Il y a une vie hors du travail

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En 2015, il est indispensable de travailler moins pour travailler mieux. Par Michel Santi, économiste

L'époque où Voltaire affirmait dans Zadig que "le travail éloigne de nous trois grands maux: l'ennui, le vice et le besoin" est désormais révolue. Il n'est, aujourd'hui, plus approprié de se mettre coûte que coûte au travail. Dit autrement, travailler moins pourrait permettre d'améliorer ses conditions de vie, sachant que moins de travail améliore indiscutablement la manière dont on travaille. Surannée est donc devenue la croyance que la discipline ne saurait être acquise que par le travail. Ringard est devenu le dogme de la vertu atteinte par le travail. Bref, le travail ne constitue plus, dans nos sociétés post modernes de 2015, la condition sine qua non de l'épanouissement personnel.

 Plus nécessaire de travailler de longues heures pour être productif

Tout d'abord, que l'on nous épargne l'argumentation fallacieuse et autres clichés selon lesquels la réduction du temps de travail augmente le chômage du fait de l'alourdissement des charges des entreprises. Les percées technologiques fulgurantes actuelles combinées à la robotisation progressive de notre économie plaident au contraire pour une diminution radicale du temps de travail, qui permettra aux salariés de pouvoir exprimer leur créativité et leur inventivité. Une certitude: il n'est plus nécessaire aujourd'hui de travailler de longues heures pour être productif. Tout le contraire même, car le raccourcissement des heures de travail agira favorablement tant sur la motivation des salariés que sur leur enthousiasme, avec évidemment des retombées positives sur leur productivité. Sachant que la robotisation et les technologies permettront de maintenir le niveau de vie des salariés tout en leur permettant de travailler nettement moins.

Les jeunes se sont affranchis du culte de la productivité

Pour autant, la problématique fondamentale n'est pas tant celle de la productivité que celle qui consiste à s'interroger si, d'un point de vue moral ou simplement humain, nos sociétés modernes et démocratiques doivent encore s'accommoder d'une situation où certains travaillent de longues heures pendant que d'autres sont purement et simplement privés de tout emploi. Anomalie - voire monstruosité pour les chômeurs - qui peut être résolue par un partage équitable du travail, à travers la courroie de transmission de la réduction du temps du travail. Je suis, pour ma part, certain que les jeunes générations ne valorisent plus leur existence à l'aune de ce qu'ils produisent. Excellente augure pour notre avenir proche, pour notre qualité de vie et pour notre épanouissement affectif et intellectuel que les jeunes d'aujourd'hui (et que de plus en plus de moins jeunes) se soient affranchis de ce culte nauséabond de la productivité.

Keynes voyait la semaine de travail à... 15 heures, en 2030

Ce rêve du travailleur et du salarié chargés de moins d'heures de travail n'est à l'évidence pas récent. Keynes préconisait la semaines de travail de quinze heures (dont il voyait l'avènement pour 2030), solution pour parvenir au plein emploi et clé pour atteindre à cette "bonne société" qu'il appelait de ses vœux. La réduction drastique du temps de travail était également une composante essentielle de la future société communiste décrite par Marx. John Stuart Mill lui même plaida de manière répétitive pour une société qui laisserait davantage de place aux loisirs, afin de s'éloigner de l'"Evangile du travail". Tous ces penseurs, en leur époque respective, rêvaient donc déjà d'une société qui travaillerait moins grâce aux techniques modernes, et qui parviendrait ainsi à l'harmonie et au bonheur.

Nous en avons, aujourd'hui, les moyens technologiques. C'est donc un monde différent et des promesses nouvelles qui se profilent à l'horizon, car la réduction du temps de travail permettra à chacun de saisir des opportunités, de laisser exprimer sa créativité, tout en étant incontestablement plus efficace au travail. Aujourd'hui en 2015, il est indispensable de travailler moins pour travailler mieux.

Michel Santi est macro économiste et spécialiste des marchés financiers et des banques centrales. Il est l'auteur de : "Splendeurs et misères du libéralisme", "Capitalism without conscience" et "L'Europe, chroniques d'un fiasco économique et politique".

Vient de publier "Misère et opulence", préface rédigée par Romaric Godin.

