Freiner Uber, c'est freiner la croissance !

Les gouvernements européens ont tort de mettre des bâtons dans les roues d'Uber: c'est au détriment des consommateurs, et de la croissance en Europe. Par Alberto Heimler, professeur d'économie à la Scuola Nazionale dell'Amministrazione, Rome
(Crédits : © Sergio Perez / Reuters)

Le contraste entre les réserves de l'Europe vis-à-vis de l'application Uber et l'accueil plutôt bienveillant aux États-Unis face à ce nouveau service de transport souligne une fois encore à quel point le cadre règlementaire européen, conçu en principe pour défendre les consommateurs, finit par protéger toutes sortes d'intérêts établis et bâillonne l'innovation. Ce contraste montre à quel point les gouvernements européens devraient modifier leurs règlementations, encourager les entrepreneurs à développer des modèles économiques dans leur propre pays, plutôt que d'être obligés à accepter les innovations après qu'elles aient été jugées 'meilleures pratiques' à l'étranger.

Une longue tradition européenne d'opposition aux innovations

Les manifestations anti-Uber organisées par les chauffeurs de taxi découlent d'une longue tradition d'opposition des fournisseurs établis aux nouvelles technologies, par crainte qu'elles ne menacent leurs emplois. Mais lorsque les Luddites au début du XIXème siècle, par exemple, avaient protesté contre les nouvelles machines textiles en les détruisant, les autorités n'étaient pas intervenues pour freiner l'arrivée de ces nouvelles technologies. Et la Révolution industrielle a donc apporté avec elle une amélioration sans précédent des niveaux de vie partout dans le monde.

Mais lorsque les supermarchés ont progressivement investi dans le secteur de détail au cours de la seconde moitié du XXème siècle, l'approche des gouvernements européens a changé. De nombreux pays ont mis en place des règles au début des années 1970 visant à protéger les petits commerces encore en activité contre la concurrence, retardant d'autant le développement de systèmes de distribution plus modernes. Une génération plus tard, ces restrictions ont été levées en réponse aux pressions des consommateurs.

Les gouvernements européens laissent l'économie en souffrance

La réaction au phénomène Uber démontre que les gouvernements européens ne semblent pas avoir retenu la leçon - laissant l'économie européenne en souffrance. Le problème est qu'une introduction dans n'importe quel marché dépend de la perception des opportunités de profit résultant des nouvelles initiatives à un moment donné. Les règlementations peuvent retarder l'entrée sur le marché, mais la technologie ne peut être indéfiniment freinée ;  de nouveaux entrants parviendront à percer au bout du compte. Cependant, leurs modèles économiques pourraient ne plus être profitables, ou du moins, moins profitables qu'ils auraient pu l'être.

Les avantages issus de la position de précurseur se retrouvent dans de nombreux secteurs, du fait des économies d'échelle, ou bien parce que cela permet de fidéliser une clientèle, ou simplement du fait des coûts irrécupérables. C'est surtout le cas pour les plateformes de commercialisation, où les sociétés exploitent les investissements initiaux pour s'assurer une introduction sur un autre marché, ce qui signifie que tout retard entraîné par des restrictions réglementaires inappropriées peuvent avoir un effet négatif d'autant plus important, et empêcher des entreprises à fort potentiel de s'implanter.

Uber... comme une chaîne de supermarché

Par exemple, l'Italie, qui n'a libéralisé son secteur du détail qu'en 1998, possède bien moins de chaines de supermarchés aujourd'hui que la France, l'Allemagne, et le Royaume Uni. Les chaines de ces pays, qui se sont bâties dans un contexte concurrentiel vorace, dominent en effet aujourd'hui les marchés émergents en Europe et ailleurs dans le monde. En Italie, les limitations imposées aux grandes surfaces ont permis à certaines marques de s'implanter avec force, de survivre et de prospérer, mais insuffisamment pour pouvoir se développer à l'étranger.

De la même manière, les restrictions européennes sur le transport des personnes en voiture empêchent les entrepreneurs du continent de développer des services tel Uber. Comme pour une chaîne de supermarchés, Uber repose sur des économies d'échelle pour permettre à sa plateforme de fonctionner efficacement. Et, comme pour n'importe quelle plateforme, Uber a commencé petit, couvrant ses frais fixes par une expansion par étapes. Maintenant qu'il a atteint une taille minimum d'efficacité, il est difficile pour les nouveaux entrants de recourir aux pressions concurrentielles pour réduire les marges d'Uber.

Protéger les fournisseurs freine l'innovation

Lorsqu' Uber débuta à San Francisco en 2009, il n'était pas difficile de s'établir sur le marché et l'application n'eut pas à se confronter à un processus d'autorisation difficile. Donc, Uber a pu tester son nouveau modèle économique - fondé à l'époque sur la disponibilité de voitures de luxe - et s'est développé d'abord à San Francisco puis dans d'autres villes américaines avant de s'aventurer à l'étranger (et d'utiliser sa plateforme pour commercialiser d'autres services).

