujours est-il que les barons sortants arrivent en tête et seront sans doute reconduits. « Rien ne change pour que tout change ». L'explosion politique annoncée fait « pshittt ». En ces temps troublés par la Covid, les oracles, les cassandres et les prophètes auront été, une fois encore, déjoués. Les sondages seraient-ils devenus le réceptacle des fantasmes des interviewés, vite oubliés lorsque l'on dépose solennellement son bulletin dans l'urne républicaine, quitte à reconduire un paysage familier systématiquement décrié ? Ces 70% de Français abstentionnistes pourront toujours affirmer des aujourd'hui au coin d'un zinc ou d'une terrasse qu'ils s'intéressent et qu'ils sont contre. A quoi et contre quoi ? Allez savoir.

Ils pourront aussi se réjouir de retrouver enfin une vie sans couvre-feu et - presque - sans masques, et s'apprêter à fêter comme il convient l'évènement  tant espéré, en même temps que la musique,  ce 21 juin, malgré les méchantes averses orageuses persistantes ... Tradition oblige ! Ainsi le permet le dernier jugement du professeur Salomon, que l'on avait quelque peu perdu de  vue. Certes, nous resterons assis, par tables de six, à une distance respectable de nos convives et des musiciens. Ca n'est pas très pratique pour se lancer dans une lambada effrénée, un rock endiablé ou déclencher une chenille sur la danse des canards. Au moins, les artistes pourront jouer devant un public impatient, prêt - peut-être - à tous les débordements.

Match nul pour l'équipe de France de football contre le Portugal, mercredi. Ouf ! Mais souvenons-nous, en 1998, tout le monde voulait virer Aimé Jacquet après les premiers pas de son groupe lors de la coupe du Monde. La France a gagné la coupe ! Ainsi va la vie, dans ce formidable pays qui compte autant de spécialistes, experts, épidémiologistes, analystes politiques et sociologiques, sélectionneurs sportifs que de danseurs d'un soir, prêts à tout pour oublier les moments les plus difficiles.

Autant de râleurs aussi. La CGT dépose, sitôt le couvre-feu suspendu, un préavis de grève de 0 à 24 heures du 1er au 30 juillet ! Jean Castex appelle à aller voter dimanche prochain. Business as usual.


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