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Commentaires
a écrit le 09/09/2016 à 18:42 :
Gépé a écrit le 07 04 2015 :
« C'est l'énergie qui permet de travailler moins longtemps grâce aux gains de productivité. L'énergie doit participer aux financement des charges sociales. Le chômage est en fait du temps libéré. C'est un progrès social. »
Tout à fait d'accord avec lui, par la TVA à la place des cotisations, diminuant de moitié les gains dus au Progrès, donc à la numérisation de l' Économie, sa forme nouvelle.
Augmenter les salaires ou embaucher coûterait 2 fois moins à valeur ajoutée égale , l' ÉTAT ne serait plus obligé d'augmenter les cotisations retraite ou d'allonger la durée de cotisations ...alors que beaucoup de jeunes ne trouvent pas de travail !
Cela mettrait hors jeu toutes les concurrences déloyales que sont le travail au noir, le bricolage, la robotisation et les délocalisations.
Les produits Français ne coûteraient pas plus cher du fait d'une assise plus large comprenant les produits importés et la robotisation. A l' export nous serions beaucoup plus compétitifs. Pourquoi faire payer nos charges à nos clients étrangers puisqu'ils n'ont pas droit à notre Sécu, à notre chômage, à nos retraites ? Comme aurait dit Ambroise Paré, ce n'est pas parce qu'on fait comme ça depuis 200 ans qu'on est obligé de continuer !
Du fait d'une concurrence excessive et de l' ouverture des frontières aux concurrences déloyales, on fait une politique de l'offre alors que c'est de demande que nous manquons. Nous nous enfonçons  tous, en même temps, maigre compensation !
Par l'indexation de la masse salariale sur 50 % de la valeur ajoutée avec déduction maximale de 2 fois le SMIC l' ÉTAT obligerait les entreprises à faire ce qu'elles souhaitent toutes, que les autres fassent, embaucher ou augmenter leurs salariés – dans la mesure de leur excès de valeur ajoutée seulement – et dans la mesure, aussi, où ces salariés sont des clients éventuels et non des charges !
La solidarité mal conçue préconisée par Jean Boissonnat en 1972 à propos du Joint Français à St Brieuc qui voulait délocaliser à Malte nous a amené le réchauffement climatique et nous a empêché, enlevé les moyens d'aider ces pays pauvres à s'équiper en routes, écoles, hôpitaux et ponts par des prêts d' ÉTAT à ÉTAT, sans intérêt.
Sale boulot de riches ravis de l'aubaine ! Alors sale temps pour les riches ou pour la planète ,
a écrit le 12/04/2015 à 15:08 :
Pourquoi pas ? Qui ne rêve pas de passer moins de temps au bureau et plus avec sa famille, ses enfants, ses amis ? Qui n'aimerait pas s'investir dans des activités épanouissantes en marge d'un "boulot alimentaire"? Le problème dans tout ça c'est toujours le même : dans une société où les bac+5 sont rémunérés au smic, comment s'assurer d'avoir des revenus suffisants pour vivre correctement en ne travaillant que 15h par semaine ???
a écrit le 11/04/2015 à 21:21 :
Ha ha, il est amusant celui là. Cela dit c'est pas nouveau, déjà dans les années 80 il y avait des petits plaisantins (le groupe Adret) qui avaient écrit "travailler 2 heures par jour". ON attend toujours...
a écrit le 08/04/2015 à 19:59 :
J'ignorais que la tribune était un repère de l'extrême gauche. Les temps changent…
a écrit le 07/04/2015 à 20:16 :
etre 15 heures par jour au travail, ca sert a rien, ce qui est important c'est ' l'output economique'....
faire de la presence n'a jamais cree de richesse...
cela dit, il y a plein de cas ou on n'a pas le choix...
a écrit le 07/04/2015 à 19:40 :
Les robots travaillent gratuitement pour nous et au lieu de distribuer les richesses créées, les riches gardent tout pour eux, jusqu'au jour où ça va péter...
a écrit le 07/04/2015 à 12:57 :
C'est l'énergie qui permet de travailler moins longtemps grace aux gains de productivité. L'énergie doit participer aux financement des charges sociales. Le chomage est en fait du temps libéré. C'est un progrès social.
a écrit le 07/04/2015 à 10:46 :
"La qualité" a toujours primé sur "la quantité" et le sera toujours! C'est pour cela que nous sommes critique face à "la globalisation"!
Réponse de le 07/04/2015 à 20:06 :
Avant peut être (même surement) mais aujourd'hui c'est loin d'être le cas. Toutes les actions sont calibrés en temps. Regardez chez feu vert, norauto... Le changement d'un pneu c'est tant de temps, un montage d'attelage tant... Et quand vous regardez le planning des personne c'est tous juste si ils ont une pose de prévue. Et tous les bouleaux sont comme ça, même ceux qui n'ont pas à l'être comme dans l’hôpital.

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