En Italie, par contre, la seule offre de service de voitures de luxe avec chauffeur via une application téléphonique aurait été interdite. Selon la loi italienne, les services de location de voiture sont strictement liés au garage dans lequel les véhicules sont garés, et les voitures doivent être réservées par avance. Parce l'application Uber ressemble à un service de taxi, il aurait été considéré illégal ; Uber n'aurait jamais été en mesure d'y développer sa plateforme.

Et ceci se vérifie dans de nombreuses autres industries et pays européens, où la structure règlementaire protège les fournisseurs plus que les consommateurs, ce qui freine l'innovation. Aux États-Unis, les nouveaux entrants sur les marchés d'innovation sont rarement freinés, et seulement si cela se justifie véritablement dans l'intérêt général. C'est pourquoi Uber (comme de nombreuses autres plateformes dans de nombreux autres secteurs) peuvent se développer et atteindre l'échelle optimale pour poursuivre leur développement.

Faciliter l'entrée d'innovateurs sur les marchés

Si l'Europe veut continuer à prospérer, elle doit faciliter l'entrée des innovateurs sur les marchés de manière à ce que les plateformes se développent dans un premier temps à domicile plutôt que d'attendre pour les introduire qu'elles aient été validées ailleurs. Nous devrions soutenir l'innovation portée par les précurseurs sur les marchés plus que nous ne soutenons la protection des acteurs déjà installés sur ces marchés.

On peut y parvenir en adoptant une réglementation basée sur les résultats, destinée à la protection des consommateurs, et non des producteurs. Si dans certains cas, cela peut signifier de simplement modifier l'interprétation et l'application qui est faite de la loi, très souvent, les règlementations elles-mêmes devront être modifiées.

Les nouveaux entrants pourraient encore modifier la structure concurrentielle des marchés matures - non seulement celui des taxis, mais aussi ceux du tourisme, du crédit à la consommation, et de tant d'autres services. Et si une réglementation fondée sur les résultats est adoptée, les innovateurs pourraient bien aussi influencer la structure concurrentielle d'autres marchés qui demeurent sous-développés comme la santé, l'immobilier, et les services professionnels.

Quel que soit le marché, l'arrivée facilitée d'innovateurs qui ne sont pas bloqués par des règlementations injustifiées profite à tous - y compris à ceux dont les activités sont perturbées ou déplacées. Il suffit de demander à n'importe quel descendant actif et éduqué d'un artisan du textile du XIXème siècle.

Alberto Heimler est professeur en économie à la Scuola Nazionale dell'Amministrazione à Rome. © Project Syndicate 1995-2015

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Commentaires 27
à écrit le 30/04/2015 à 19:14
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retournons le problème à l'envers ....UBER ou autre peut importe ... c'est plus à l'état de mettre les deux deux à égalité .... revoir la fiscalité à la baisse !

le 30/04/2015 à 23:33
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Bien sur c est a l état d intervenir car c'est elle qui reglemente les taxis avec les prix au kilomètre les charges sociales.les taxes de sstationnement pendant que les vtc sont exoneres de tous cela et cerise sur le gateau bénéficient du statut aut...

à écrit le 30/04/2015 à 11:00
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Parce que vous pensez qu'une concurrence déloyale, un ultra libéralisme débridé est un progrès ? Quant aux économies que vous pensez faire, n'oubliez pas que dans tout système capitalistique anglo-saxon, l'élimination de la concurrence est la pierre ...

le 30/04/2015 à 13:06
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Je suis tout a fait d accord avec vousle jour ou éliminera la concurrence c'est a dire les taxis ses prix vont exploser. Deja sa a commencé maintenant j ai pris un uber le samedi après midi pour un trajet montparnasse direction opera en pleine apre...

le 30/04/2015 à 15:39
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Bonjour, Tout cela est un faux problème. Avec les voitures autonomes dans dix ans les taxis disparaitront et idem pour les uber et autre compagnies digitales. Le prix sera moins élevées car les automobiles n'auront plus de chauffeurs devant se rému...

à écrit le 30/04/2015 à 10:42
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Je ne vois pas très ou est l'innovation chez UBER ? Proposer un nouveau type de transport, où est la valeur ajoutée, où est l'innovation technologique ? nulle part. Une innovation s'entend par l'industrialisation d'une découverte fondamentale. Or l'i...

à écrit le 30/04/2015 à 8:59
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La France ne cherche pas à freiner uber mais à interdire uberpop car contraire à la loi du transport. Uber peut fonctionner légalement comme les autres sociétés de vtc snapcar, allocab, chauffeur privé, Marcel etc qui sont françaises, installées en ...

