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Hasard, boussole et cap : le vent souffle sur les voiles du navire industriel français

Laurent Legendre

Publié le 09 février 2022 à 09:00

Laurent Legendre

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P. Masclet

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OPINION. Certes, le hasard fait souvent bien les choses et pousse aux rencontres fortuites et fertiles jalonnant les voyages. Mais le cheminement du développement de nos industries françaises ne saurait s’en contenter. Structurer des filières d’excellence vers le succès mondial requiert de garantir les moyens d’atteindre le cap fixé, de rapprocher consciemment tous ses acteurs, de favoriser les alliances en de multiples occasions. Par Laurent Legendre, Président de Techinnov et Directeur Régional IDF chez Airbus Développement.

Le cap est fixé, sans doute possible. Il n'y a pas un conseil d'administration qui l'ignore encore. Le cap à suivre sera celui qui prend la mesure de l'impact du réchauffement climatique et du bouleversement des écosystèmes. Cette prise de conscience collective modifie les attentes et les exigences des populations, jusque dans la manière de produire.

Le réalisme économique s'impose évidemment aux industriels. L'automobile a déjà pris le virage de l'électrique, quand il reste encore tant à faire pour l'aéronautique en matière d'hydrogène. Mais il n'est plus l'heure de s'interroger sur le chemin à prendre, car les nouvelles économies n'attendront pas.

Au-delà de la préservation de nos filières et de leur structuration vers l'excellence, la crise sanitaire a fait apparaître de surcroît un enjeu d'intérêt général portant sur notre capacité à produire localement des biens de première nécessité. La relocalisation est un phénomène certes récent et en partie le fruit de cette crise, mais elle n'emporte pas moins des effets puissants pour l'économie française.

Si tant est que nous disposions de la boussole adéquate pour garder le cap.

Disposer d'une boussole fiable

Le compas et la boussole sont au navigateur, ce que des mesures gouvernementales solides sont aux industriels. L'on n'avance pas à l'aveugle, en particulier sur une mer déchaînée comme elle l'est aujourd'hui.

La visibilité requise est avant tout financière. En ce sens, le plan France 2030 se pare de nombreuses vertus. Il compense la relative absence du private equity, qui n'existe vraiment qu'auprès des start-ups et de rares secteurs comme la santé connectée et le numérique en général. Il faut aussi saluer l'organisation de la répartition des fonds par filière. Destiné à éviter cette tendance trop répandue au saupoudrage, ce fléchage par filière d'excellence est à lui seul un instrument de navigation.

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Cela dit, notre modèle français privilégiant la compétence économique des régions, le risque d'une consommation dispersée des fonds demeure, compte tenu de la concurrence féroce que ces grandes collectivités se font entre elles. Nous avons besoin d'une meilleure coordination de tous les acteurs de l'industrie, conjuguée à la recherche bien légitime d'attractivité territoriale. C'est une réussite en Allemagne, où Les Länder, forts d'une autonomie de décision très étendue, savent développer leur territoire au regard des industries existantes et de leur potentiel. C'est également une question de visibilité pour les PME et ETI innovantes, qui doivent pouvoir déterminer sans erreur où s'installer pour se développer.

Plus de sérendipité féconde

Relocaliser, structurer, innover pour produire autrement et mieux à tout point de vue, prendre à bras-le-corps les enjeux collectifs, un plan de financement n'y suffit pas. Il reste essentiel de se nourrir et s'inspirer des connaissances établies et du savoir-faire mondial. La création par la collaboration n'est pas chose nouvelle, mais elle sera un des principaux leviers de nos réussites demain.

La fertilisation croisée a toujours été l'ambition de Sophia Antipolis et de tous les technopôles d'aujourd'hui. Toutefois, plusieurs études portant sur leur fonctionnement et leur organisation ont montré que ce modèle pouvait s'essouffler au fil du temps et produire des effets trop atténués pour valider de nouvelles réponses. Mêler les technologies comme les idées, c'est une question de fréquence, de renouvellement et d'itération.

Il est essentiel de remettre l'ouvrage sur le métier aussi souvent que possible et en ce sens, aider et forcer ce hasard prompt à provoquer les rencontres. C'est tout l'objet des salons et des conventions d'affaires que de favoriser ces rapprochements féconds et jusqu'à preuve du contraire, on n'a pas encore trouvé mieux.

Laurent Legendre

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