à écrit le 30/04/2015 à 0:42
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Bonsoir a tous c est facile de critiquer les taxis!!!! Mais ce que vous oubliez de dire c est qu ils travaillent 11h par jour 7/7 . parlant un peu d UBER pour votre information il ne paye pas un centime de charge en france!!!! Leurs chauffeurs ont ...

le 30/04/2015 à 8:33
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Bonjour, Concernant les charges,la formation et plus généralement la concurrence déloyale tout le monde est d'accord sur le sujet. Par contre concernant le tarif d'approche au compteur tout le monde sans exception vous dira au contraire que c'est ...

le 30/04/2015 à 8:53
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Je ne suis pas partisan des taxis ni vtc mais il faut arrêter avec la prix de la licence! L'état les donne, elles sont gratuites et ce sont les chauffeurs qui se font un business dessus en se les revendant. Donc l'excuse du prix ne tient pas, d'autan...

le 30/04/2015 à 17:32
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Les sessions de licence (qui sont toujours obligatoires pour pouvoir apposer le lumineux TAXI sur le toit) sont tout à fait légales puisque l'état l'autorise, et prend même à l'acheteur une taxe appelée "droits d'enregistrement" (proportionnelle au p...

le 30/04/2015 à 23:59
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Reponse a marousan tout d abord j aimerai avoir des addresse de pizzaria ou en livraison une pizza acheter et la 2e offerte en ile de france!!!! Concernant les cartes bleues pour votre information les taxis la refuse pour des raisons de commission ...

le 01/05/2015 à 17:56
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Bonjour Brad, Concernant la licence des taxis, je ne rebondirais pas sur ce sujet car je suis d'accord avec le fait qu'il faille rentrer dans ses frais sur ce sujet et ce n'est pas moi qui ai lancé ce sujet sur les licences, relisez plus haut. J'ai ...

à écrit le 29/04/2015 à 20:07
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Bonjour, Je pense que plutôt que freiner Uber il conviendrait de limiter la concurrence déloyale en augmentant la sécurité et les obligations des conducteurs Uber par les modalités suivantes : - Création d'une assurance transport de passager part...

à écrit le 29/04/2015 à 17:58
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j'habite en région parisienne et j'utilise les services d'UBER, je ne comprends pas pourquoi cette société d'un genre nouveau est si souvent montrée du doigt, elle est innovante et répond parfaitement au besoin actuel. L'application interractive au t...

le 29/04/2015 à 18:42
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Uber ne paie tout simplement aucun impôt en France tout l argent que vous leur donner retourne aux États Unis, les taxis même si il n accepte toujours la cb ils paieront toujours des cotisations sociales des taxes et impôts qui serviront à toute la c...

le 29/04/2015 à 22:12
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Entièrement d'accord avec Uberconso, ce service reponds aux attentes des gens mais les politiques n'en ont cure, en France corporatismes corruption conflits d'intérêts sont la norme.

le 29/04/2015 à 23:40
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Naness, vous croyez que toutes les entreprises du cac 40 payent la totalité de leurs impôts en france, c'est bien naif, n'avez vous jamais entendu parlé de montage financier, ces mêmes entreprises qui offshore vers l'inde, la chine, .... tout ce qu'e...

le 30/04/2015 à 10:43
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Les chauffeurs Uber commencent à se plaindre aussi, comme les utilisateurs. Cela s'appelle de la concurrence déloyale que même les VTC qui respectent les droits nationaux et de l'utilisateurs se plaignent. Plusieurs on interdit ce service, c'est qu'i...

le 30/04/2015 à 10:53
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Le tarif d'approche d'un taxi a été toujours pour moi de 4 à 6 € arrondis ! Par contre dans un taxi je suis sûr au moins que le véhicule passe au contrôle technique tous les ans, que le conducteur a un casier judiciaire vierge, qu'il est assuré pour ...

à écrit le 29/04/2015 à 17:57
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L'innovation, c'est bien, mais le travail au noir n'en est pas une (uberpop)... En Europe, certains secteurs sont très protégés, les politiques n'y toucheront jamais parce qu'ils plus à y perdre qu'à y gagner. Après, vous et moi devons respecter les...

à écrit le 29/04/2015 à 14:19
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Très bonne analyse réaliste...Le vieux continent sera toujours à la traine des USA faute de réactivité...

le 29/04/2015 à 20:39
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Lorsque l'on voit dans quel état de déliquescence se trouvent actuellement les USA - j'habite à 120km de la frontière, et je traverse régulièrement les USA en voiture - je ne suis pas certain qu'ils soient un exemple à suivre.

à écrit le 29/04/2015 à 14:04
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"Freiner Uber, c'est freiner la croissance !". Waoh!! Un article directement financé par Uber ??

à écrit le 29/04/2015 à 12:24
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Qu'ils payent les impôts dans les respectifs pays et après on pourra parler...

le 29/04/2015 à 17:47
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Vous opposez sans doute Uber à nos chers taxis, dont le terminal de carte bleue est toujours "en panne ah ben mince c'est ballot" et qui ne peuvent donc encaisser aucun paiement qui laisse une trace utilisable par le fisc, et se voient malencontreuse...

à écrit le 29/04/2015 à 12:14
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Combattre le "chaos" c'est retrouver la civilisation et cela demande de suivre des règles!

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